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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501719

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501719

jeudi 22 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRANDI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. E, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté du préfet de la Savoie refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire de l'arrêté, celui-ci disposant d'une délégation régulière. Il a également jugé que le refus de titre de séjour ne méconnaissait ni l'article 6§5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la situation personnelle et familiale du requérant. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de M. E.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2025, M. F E, représenté par Me Randi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2025 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Savoie, à titre principal de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour :

° est signé par une autorité non habilitée ;

° méconnaît l'article 6§5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 alors qu'il justifie d'une entrée régulière sur le territoire français et de son installation en France chez sa tante maternelle depuis 2016, à la suite du décès de son grand-père et en l'absence de tout lien avec ses parents ; il justifie de l'obtention d'un diplôme universitaire, de son insertion associative, et d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée ;

° est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

° est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

° est illégale dès lors qu'elle est fondée sur un refus de titre illégal ;

° elle est entachée d'incompétence ;

° elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

° elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi :

° est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement illégale ;

° elle est entachée d'incompétence ;

° elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2025, la préfète de la Savoie conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme C a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 26 août 1993, expose être entré régulièrement en France le 27 mai 2016 sous couvert d'un visa court séjour pour s'installer chez sa tante maternelle, résidant en France. Le 2 mars 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. M. E demande l'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2025 par lequel le préfet de la Savoie lui a refusé un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté en litige a été signé par Mme D A, directrice de la direction de la citoyenneté et de la légalité, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet de la Savoie en date du 28 août 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. M. E soutient être entré régulièrement sur le territoire français le 27 mai 2016, sous couvert d'un visa court séjour, afin d'y rejoindre sa tante maternelle chez qui il a souhaité s'établir. A l'expiration de la validité de son visa, l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire sans solliciter de titre de séjour. Si M. E fait valoir qu'il a obtenu un diplôme universitaire à Grenoble, qu'il est bénévole dans une association sportive, et qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche en qualité d'agent polyvalent du bâtiment, de telles circonstances ne constituent pas des considérations humanitaires ou des circonstances exceptionnelles justifiant qu'il soit fait droit à sa demande de régularisation. Par ailleurs, M. E, célibataire et sans charge de famille, est entré en France en 2016, à l'âge de 23 ans. Il a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie et ne justifie pas être dépourvu de toutes attaches familiales ou de tout lien dans ce pays, et notamment avec ses parents qui y résident. A la supposer établie, sa durée de présence en France, de huit années, s'est déroulée pour l'essentiel de manière irrégulière. Dans ces circonstances, en lui refusant l'admission exceptionnelle au séjour sollicitée, le préfet de la Savoie n'a pas méconnu les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni n'a méconnu son droit au respect de la vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En second lieu, dans ces mêmes circonstances, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. E n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour pour soutenir que l'obligation de quitter le territoire français, prise pour son exécution, s'en trouve elle-même illégale.

8. En second lieu, et pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés au point 5 du présent jugement, M. E n'établit pas qu'en édictant la mesure d'éloignement litigieuse, le préfet de la Savoie a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ou a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. E n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision d'éloignement pour soutenir que la décision fixant le pays de destination, prise pour son exécution, s'en trouve elle-même illégale.

10. En second lieu, et pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés au point 5 du présent jugement, M. E n'établit pas qu'en fixant l'Algérie comme pays vers lequel il pourra être renvoyé, le préfet de la Savoie a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. E doivent être rejetées.

12. La présente décision n'appelant aucune mesure d'exécution, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte, doivent l'être aussi.

Sur les frais de l'instance :

13. Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. () ".

14. M. E bénéficiant de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir de ces dispositions. Toutefois celles-ci font obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie d'une somme au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que les bénéficiaires de l'aide auraient exposés s'ils n'avaient pas eu cette aide. Les conclusions de M. E tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son avocat, Me Randi, doivent, dans les circonstances de l'espèce, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à la préfète de la Savoie, et à Me Randi.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme B et Mme C, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2025.

La rapporteure,

F. C

Le président,

P. THIERRYLa greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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