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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2502089

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2502089

mercredi 16 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2502089
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantASTERIO - CABINET D'AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a été saisi par Mme A d’une demande de suspension de la décision du 4 juillet 2024 du CHU Grenoble Alpes la plaçant en disponibilité d’office pour raison de santé. En cours d’instance, l’administration a pris une nouvelle décision le 24 mars 2025, retirant la décision initiale mais maintenant la même position administrative. Le juge a considéré que le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de cette nouvelle décision, mais a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie en l’espèce. Par conséquent, la requête aux fins de suspension a été rejetée, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 février 2025, Mme A, représentée par Me Martin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 4 juillet 2024 par laquelle la directrice adjointe des ressources humaines du centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes l'a placée en disponibilité d'office pour raison de santé depuis le 19 mars 2024.

2°) d'enjoindre au Centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes de faire droit à sa demande et de la placer dans une position administrative régulière reconnaissant le congé de longue maladie ou, à tout le moins, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge du Centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- La condition d'urgence est remplie : la décision contestée place le foyer familial dans une situation financière précaire, accentuée par la suspension récente de la prise en charge par son assurance du crédit immobilier contracté ;

- Il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 4 juillet 2024 :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle souffre d'un défaut de motivation ;

- elle aurait dû faire l'objet d'une procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et de fait en ce que le centre hospitalier aurait dû recueillir l'avis du conseil médical avant de prendre la décision de la placer en disponibilité d'office ;

- elle méconnaît l'article 36 du décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;

- le centre hospitalier a commis une erreur manifeste d'appréciation en jugeant que Mme A était arrivée à expiration de ses droits statutaires à congé de maladie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2025, le Centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes, représenté par Me Sarre, conclut au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête, ainsi qu'à la condamnation de Mme A à la somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles.

Il soutient que deux décisions, une en date du 15 novembre 2024, l'autre en date du 24 mars 2025 et plaçant Mme A en disponibilité d'office à compter du 19 mars 2024, ont retiré la décision contestée.

Par un mémoire complémentaire enregistré le 30 mars 2025, Mme A fait valoir que la décision datée du 24 mars 2025 ne retire pas la décision du 4 juillet 2024, mais a le caractère d'une décision confirmative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 22 septembre 2024 sous le numéro 2407203 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vial-Pailler pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 31 mars 2025 à 11h ont été entendus :

- le rapport de M. Vial-Pailler, juge des référés ;

- les observations de Me Martin représentant Mme A ;

- les observations de Me Sarre représentant le Centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes, qui a fait valoir que ce dernier retire ses conclusions présentées au titre de la condamnation de Mme A aux frais irrépétibles.

Considérant ce qui suit :

Sur le cadre du litige :

1. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

2. La décision du centre hospitalier datée du 24 mars 2025 plaçant Mme A en disponibilité d'office à partir du 19 mars 2024 retire nécessairement la décision du 4 juillet 2024 plaçant Mme A en disponibilité d'office pour raison de santé à partir du 19 mars 2024. La décision de retrait n'étant pas devenue définitive à la date de cette ordonnance, qui intervient au cours du délai contentieux de deux mois suivant la notification de la décision, il y a lieu de statuer sur les conclusions de la requérante dirigées contre la décision du 4 juillet 2024 et de les regarder comme tendant également à l'annulation de la décision du 24 mars 2025.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L.521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur la situation de la requérante est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 24 mars 2025 plaçant la requérante en disponibilité d'office à compter du 19 mars 2024.

5. Toutefois, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

6. Pour établir l'urgence à suspendre les décisions contestées, Mme A, qui continue à percevoir une somme de 890,71 euros nets, fait état d'une perte de revenus de 611,03 euros par mois, non compensée par une assurance complémentaire, qui constitue une diminution d'environ 15% des revenus totaux du foyer comprenant, également, les revenus de son conjoint gérant de la société Bois et Paysage, dont il ressort de l'instruction qu'ils sont supérieurs d'environ 972 euros aux charges du foyer. Si la requérante fait état de l'arrêt de la prise en charge par son assurance du crédit immobilier souscrit par le couple, il ressort des pièces versées au dossier que cette décision n'a pas un caractère définitif et pourra être amenée à être revue. En outre, l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel la directrice adjointe des ressources humaines du centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes a placé Mme A en disponibilité d'office pour raison de santé depuis le 19 mars 2024 et ce jusqu'au 18 décembre 2024 inclus n'a pas été retiré. Dans ces circonstances, les décisions attaquées ne produisent plus d'effet depuis le 19 novembre 2024. Pour l'ensemble de ces circonstances, la condition d'urgence requise par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il est donné acte au centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes du désistement de ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Il est donné acte au centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes du désistement de ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A et au centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes.

Fait à Grenoble, le 16 avril 2025.

Le juge des référés,

C. Vial-Pailler

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2502089

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