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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2503010

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2503010

vendredi 25 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2503010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantDIOUF-GARIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble annule l'arrêté du 25 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B, ressortissante marocaine, l'a obligée à quitter le territoire et a fixé le pays de destination. La juridiction retient que la requérante justifie du caractère réel et sérieux de ses études, malgré des échecs initiaux liés à une maladie de Crohn, et que le refus méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, le tribunal enjoint à la préfète de délivrer un titre de séjour à Mme B sous deux mois, sans astreinte, et condamne l'État à verser 900 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2025, Mme A B, représentée par Me Diouf, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2025 par lequel la préfète de l'Isère a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère, à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la préfète de l'Isère s'est crue à tort liée par la décision de refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ruocco-Nardo, rapporteur,

- et les observations de Me Diouf, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine née le 28 septembre 2003, est entrée en France le 18 août 2021. Elle a bénéficié de plusieurs titres de séjour portant la mention " étudiant-élève " entre le 6 octobre 2021 et le 8 novembre 2023. Elle a sollicité, le 14 septembre 2023, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 février 2025, la préfète de l'Isère a refusé de faire droit à sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. ". Le renouvellement de cette carte est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, entrée en France le 18 août 2021, n'a pas validé ses deux premières années d'études universitaires en médecine et en physique entre 2021 et 2023. Toutefois, durant l'année universitaire 2023-2024, elle s'est réorientée en première année de licence spécialité " économie et gestion " et a validé sa première année avec une moyenne de 12,3/20. Mme B a transmis son relevé de notes à la préfecture lors de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par ailleurs, elle a validé son premier semestre de sa deuxième année de licence dans cette spécialité avec une moyenne de 13,85/20. En outre, elle produit des certificats médicaux, dont certains établis par des centres hospitaliers, faisant état de ce qu'elle souffre de la maladie de Crohn et de ce qu'elle a subi des symptômes digestifs particulièrement invalidants de septembre 2022 à avril 2023. Par ailleurs, en raison de sa pathologie, elle bénéficie d'aménagements pour les examens et le contrôle continu. Dans ces circonstances, Mme B est fondée à soutenir qu'elle justifie du caractère réel et sérieux de ses études et qu'en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour, la préfète de l'Isère a méconnu les dispositions de L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. L'annulation de la décision portant refus de titre de séjour emportant, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions contestées, Mme B est fondée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à demander l'annulation de l'arrêté du 25 février 2025.

5. Le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Isère de renouveler le titre de séjour de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de délivrer à l'intéressée, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Isère du 25 février 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de renouveler le titre de séjour de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Lefebvre, premier conseiller,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2025.

Le rapporteur,

T. RUOCCO-NARDO

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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