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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501384

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501384

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 février 2025, M. C B, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 février 2025 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, au directeur de l'OFII de lui accorder le bénéfice de cette aide sous 48 heures à compter de la date de notification du jugement à venir sous astreinte journalière de 100 euros et, subsidiairement, de réexaminer sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision en litige a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- son état de vulnérabilité n'a pas été pris en compte en méconnaissance de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles 21 et 22 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.

L'OFII a présenté un mémoire enregistré le 19 février 2025 par lequel il conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Emilie Akoun, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 555-1 et L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 20 février 2025 à 14 heures.

Le rapport de Mme Akoun, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né en 1995, est entré irrégulièrement en France le 24 septembre 2022 selon ses déclarations. Le 18 octobre 2023, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 4 janvier 2024, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 12 juillet 2024. Le 7 février 2025, il a sollicité un réexamen de sa demande d'asile. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 7 février 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il a présenté une demande de réexamen.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

3. La décision en litige a été signée par Mme A D, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui avait reçu, à cette fin, une délégation consentie par décision du directeur général de cet établissement public du 3 février 2025, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile (). La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". L'article D. 551-17 de ce code dispose que : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature ".

5. La décision attaquée vise les dispositions des article L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que, après examen des besoins et de la situation personnelle et familiale de M. B, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est totalement refusé dès lors qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par suite, la décision, qui expose les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

6. Il résulte, en outre, de ces dispositions qu'une personne sollicitant l'asile doit être regardée, en elle-même, comme vulnérable. Cette vulnérabilité ne suffit cependant pas à écarter la mise en œuvre des dispositions permettant à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser d'accorder les conditions matérielles d'accueil. L'existence d'une situation de vulnérabilité de nature à justifier que le bénéfice de ce dispositif soit accordé à l'intéressé, quand bien même il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile au sens du 3° de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de sa situation.

7. Il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité du requérant, établie à la suite de l'entretien du 7 février 2025, qu'il n'est pas hébergé et qu'il a spontanément fait état d'un problème de santé. Il ne produit cependant aucun certificat médical de nature à en préciser la gravité ni ne démontre être dans l'impossibilité de solliciter le bénéficie des dispositifs de soutien prévus notamment à l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles relatif à l'hébergement d'urgence. Il est, par ailleurs, constant que M. B est célibataire et sans enfant à charge sur le territoire national. Ces éléments ne suffisent ainsi pas à caractériser une situation de vulnérabilité particulière qu'il incomberait à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans l'exercice de sa mission de protection des demandeurs d'asile, de prendre en charge à ce titre.

8. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant les conditions matérielles d'accueil serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante, doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

10. Eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, les conclusions présentées par M. B au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme M. C B, à Me Gay et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.

La magistrate désignée,

E. AKOUN La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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