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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2502265

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2502265

mardi 24 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2502265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDABBAOUI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, ressortissant tunisien, qui contestait un arrêté préfectoral du 31 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation de M. B, entré irrégulièrement et sans titre de séjour, relevait légalement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également estimé que la décision ne méconnaissait ni l'article L. 613-1 du même code ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, le préfet ayant pris en compte sa durée de présence et ses liens en France. Par conséquent, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2025, M. B, représenté par Me Dabbaoui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2025 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a assorti cette obligation d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision ou, à titre subsidiaire, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sans délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission (fichier SIS II) ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. B soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- est illégale par la voie de l'exception ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale par la voie de l'exception ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale par la voie de l'exception ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2025, la préfète de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 avril 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 14 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Vial-Pailler, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, déclare être entré sur le territoire français en octobre 2021. A la suite d'un contrôle de police en date du 31 janvier 2025, l'intéressé ne pouvant justifier être en possession des documents et visas requis par la réglementation en vigueur, le préfet de la Haute-Savoie a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les éléments de faits propres à la situation du requérant et les considérations de droit sur lesquels elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des exigences de motivation, codifiées à l'article L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". En l'espèce, il est constant que M. B ne peut justifier être entré régulièrement en France et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il entrait ainsi dans le cas où, en application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Savoie pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Haute-Savoie a pris en considération la durée de présence ainsi que la nature et l'ancienneté des liens de M. B sur le territoire français. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Savoie a méconnu l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B n'est présent en France que depuis 4 ans alors qu'il a vécu en Tunisie jusqu'à l'âge de 19 ans. Il conserve des attaches familiales en Tunisie ou résident sa mère ainsi que deux de ses sœurs. Il ne justifie pas d'attaches familiales en France à l'exception de deux frères et une sœur habitant à Annecy, avec lesquels il n'établit pas être en contact régulier. S'il fait état d'une relation avec une personne de nationalité française, cette relation est récente et les intéressés ne résident pas ensemble au demeurant. S'il indique travailler au sein de l'EURL Messidor (Burger King) à Cran-Gevrier, sous contrat à durée indéterminée depuis deux ans, il est constant qu'il ne disposait pas d'une autorisation de travail ou d'un titre de séjour lui permettant d'exercer cet emploi. L'intéressé a été interpellé le 31 janvier 2025 pour rébellion, ce qui ne justifie pas d'une intégration particulière. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai départ volontaire :

7. En premier lieu, ainsi qu'il vient d'être mentionné, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale, le requérant n'est donc pas fondé à invoquer par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'appui de la contestation du refus d'accorder un délai de départ volontaire.

8. En deuxième lieu, l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prévoit que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L.612-3 du même code prévoit que " le risque mentionné au 3° de l'article L.612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ".

9. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Haute-Savoie s'est fondé sur le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, considérant qu'il existe un risque que le requérant se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet, dès lors qu'il ne justifie pas d'être entré régulièrement ni avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Le motif selon lequel il ne justifie pas d'être entré régulièrement en France étant suffisant à lui seul pour caractériser le risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire, le requérant n'est par suite pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Savoie a méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il dispose d'un domicile stable et permanent et qu'il justifie ainsi de garanties de représentation suffisantes. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant d'accorder un délai de départ volontaire n'étant pas illégales, le requérant n'est pas fondé à soulever, par la voie de l'exception, leur illégalité à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre publique que représente sa présence sur le territoire français. ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

12. Il ressort des termes de la décision contestée que la situation de B a été appréciée au regard de l'ensemble des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen la situation du requérant doivent être écartés.

13. M. B ne fait pas état de circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Si sa présence en France remonte à 2021, elle est irrégulière et il ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens en France. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances, nonobstant la circonstance que le comportement de l'intéressé ne caractériserait pas un trouble à l'ordre public, selon lui, le préfet de la Haute-Savoie n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée limitée à deux ans. Il n'a pas non plus méconnu les dispositions précitées.

14. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, par les motifs exposés au point 6.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à soulever, par la voie de l'exception, son illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

16. Les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur manifeste d'appréciation qui reprennent les mêmes arguments que ceux développés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peuvent qu'être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Dabbaoui et au préfet de la Haute-Savoie

Délibéré après l'audience du 15 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Fourcade, première conseillère,

Mme Pollet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2025.

Le président, rapporteur,

C. VIAL-PAILLER

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

F. FOURCADE Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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