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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501562

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501562

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501562
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 février 2025 et des pièces complémentaires enregistrée les 19 et 21 février 2025, M. A C, représenté par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2025 par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités suisses aux fins d'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant l'examen de sa demande d'asile par l'OFPRA et la CNDA ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure résultant de la méconnaissance de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 a été méconnu dans la mesure où il n'est pas établi qu'il a bénéficié d'un entretien ;

- la préfète porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d'asile en ne statuant pas sur la clause de souveraineté ; elle s'est mise en situation de compétence liée ;

- il méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 au regard de la non-application de la clause discrétionnaire ; aucun examen de sa situation n'a été faite ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 février 2025 et 24 février 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Barriol en application de l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et a entendu les observations de Me Angot, substituant Me Marcel, représentant M. C.

L'audience a été suspendue afin de remettre une copie du mémoire en défense de la préfète du Rhône enregistré le 24 février 2025 à Me Angot afin qu'il en prenne connaissance.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C né le 9 avril 1972 en République Démocratique du Congo, a déclaré être entré en France le 4 novembre 2024 et a sollicité l'enregistrement d'une demande d'asile. A la suite du relevé de ses empreintes le 13 décembre 2024, il est ressorti de la consultation du fichier Eurodac qu'il avait demandé l'asile le 31 août 2023 en Suisse. Les autorités suisses ont donné leur accord explicite pour sa réadmission le 23 janvier 2025 en application de l'article 18-1d du Règlement (UE) n° 604/2013 susvisé. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 10 février 2025 par lequel la préfète du Rhône a ordonné sa remise aux autorités suisses.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (). "

3. Eu égard à l'urgence à statuer sur la requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée est signée par Mme B D, adjointe à la cheffe du pôle régional Dublin, laquelle a reçu une délégation de signature de la préfète du Rhône à l'effet de signer la décision en litige par un arrêté du 7 février 2025 régulièrement publié le 11 février 2025 au recueil des actes administratifs spécial. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cet arrêté précise les éléments déterminants de la situation personnelle et familiale du requérant pris en compte par la préfète du Rhône pour édicter la mesure contestée. Par suite, l'arrêté en litige est suffisamment motivé et le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les services préfectoraux ont remis à l'intéressé la " brochure A " intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et la " brochure B " intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " le 13 décembre 2024, dès l'introduction de sa demande de protection internationale. Ces documents ont été remis à l'intéressé en langue française, qu'il a déclaré comprendre. M. C a signé et daté un exemplaire de chacune de ces brochures ainsi que le résumé de l'entretien individuel et au terme duquel il a déclaré avoir reçu l'information sur les règlements communautaires et comprendre la procédure engagée à son encontre. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information garanti par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit, par suite, être écarté.

8. En quatrième lieu, en vertu de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, le demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien individuel avant que ne soit prise la décision de transfert. Cet entretien doit être mené dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend, par une personne qualifiée en vertu du droit national, dans le respect de la confidentialité.

9. Il ressort des pièces produites par la préfète du Rhône que M. C a bénéficié le 13 décembre 2024 d'un entretien individuel au cours duquel il a pu faire valoir toute observation utile, en langue française, langue qu'il a déclaré comprendre. Au cours de l'entretien, le requérant a pu faire valoir toute observation utile sur sa situation et notamment qu'il avait fait l'objet d'une décision de rejet d'asile en Suisse. Par suite, M. C n'a été privé d'aucune des garanties prévues par l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et le moyen tiré du vice de procédure entachant l'arrêté en litige doit être écarté.

10. En cinquième lieu, en se bornant à soutenir d'une façon générale qu'il y a " une atteinte manifestement illégale et grave au droit d'asile si le préfet ne statue pas sur la clause de souveraineté " sans indiquer en quoi, au cas d'espèce, une telle illégalité serait constituée, M. C n'assortit pas son moyen des précisions nécessaire à l'appréciation de son bien-fondé. Le moyen ainsi formulé doit être écarté.

11. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par le 1. de l'article 17 du règlement n°604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

12. D'une part, il ressort des termes même de l'arrêté en litige, qui indique que l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant la situation du requérant ne relève pas des dérogations prévues à l'article 3.2 ou 17 du règlement (UE) n°604/2013, que la préfète du Rhône ne s'est pas estimée en situation de compétence liée et a examiné la possibilité de faire application de ces dispositions.

13. D'autre part, M. C fait état de la présence en France de sa sœur, de son neveu et de cousins ainsi que de la nécessité d'un suivi médical. Toutefois, il se borne à produire les titres de séjour de deux personnes, dont l'une serait sa sœur et l'autre son neveu, sans justifier de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec ces derniers alors même qu'il a déclaré lors de son entretien individuel n'avoir aucune famille en France. En tout état de cause, la seule présence en France de certains membres de sa famille n'établit pas que la préfète du Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. En outre, le courrier de l'association Eclat du 13 février 2025 mentionnant sa condition d'albinos ne permet pas de justifier ni de la nécessité du suivi ophtalmologique allégué ni de l'opération envisagée. Il n'a d'ailleurs pas fait état d'un quelconque problème de santé lors de son entretien individuel. La perspective d'un rendez-vous avec un médecin ophtalmologue prévu en mai 2025 n'est pas de nature à faire obstacle à son transfert dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Suisse. Enfin, si la demande d'asile de M. C aurait été rejetée par les autorités suisses, cette circonstance ne fait pas obstacle par principe à une reprise en charge par ces autorités alors qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il ne serait pas en mesure de faire valoir, le cas échéant, devant ces mêmes autorités, responsables de l'examen de sa demande d'asile et qui ont accepté sa reprise en charge, tout élément nouveau relatif à l'évolution de sa situation personnelle et à la situation qui prévaut dans son pays d'origine ni que ces mêmes autorités, en conséquence de leur acceptation de la reprise en charge de M. C n'évalueront pas de nouveau, avant de procéder à un éventuel éloignement de l'intéressé vers son pays d'origine, les risques auxquels il y serait exposé en cas de retour. Dans ces circonstances, et quand bien même aucun membre de sa famille n'est présent en Suisse, M. C n'est fondé à soutenir ni que la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation, ni que cette dernière a méconnu les dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni qu'elle a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

15. Les conclusions présentées par M. C au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Marcel et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.

La magistrate désignée,

E. Barriol

La greffière,

L. Bourechak

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°250156

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