lundi 6 octobre 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2505296 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 mai 2025, M. B... D..., représenté par Me Blanc, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 17 avril 2025 par lequel la préfète de la Haute-Savoie lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d’enjoindre à la préfète de la Haute-Savoie de procéder au réexamen de son dossier et de lui délivrer un titre de séjour, et dans l’attente de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué méconnaît l’article L. 424-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.
La requête a été communiquée à la préfète de la Haute-Savoie le 28 mai 2025, qui n’a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 28 mai 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 1er septembre 2025.
M. D... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la Convention de Genève sur le statut des réfugiés ;
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Galtier, rapporteure, a été entendu en audience publique, en l’absence des parties.
Considérant ce qui suit :
M. D..., ressortissant kosovar né le 2 novembre 1980, déclare être entré sur le territoire française le 2 octobre 2009 pour présenter une demande d’asile. Suite au rejet définitif de sa demande par la Cour nationale du droit d’asile le 9 décembre 2010, il s’est vu opposer une première décision de refus de séjour assortie d’une obligation de quitter le territoire français par le préfet du Rhône le 9 mars 2011. Le recours contentieux formé contre ces décisions a été rejeté par un arrêt définitif de la cour administrative d’appel de Lyon en date du 20 septembre 2012. A la suite d’une nouvelle demande de titre de séjour, le préfet du Rhône lui a opposé, le 9 octobre 2014, un autre refus de séjour assorti d’une mesure l’obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination. Le recours en excès de pouvoir présenté par M. D... contre cette décision a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Lyon le 28 mai 2015. Interpellé le 24 novembre 2015, le préfet du Rhône a de nouveau prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai à l’encontre de M. D..., confirmée par le tribunal administratif de Lyon le 27 novembre 2015.
Ayant exécuté la dernière mesure d’éloignement, M. D... indique être revenu sur le territoire au mois d’avril 2016 pour solliciter le réexamen de sa demande d’asile. Sa demande a été déclarée irrecevable par la Cour nationale du droit d’asile. Se prévalant de son concubinage avec une ressortissante albanaise disposant de la qualité de réfugiée, avec qui il a eu une fille née en France le 25 septembre 2018, il a sollicité le 25 novembre 2022 son admission exceptionnelle au séjour. Par la présente requête, il demande l’annulation de l’arrêté du 17 avril 2025 par lequel la préfète de la Haute-Savoie a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article 1er A 2° de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés modifié par l’article 1er du protocole signé le 31 janvier 1967 à New York, la qualité de réfugié est notamment reconnue à « toute personne (...) qui, craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut, ou du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays (…) ». Aux termes de l’article L. 521-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque la demande d’asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, la demande est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants. ». Par ailleurs, aux termes de l’article L. 531-23 du même code : « Lorsqu’il est statué sur la demande de chacun des parents présentée dans les conditions prévues à l’article L. 521-3, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants (…) ».
Les principes généraux du droit applicables aux réfugiés, résultant notamment des stipulations de la Convention de Genève précitées, imposent, en vue d’assurer pleinement au réfugié la protection prévue par ladite convention, que la même qualité soit reconnue à la personne de même nationalité qui était unie par le mariage à un réfugié à la date à laquelle celui-ci a demandé son admission au statut, ainsi qu’aux enfants mineurs de ce réfugié. En outre, la décision prise par les autorités en charge de l’asile, qu’il s’agisse de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ou de la Cour nationale du droit d’asile est déclarative et présente un effet récognitif de sorte que la qualité de réfugié reconnue à l’intéressé, et à ses enfants mineurs le cas échéant, est réputée lui appartenir depuis le jour de son arrivée sur le territoire français.
En l’espèce, il ressort des pièces du dossier qu’à la date à laquelle M. D... a introduit sa demande d’admission exceptionnelle au séjour le 25 novembre 2022, il était en concubinage avec Mme C..., ressortissante albanaise qui a obtenu le bénéfice du statut de réfugié. Or cette protection est réputée bénéficier à leur fille mineure, également de nationalité albanaise, bien que née en France et dont la filiation est légalement établie. Dans ces conditions, et alors même que la relation de concubinage est postérieure à la reconnaissance de la qualité de réfugiée dont bénéfice Mme C..., M. D... se trouvait, à la date de sa demande d’admission exceptionnelle au séjour, et dès lors que la filiation avec sa fille A... D... est établie et nullement contestée, dans la situation où il était père d’un enfant bénéficiant de la protection internationale au même titre que sa mère. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu’en prenant l’arrêté attaqué, la préfète de la Haute-Savoie a commis une erreur manifeste d’appréciation.
Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. D... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 17 avril 2025 par lequel la préfète de la Haute-Savoie lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
Eu égard au motif qui en constitue le fondement, et sous réserve de modifications ultérieures dans les circonstances de fait ou de droit, l’annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement qu’il soit enjoint à la préfète de la Haute-Savoie de délivrer un titre de séjour d’une durée d’un an portant la mention « vie privée et familiale » à M. D..., dans un délai de deux mois suivant sa notification, et dans cette attente, de lui délivrer un document provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
Aux termes de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : « Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l’aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. / Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l’aide juridictionnelle, à payer à l’avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l’aide juridictionnelle, une somme qu’il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l’Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l’aide aurait exposés s’il n’avait pas eu cette aide. (...) ».
M. D... ayant obtenu définitivement le bénéfice de l’aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Blanc de la somme de 900 euros, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 17 avril 2025 de la préfète de la Haute-Savoie est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Haute-Savoie de délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » d’une durée d’un an à M. D..., dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, et dans l’attente, de lui remettre un document provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification.
Article 3 : L’Etat versera à Me Blanc la somme de 900 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Blanc renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D..., à la préfète de la Haute-Savoie et à Me Blanc.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. L’Hôte, président,
Mme Galtier, première conseillère,
M. Lefebvre, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2025.
La rapporteure,
F. GALTIER
Le président,
V. L’HÔTELa greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026