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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2504583

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2504583

mardi 12 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2504583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDJINDEREDJIAN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté préfectoral du 7 avril 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour d’un an. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l’incompétence du signataire et a jugé que la décision d’éloignement était légalement fondée sur le 2° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors que le visa de court séjour de l’intéressé était expiré à la date de l’arrêté. Par voie de conséquence, les conclusions dirigées contre le refus de délai de départ volontaire et l’interdiction de retour ont également été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 avril 2025, M. C E B, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2025 par lequel la préfète de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- L'arrêté est signé par une autorité incompétente ;

- La décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'est fondée que sur la circonstance qu'il s'est maintenu sur le territoire après l'expiration de son visa, alors même qu'il disposait au-delà de cette date d'un droit au séjour pour trois mois qui n'était pas arrivé à échéance au jour de la décision attaquée ;

- La décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas à justifier de garanties de représentation puisqu'à la date de la décision attaquée, il disposait d'un visa en cours de validité pour être entré depuis moins de trois mois sur le territoire ;

- La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est en outre entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne peut pas être qualifié de menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2025, la préfète de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rogniaux a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E B, ressortissant algérien né en 1990, est entré en France le 29 janvier 2025, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour expirant le 21 février 2025. Par une décision du 7 avril 2025, dont il demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. D A, directeur de la citoyenneté et de l'immigration de la préfecture, qui disposait à cet effet d'une délégation, en vertu d'un arrêté de la préfète de la Haute-Savoie du 7 avril 2025, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour () ". La possibilité offerte par ces dispositions de demeurer trois mois sur le territoire sans être titulaire d'un titre de séjour n'est ouverte qu'aux étrangers non soumis à l'obligation de visa, ce qui n'est pas le cas de M. B, ressortissant algérien. Il est d'ailleurs entré sur le territoire muni d'un visa, qui n'autorisait son séjour que pour une durée de quinze jours entre le 23 janvier 2025 et le 21 février 2025. Or il est entré en France le 29 janvier 2025, de sorte qu'à la date de la décision attaquée, le 7 avril 2025, son visa était expiré, nonobstant l'erreur de l'arrêté mentionnant la fin de validité d'un autre visa présenté par M. B. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

5. Il en résulte que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

7. Pour refuser d'octroyer à M. B un délai de départ volontaire, la préfète de la Haute-Savoie s'est fondée à la fois sur le 1° de l'article L. 612-2 susvisé en estimant que son comportement constituait une menace à l'ordre public, et sur le 3° du même article en considérant qu'il existait un risque de soustraction à son obligation de quitter le territoire français. Si la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée par la seule interpellation de l'intéressé pour le vol d'une bouteille de rhum d'une valeur de trois euros, de plus fort en l'absence d'information quant aux suites pénales éventuellement données, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. B s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa, ce qui permet de regarder le risque de se soustraire à l'obligation de quitter le territoire français comme établi en application de l'article L. 612-3 susvisé.

8. Il en résulte que la préfète de la Haute-Savoie aurait pris la même décision, légalement justifiée, si elle n'avait retenu que le motif tiré du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit par conséquent être écarté.

9. Ainsi, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire doivent être rejetées.

10. En quatrième lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12. Dès lors qu'aucun délai de départ volontaire n'était accordé à M. B, la préfète de la Haute-Savoie était tenue, sauf circonstances humanitaires dont le requérant ne fait pas état, d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français. Eu égard à la durée très brève de son séjour en France et à la seule présence avérée de son frère sur le territoire alors que ses parents sont en Algérie, la préfète pouvait, sans erreur d'appréciation, fixer la durée de cette interdiction à un an, indépendamment de la circonstance que sa présence ne constituerait pas une menace pour l'ordre public. Ce moyen doit donc être écarté.

13. Il en résulte que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté en litige, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

15. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E B et à la préfète de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. Doulat, premier conseiller,

Mme Rogniaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2025.

La rapporteure,

A. Rogniaux

Le greffier,

S. Ribeaud

La présidente,

A. Triolet

La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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