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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2504474

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2504474

mardi 13 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2504474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBORIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a rejeté les requêtes de M. D, ressortissant géorgien, contestant un arrêté du préfet de la Savoie refusant le renouvellement de son titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et l'assignant à résidence. Le tribunal a estimé que le refus de titre de séjour était légal, notamment au regard des articles L. 425-9 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que les décisions subséquentes étaient fondées. Les moyens soulevés, tirés de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête n° 2504474 et un mémoire, enregistrés les 28 avril et 12 mai 2025, M. A D, représenté par Me Bories, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2025 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Savoie, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique s'il est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle ou, à défaut, à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée et le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute de production de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les articles L. 425-9 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la compétence du signataire de la décision n'est pas rapportée ;

- la décision est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant estimé à tort en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2025, la préfète de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II) Par une requête n° 2504475, enregistrée le 28 avril 2025, M. A D, représenté par Me Bories, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2025 par lequel le préfet de la Savoie l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique s'il est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle ou, à défaut, à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée et le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur de droit et méconnaît les articles L. 722-3 et L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le délai de départ volontaire n'était pas expiré ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Beytout, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Bories, avocate de M. D, en présence de Mme C, interprète en langue géorgienne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant géorgien, est entré irrégulièrement en France le 2 avril 2019. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire d'un an mention " vie privée et familiale " le 14 février 2023 valable jusqu'au 12 février 2024. Le 10 octobre 2024, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Après avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 janvier 2025, la préfète de la Savoie a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi par un arrêté du 17 mars 2025 dont M. D demande l'annulation dans la requête n° 2504474. La préfète de la Savoie l'assigné à résidence pour une durée de 45 jours par un arrêté du 15 avril 2025 dont M. D demande l'annulation dans la requête n° 2504475.

2. Les requêtes concernent la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de renvoi :

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du même code : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. ".

6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Dans son avis du 21 janvier 2025, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. D nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. D souffre d'une cardiomyopathie hypertrophique, pour laquelle il a bénéficié de l'implantation d'un défibrillateur sous-cutané de marque Boston et bénéficie d'un traitement médicamenteux et d'un suivi régulier en France où il est régulièrement hospitalisé. Il a produit deux certificats médicaux récents émanant respectivement du cardiologue qui le suit à Chambéry et d'un interne en médecine du centre hospitalier universitaire de Grenoble qui attestent que ce type de défibrillateur n'est pas utilisé en Géorgie. En défense, le préfet de la Savoie se borne à soutenir que le traitement médicamenteux de M. D est disponible en Géorgie sans se prononcer sur la possibilité d'une surveillance de son défibrillateur, notamment en cas d'urgence. Par suite, M. D est fondé à soutenir que le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation du refus de titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi édictées le 17 mars 2025.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

10. Il résulte de ce qui précède que l'assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

11. Au surplus, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français du 17 mars 2025 a été notifiée à M. D le 28 mars 2025, date à laquelle le délai de départ volontaire de trente jours a commencé à courir. Ainsi, le 15 avril 2025, lorsqu'a été édictée l'assignation à résidence, ce délai n'était pas expiré. Par suite, M. D est également fondé à soutenir que l'arrêté du 15 avril 2025 méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

14. L'annulation du refus de titre de séjour implique nécessairement que la préfète de la Savoie délivre à M. D une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prescrire l'exécution de cette mesure dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

15. Sous réserve de l'admission définitive de M. D à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera la somme de 900 euros à Me Bories en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D, la même somme lui sera versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Savoie du 17 mars 2025 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi est annulé.

Article 3 : L'arrêté du préfet de la Savoie du 15 avril 2025 portant assignation à résidence pour une durée de 45 jours est annulé.

Article 4 : Il est enjoint à la préfète de la Savoie de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. D à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera la somme de 900 euros à Me Bories en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D, la même somme lui sera versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2025.

La magistrate désignée,

E. BEYTOUTLe greffier,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2, 2504475

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