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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2505656

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2505656

jeudi 3 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2505656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGHELMA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision implicite de la préfète de l'Isère refusant le regroupement familial demandé par Mme C pour son époux. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie en raison de la naissance récente de l'enfant du couple et de l'isolement de la requérante. Il a également retenu l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, au regard de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, concernant les ressources et le logement. Le tribunal a enjoint à la préfète de réexaminer la demande sous quinze jours, sous astreinte, et a condamné l'État à verser 1 000 euros à Mme C.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2025, Mme C, représentée par Me Ghelma, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Isère a refusé de d'accorder le regroupement familial sollicité pour son époux ;

2°) d'enjoindre à la préfète d'admettre son époux au bénéfice du regroupement familial et à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- la décision méconnaît l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'urgence n'est pas caractérisée et aucun des moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 19 juin 2025 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Ghelma, pour Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de suspension d'exécution :

1. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

2. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

3. Il résulte de l'instruction que Mme C a donné naissance seule, le 24 mai 2025, à son premier enfant né de sa relation avec M. A pour lequel le bénéfice du regroupement familial est demandé. Dans ces circonstances particulières et compte tenu de son isolement sur le territoire français, Mme C justifie d'une situation d'urgence.

4. En l'espèce, Mme C justifie être locataire d'un appartement de 42,76 m². Elle justifie également de revenus mensuels moyens d'environ 2 048 euros sur les mois de novembre 2023 à novembre 2024 pour un contrat à durée indéterminée 151,67 heures de travail effectif. Dès lors, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

5. Les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite de la préfète de l'Isère portant rejet de sa demande de regroupement familial au bénéfice de son époux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. La présente décision implique qu'il soit enjoint à la préfète de l'Isère de réexaminer la demande de regroupement familial de Mme C dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme C au de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er :L'exécution de la décision implicite de la préfète de l'Isère est suspendue.

Article 2 :Il est enjoint à la préfète de l'Isère de réexaminer la demande de regroupement familial de Mme C dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.

Article 3 :L'Etat versera à Mme C une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2025.

Le juge des référés,

J. B

Le greffier,

G. Morand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2505656

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