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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501824

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501824

lundi 3 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501824
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 février 2025, M. A C, représenté par Me Huart, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la directrice territoriale de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) du 13 février 2025 portant refus des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions d'accueil sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'OFII verser à son conseil la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

- elle viole l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CESDH) ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 03 mars 2025, la directrice territoriale de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Ghelma, substituant Me Huard.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérian dit être entré en France le 22 février 2024 mais n'a pas sollicité l'asile dans les 90 jours suivant son entrée en France, sans motif légitime selon la décision attaquée.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

3. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée prise sur le fondement des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la directrice territoriale de l'OFII a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au requérant après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, au motif qu'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivants son entrée en France. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

4. Les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où il envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'office d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil. En l'espèce, si le requérant expose avoir deux motifs légitimes expliquant son absence de sollicitation de l'asile dans le délai de 90 jours suivant son entrée en France, le vol de son passeport et sa vulnérabilité, il n'en justifie pas. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article L. 551-15 du CESEDA doit être écarté.

5. Si le requérant indique être privé de toute ressource, la situation étant d'autant plus grave qu'il a signalé souffrir de problèmes de santé, ces seules circonstances ne révèlent pas l'existence d'une violation de l'article 3 de la CESDH ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C ainsi qu'à Me Huard et à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2025.

Le magistrat désigné,

P. B

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2501824

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