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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501672

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501672

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBASSET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2025, M. B A, représenté par Me Basset, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 2025-EA-047 du 14 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et l'a obligé à se présenter trois fois par semaine, les lundis, mercredis et jeudis à 8 heures (y compris les jours fériés ou chômés), à l'hôtel de police de Grenoble afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation prise à son encontre ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère d'alléger les modalités de présentation, notamment en ce qui concerne leur fréquence ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé au regard des dispositions de l'article R. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation résultant de l'imprécision de la motivation ;

- la préfète ne justifie pas que son éloignement est une perspective raisonnable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une disproportion ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant les modalités de présentation à l'hôtel de police est insuffisamment motivée en application de l'article L. 733-1 du même code ;

- elle est disproportionnée et méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale.

Par un mémoire enregistré le 27 février 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné, au cours de l'audience publique du 28 février 2025, à 11 heures, a appelé l'affaire et présenté son rapport. Me Basset a présenté des observations pour M. A. La préfète de l'Isère n'est ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est un ressortissant algérien, âgé de 51 ans. Par arrêté du 14 février 2025, la préfète de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par arrêté du même jour, la préfète de l'Isère l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Dans la présente instance, M. A demande l'annulation de l'arrêté l'ayant assigné à résidence.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Au regard de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées. ".

5. En premier lieu, l'assignation à résidence comporte les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement. Si l'arrêté attaqué ne mentionne pas le domicile de M. A, celui-ci a déclaré lors de son audition par les services de la police aux frontières être sans domicile fixe mais qu'il a une domiciliation au CCAS. En tout état de cause, les dispositions précitées n'imposaient pas de préciser dans son arrêté l'adresse exacte de son domicile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, M. A soutient, sans plus de précision, que l'assignation contestée n'est pas justifiée par une perspective raisonnable d'éloignement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la rédaction de l'arrêté contesté, que la préfète de l'Isère a assigné l'intéressé à résidence aux fins d'exécution de la décision d'éloignement du 14 février 2025 et dans l'attente de l'obtention d'un laissez-passer consulaire. Dans ces circonstances, le moyen correspondant doit être écarté.

7. En troisième lieu, en se bornant, sans aucune autre précision, à soutenir que l'assignation méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le principe de nécessité et de proportionnalité, M. A n'a pas assorti ses moyens des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; () ".

9. D'une part, si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. Il en résulte qu'une illégalité entachant les seules modalités de contrôle de la mesure n'est pas de nature à justifier l'annulation de la décision d'assignation à résidence dans sa totalité. D'autre part, les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées, à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

10. M. A a été assigné à résidence dans la commune de Grenoble pour une durée de quarante-cinq jours, où il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de sa situation administrative, et l'astreint à se présenter trois fois par semaine, les lundis, mardis et les jeudis, à 8 heures, y compris les jours chômés et fériés, auprès des services de l'hôtel de Police de Grenoble. En l'espèce, si le requérant soutient que ces modalités l'empêchent de se rendre au travail, il n'assortit ses allégations d'aucun commencement de démonstration, son attestation manuscrite ne pouvant en tenir lieu. Il ne justifie en outre l'existence que d'un seul rendez-vous médical à l'extérieur de Grenoble. Mais ce rendez-vous datant du 24 juin 2022 est ancien et avait pour seul objet de faire un bilan angiographique. Enfin, M. A ne démontre pas le caractère disproportionné de la mesure au regard de circonstances tenant à sa situation personnelle ou professionnelle. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la disproportion de la décision attaquée doivent être écartés.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 février 2025 par lequel il a été assigné à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Basset et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.

Le magistrat désigné,La greffière,

Mme D Mme C

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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