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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501826

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501826

lundi 3 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL BS2A (BESCOU & SABATIER)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 19 février 2025, le tribunal administratif de Lyon a renvoyé au tribunal administratif de Grenoble la requête enregistrée le 15 février 2025, par laquelle M. B C, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère lui a interdit le retour sur le territoire français pendant deux ans ;

2°) de condamner l'Etat conformément à l'article L.761-1 du code de justice administrative à la somme de 1000 euros, à verser à son conseil sous réserve d'une renonciation expresse à l'aide juridictionnelle en application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation vu sa disproportion au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 03 mars 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Bescou.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 17 octobre 1985, qui a été obligé de quitter le territoire français par décision du 8 novembre 2023 avec délai de départ volontaire de 30 jours, n'a pas déféré à cette mesure. Il a fait l'objet de la décision litigieuse suite à une interpellation du 14 février 2025.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

3. La décision attaquée, qui vise l'article L.612-6 du CESEDA et liste les éléments de fait pris en compte par le préfet, comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

4. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et à l'éventuelle menace à l'ordre public qu'il représente. En revanche, si, après prise en compte de ces critères, elle ne retient pas l'un d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

5. En l'espèce, le requérant a déjà fait l'objet d'une mesure d'obligation non exécutée de quitter le territoire en date du 8 novembre 2023 confirmée en dernier lieu par un arrêt de la cour administrative de Lyon du 7 novembre 2024. Il se trouvait donc le cas prévu à l'alinéa 4 de l'article L. 611-4 du CESEDA sur lequel se fonde la décision attaquée.

6. Ce dernier arrêt a retenu que " L'épouse de M. C a déposé deux plaintes, le 13 juillet 2022, pour mariage contracté afin d'obtenir notamment un titre de séjour et pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant conjoint, qu'elle a retirées le 16 juillet suivant. Il ressort de l'acte de mariage que les époux ne vivaient alors pas à la même adresse avant le mariage et des bulletins de salaire de M. C portant sur la période de mars à juillet 2022, précédemment et concomitamment aux dépôts de plaintes, que l'intéressé ne déclarait pas la même adresse que celle de son épouse. L'avis de classement à victime du 10 novembre 2023 mentionne un état de bigamie. Enfin, il ressort du rapport d'une enquête de communauté de vie réalisée le 20 juin 2023 que l'épouse de M. C a exigé la présence de celui-ci lors de cette enquête et qu'elle a reconnu les violences de la part de l'intéressé à son préjudice ayant justifié un dépôt de plainte ". Dans ces conditions, les différentes pièces produites par M. C n'établissent que pas la décision ici querellée serait disproportionnée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Bescou et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2025.

Le magistrat désigné,

P. A

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2501826

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