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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2504977

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2504977

jeudi 2 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2504977
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. B..., ressortissant algérien, qui contestait un arrêté préfectoral du 22 avril 2025 refusant son titre de séjour pour raisons médicales et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé, que le signataire disposait d'une délégation de compétence régulière et que l'avis du collège de médecins de l'OFII était valide. Il a estimé que la préfète n'avait pas méconnu les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien de 1968, dès lors que M. B... pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. La demande d'annulation et les conclusions accessoires ont donc été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2025, M. A... B..., représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du 22 avril 2025 par lequel la préfète de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans ;

3°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère de lui délivrer une carte de séjour mention vie privée et familiale ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil d’une somme de 1 000 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Il soutient que :
- la compétence du signataire de l’arrêté n’est pas rapportée ;
- l’arrêté n’est pas suffisamment motivé et la préfète de l’Isère n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- il n’est pas justifié d’un avis régulier du collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ;
- le refus de titre de séjour méconnaît le 7° de l’article 6 de l’accord franco-algérien.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 8 septembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Beytout,
- et les observations de Me Schürmann, avocate de M. B....


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant algérien, déclare être entré en France le 1er novembre 2017. Il a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an, décidée le 27 août 2022. Le tribunal a rejeté le recours contentieux contre ces décisions par un jugement du 30 septembre 2022. Le 10 juillet 2023, il a sollicité la délivrance d’un certificat de résidence sur le fondement du 7° de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il demande l’annulation de l’arrêté du 22 avril 2025 par lequel la préfète de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur ce territoire pour une durée de deux ans.

Sur la demande d’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :

M. B... ayant été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 8 septembre 2025, il n’y a plus lieu de statuer sur sa demande d’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle qui a perdu son objet.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « (…) Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (…) / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ». Aux termes de l’article R. 425-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Pour l’application de l’article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d’un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. / L’avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l’immigration et du ministre chargé de la santé au vu (…) d’un rapport médical établi par un médecin de l’office (…) ».

En premier lieu, l’arrêté a été signé par M. Simplicien, secrétaire général de la préfecture de l’Isère, qui disposait d’une délégation de signature consentie par la préfète de l’Isère par un arrêté du 25 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l’Isère du même jour. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

En deuxième lieu, l’arrêté attaqué, qui indique les circonstances de droit et de fait qui le fondent, est suffisamment motivé et il ressort des termes de l’arrêté que la préfète de l’Isère a procédé à un examen particulier de la situation de M. B....

En troisième lieu, l’arrêté attaqué a été pris au vu d’un avis du collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration du 4 décembre 2023 produit en défense et dont l’existence est dès lors établie. Cet avis comporte l’ensemble des mentions requises par l’arrêté du 27 décembre 2016 susvisé.

En quatrième lieu, la partie qui justifie d’un avis du collège de médecins du service médical de l’Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l’existence ou l’absence d’un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d’un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l’autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d’apprécier l’état de santé de l’étranger et, le cas échéant, l’existence ou l’absence d’un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d’apprécier si l’état de santé d’un étranger justifie la délivrance d’un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et des éventuelles mesures d’instruction qu’il peut toujours ordonner.

En l’espèce, l’avis du collège des médecins du 4 décembre 2023 mentionne que l’état de santé de M. B... nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait toutefois pas entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité. Si les pièces produites par M. B... démontre qu’il continue à bénéficier d’un suivi médical, elles ne sont pas de nature à infirmer cet avis. Par suite, M. B... n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué méconnaît le 7° de l’article 6 de l’accord franco-algérien.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées. La présente décision n’appelle ainsi aucune mesure d’exécution. Il s’ensuit que ses conclusions à fin d’injonction ne peuvent qu’être rejetées.
Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique font obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie la partie perdante du paiement par l’autre partie d’une somme au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l’aide aurait exposés s’il n’avait pas eu cette aide. Les conclusions de M. B... relatives aux frais non compris dans les dépens doivent par suite être rejetées.

D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire présentées par M. B....

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à la préfète de l'Isère et Me Schürmann.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2025.

La rapporteure,

E. BEYTOUT
Le président,

P. THIERRY

La greffière,





AA. GRIMONT


La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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