mardi 4 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2501780 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MARCEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 février 2025, Mme F B, représentée par Me Marcel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2025 par lequel la préfète du Rhône a décidé de sa remise aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la convoquer et d'enregistrer sa demande d'asile dans le délai de huit jours suivant la notification de la décision à intervenir et sous astreinte définitive de deux cents euros par jour de retard passé ce délai, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable pendant la durée de l'examen de sa demande par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- la préfète ne démontre pas qu'elle a bénéficié des informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 16 juin 2013 dans une langue comprise ;
- la préfète ne démontre pas qu'elle a bénéficié d'un entretien individuel dans une langue comprise conformément aux exigences de l'article 5 du même règlement ;
- la préfète, qui entend la renvoyer en Espagne où la question de sa prise en charge et de l'examen de sa demande peut légitimement se poser, a pris sa décision en méconnaissance de l'article 3.2 du règlement UE n°604/2013 ;
- l'arrêté en litige méconnaÏt l'article 16 du même règlement dont la préfète aurait du faire application au regard de sa procédure de transition ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle en méconnaissance de l'article 17 du règlement UE n°604/2013;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a entamé un parcours de transition pour lequel elle a besoin du soutien de sa mère qui réside en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que ses moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les recours dont le jugement relève des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique Mme A a présenté son rapport et entendu les observations de Me Poret, substituant Me Marcel, représrentant Mme B et de Mme B avec l'assistance de Mme D, un interprète en langue russe, par téléphone.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante russe née le 11 décembre 2005, déclare être entrée en France en septembre 2024. Le 21 octobre 2024, elle a sollicité le statut de réfugiée. La consultation du fichier Vis a révélé que Mme B était titulaire d'un visa délivré par les autorités espagnoles pour la période du 21 septembre 2024 au 16 mars 2025. Les autorités espagnoles, saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement de l'article 12 du règlement UE n° 604/2013, ont donné leur accord explicite à la réadmission de Mme B le 4 novembre 2024 en application de l'article 22 de ce même règlement. Par la décision contestée du 12 février 2025, la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités espagnoles pour l'examen de sa demande d'asile.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Au regard de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme C E, adjointe à la cheffe du pôle régional Dublin, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 impose aux Etats membres d'informer le demandeur d'asile de ses modalités d'application. Le § 2 de cet article prévoit que ces informations sont données par écrit dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement penser qu'il la comprend. En l'espèce, la préfète du Rhône a versé au dossier la copie des premières pages des brochures d'information A et B paraphées, le 21 octobre 2024, par Mme B, en russe, langue qu'elle comprend. Le moyen tiré de la violation de cet article doit donc être écarté.
6. En quatrième lieu, l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 prévoit que le demandeur d'asile doit pouvoir bénéficier d'un entretien individuel, dans des conditions garantissant la confidentialité, dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend, que l'entretien doit être mené par une personne qualifiée en vertu du droit national et qu'un résumé de l'entretien auquel l'intéressé doit avoir accès en temps utile doit être établi. En l'espèce, cet entretien a eu lieu le 21 octobre 2024 en préfecture de l'Isère avec l'assistance d'un interprète en langue russe, qu'elle comprend. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013: " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ".
8. La requérante, qui se borne à se poser la question de sa prise en charge et du traitement de sa demande d'asile en Espagne au regard des demandes massives d'asile qui y sont déposées à certaines périodes, ne fait valoir aucune raison sérieuse de croire qu'il existe en Espagne des défaillances systémiques dans la procédure d'asile ou les conditions d'accueil des demandeurs. Le moyen doit par suite être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 16.1 du règlement (UE) n° 604/2013 : " Lorsque, du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de son père ou de sa mère résidant légalement dans un des États membres, ou lorsque son enfant, son frère ou sa sœur, ou son père ou sa mère, qui réside légalement dans un État membre est dépendant de l'assistance du demandeur, les États membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur, ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne à charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. "
10. La requérante, qui se définit comme transgenre, expose, sans en justifier, avoir débuté un processus de transition complète pour lequel elle indique avoir besoin du soutien de sa mère, qui réside en France. Celle-ci atteste de l'aide qu'elle apporte à son enfant, qui ne parle pas très bien le français, dans ses démarches sans plus de précision. Ces circonstances ne permettent pas de regarder Mme B comme une personne à la charge de sa mère au sens et pour l'application de ce texte. Par suite, le moyen tiré de sa méconnaissance doit être écarté.
11. En septième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. "
12. La requérante fait valoir que sa mère et son beau-père résident en France où elle a commencé un suivi psychologique et pris attache avec des associations accompagnant les personnes transgenres. Elle ne produit pas de pièces médicales relatives au processus de transition qu'elle invoque. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme B a rejoint sa mère, qui réside en France depuis le mois de janvier 2024, seulement depuis le 29 septembre 2024. Compte tenu de ces éléments, la préfète, qui a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B, n'a pas méconnu l'article 17 précité du règlement (UE) n°604/2013 en ne faisant pas usage de sa clause discrétionnaire de compétence et elle n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 février 2025. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, à Me Marcel et au ministre de l'intérieur.
Copie sera délivrée à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.
Le magistrat désigné,
E. A
Le greffier,
L. Bourechak
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026