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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501827

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501827

mercredi 27 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantALDEGUER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme E, ressortissante marocaine, qui contestait le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Savoie. Le tribunal a estimé que le préfet n'avait commis ni erreur manifeste d'appréciation ni violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, en relevant que l'intéressée, entrée en France en 2010, n'y justifiait pas de liens personnels suffisamment intenses, que ses parents résidaient au Maroc et qu'elle avait utilisé un titre de séjour italien falsifié. La décision s'appuie sur l'Accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et les articles L. 435-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 février et le 13 mai 2025, Mme A E, représentée par Me Aldeguer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2025 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer le dossier de Mme E et en toute hypothèse de délivrer le titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il sera communiqué l'avis de la commission du titre de séjour ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : les membres de sa famille sont en France et la plupart ont la nationalité française ;

- elle bénéficie d'un contrat à durée indéterminée à temps partiel en qualité d'agent d'entretien qui est un métier en tension ; une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peut être largement octroyée.

- l'obligation de quitter le territoire français sera annulée par voie de conséquence ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle a été convoquée devant la commission de titre de séjour, il a été évoqué qu'elle aurait possédé une fausse carte d'identité ; or cette carte d'identité italienne n'est pas fausse elle était venue en France d'Italie où elle était régulièrement installée en Italie et bénéficiait d'un titre de séjour. Aucun élément ne permet d'accréditer l'idée que ce titre de séjour était faux ;

- si la préfecture envisageait de reconduire cette ressortissante vers son pays d'origine, cette obligation de quitter le territoire sera annulée en ce qu'elle envisage la reconduction de la requérante dans son pays d'origine alors qu'elle est légalement admissible en Italie.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2025, la préfète de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête de Mme E ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- l'Accord France-Maroc en matière de séjour et d'emploi, fait à Rabat le 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauveplane,

- et les observations de Me Aldeguer, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante marocaine née le 1er janvier 1988 à Sidi Chiker (Maroc), déclare être entrée en France en 2010 sous couvert d'une carte délivrée par les autorités italiennes et désormais périmée. Elle a fait l'objet d'une première décision d'éloignement le 12 mai 2017 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Grenoble du 22 mars 2018. Elle a déposé le 9 septembre 2024 une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 29 janvier 2025, le préfet de la Savoie a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Pour refuser l'admission au séjour de Mme E, le préfet de la Savoie s'est fondé sur la circonstance que la durée de sa présence en France et son insertion professionnelle ne pouvait être regardées comme des considérations humanitaires ou des circonstances exceptionnelles justifiant que l'autorité administrative lui délivre un titre de séjour dans le cadre de son pouvoir général de régularisation, s'agissant d'un ressortissant marocain auquel les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables. Le préfet a également relevé que l'intéressée, qui avait utilisé une carte de séjour italienne falsifiée, avait fait l'objet d'un avis défavorable de la plate-forme de la main d'œuvre étranger le 28 octobre 2024 dans le cadre de l'examen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Le préfet a également relevé que les parents de l'intéressée résident au Maroc où elle a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans, soit la majeure partie de sa vie. Enfin, la commission du titre de séjour, saisie pour avis, a donné un avis défavorable le 11 décembre 2024.

3. En premier lieu, l'avis de la commission du titre de séjour a été versée au dossier. Par suite, et en tout état de cause, le moyen doit être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué mentionne, visa notamment de l'accord conclu entre le gouvernement de la république française et le gouvernement du Royaume du Maroc et de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que Mme E est célibataire sans enfant, qu'elle ne justifie pas de liens personnels en France hormis des frères et sœurs, alors que ses parents et un frère résident toujours au Maroc, qu'un avis défavorable a été émis le 28 octobre 2024 à la demande d'introduction d'un salarié étranger à titre exceptionnel, que son ancienneté au travail était insuffisante à cet égard pour permettre une régularisation à titre exceptionnel, qu'elle avait fait usage d'une fausse carte d'identité italienne, qu'elle avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle elle s'était soustraite, que la commission du titre de séjour avait émis un avis défavorable. Par suite, la décision, qui contient la mention des circonstances de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "

6. Il ressort des pièces du dossier que la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère a émis avis défavorable à la demande d'introduction de main d'œuvre étrangère déposée par la société Savoie Net Services pour Mme E. En outre, la requérante a présenté une fausse carte d'identité italienne lors d'une demande d'embauche effectuée le 1er juillet 2024 après d'une autre entreprise. Si la requérante est présente en France depuis 2010, elle s'est toutefois maintenue irrégulièrement après une première décision d'éloignement prise à son encontre le 12 mai 2017. Elle est célibataire sans enfants et si certains membres de sa famille résident en France, ses parents et un frère résident toujours au Maroc où elle a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans. Par suite, en refusant de l'admettre au séjour, le préfet de la Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale. Pour les mêmes motifs, il n'a pas fait une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressée.

7. Si la requérante fait valoir qu'une admission exceptionnelle au séjour était possible sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cet article est toutefois inapplicable aux ressortissants marocains. Compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 6, et notamment de l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère, de l'utilisation d'une fausse pièce d'identité et du caractère récent de son contrat de travail, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser Mme E.

En ce qui concerne la décision d'éloignement :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français par voie de conséquences de l'illégalité du refus d'admission au séjour ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français a déjà été écarté au point 4.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Si la requérante soutient qu'elle est admissible en Italie, elle ne l'établit pas. Par suite, la seule circonstance que la décision fixant le pays de destination n'envisage que le Maroc, pays dont la requérante a la nationalité, reste sans incidence et le moyen ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 janvier 2025 du préfet de la Savoie. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction et les conclusions de son avocat tendant à l'application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de Mme E est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E et à la préfète de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- M. C, premier-conseiller,

- Mme D, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 aout 2025.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseur le plus ancien,

S. C

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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