Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 juin 2025 et le 26 juin 2025, M. C... B..., représenté par Me Dabbaoui, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 13 mai 2025 par lequel la préfète de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d’enjoindre à la préfète de la Haute-Savoie :
de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » et dans l’attente de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
de supprimer son signalement du système d’information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la compétence du signataire de l’arrêté attaqué pris dans son ensemble n’est pas démontrée ;
la décision de refus de délivrance d’un titre de séjour est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ; elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’il contribue effectivement à l’entretien et à l’éducation de ses enfants ; elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ; elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ; elle est illégale, par voie d’exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2025, la préfète de la Haute-Savoie, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu’aucun des moyens n’est fondé.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la convention internationale relative aux droits de l’enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Naillon a été entendu au cours de l’audience publique, à laquelle les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. C... B..., ressortissant turc, est entré en France le 18 octobre 2008 sous couvert d’un visa long séjour valable jusqu’au 6 janvier 2009. Il a bénéficié de titres de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français, valables du 13 janvier 2009 au 24 novembre 2014 puis du 21 février 2019 au 20 février 2020. Le 27 janvier 2021 et le 8 mars 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut en qualité de parent d’enfant français. Par l’arrêté attaqué du 13 mai 2025, la préfète de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur l’arrêté attaqué pris dans son ensemble :
L’arrêté en litige a été signé par M. David-Anthony Delavoët, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Savoie, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Haute-Savoie du 7 avril 2025, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour du 13 mai 2025 vise les textes dont elle fait application et énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle de M. B.... Si le premier considérant de la décision en litige mentionne une date d’entrée en France erronée, il s’agit d’une erreur matérielle qui, pour regrettable qu’elle soit, est sans incidence sur la légalité de l’arrêté attaqué. Dès lors, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.
Les termes de l’arrêté attaqué témoignent en outre du fait que la préfète de la Haute-Savoie a examiné la situation de M. B... avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de sa situation doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ».
M. B... est père de deux enfants français nés en 2009 et 2019 de sa relation avec Mme A..., ressortissante française qui l’a assigné en divorce le 27 janvier 2023. Par une ordonnance du 8 août 2023, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Lille a fixé la résidence habituelle des enfants chez Mme A..., et a attribué au requérant, outre l’exercice conjoint de l’autorité parentale, un droit de visite « d’au moins deux rencontres par mois d’une durée d’au moins une heure ». M. B... soutient qu’il contribue à l’entretien et à l’éducation de ses enfants. Toutefois, il ne justifie pas avoir réalisé de versement bancaire à Mme A... depuis le mois de mai 2022, malgré les demandes de pièces complémentaires qui lui ont été adressées en ce sens par la préfecture de la Haute-Savoie durant l’instruction de sa demande de titre de séjour. Il soutient également avoir offert de nombreux cadeaux à ses enfants, sans toutefois l’établir. A l’exception du mois de juin 2023, lors duquel Mme A... l’aurait empêché de voir ses enfants, M. B... ne justifie pas avoir honoré son droit de visite à l’égard de ses enfants ni avoir de liens avec eux. Dans ces conditions, les seules attestations de témoignage produites au dossier ne sont pas de nature à établir qu’il contribue effectivement à l’entretien et à l’éducation de ses enfants. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ». Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».
D’une part, M. B... est entré en France en 2008, en qualité de conjoint de ressortissant français, en raison de son mariage avec Mme A.... La rupture de la vie commune a toutefois été constatée par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Lille le 8 août 2023. Tel qu’il l’a été indiqué précédemment, il est père de deux enfants français nés de son union avec Mme A..., dont la résidence a toutefois été fixée chez cette dernière, et desquels il ne justifie pas participer à l’entretien et à l’éducation, ni financièrement ni en honorant son droit de visite. Par ailleurs, le 13 avril 2018, le tribunal correctionnel de Lille a condamné le requérant à 5 mois d’emprisonnement avec sursis pour des faits de violences conjugales commis le 15 juillet 2016 à l’encontre de Mme A.... Le 22 août 2019, le tribunal de grande instance de Lille l’a également condamné à 550 euros d’amende et suspension du permis de conduire pour des infractions au code de la route. Dans ces conditions, la seule production de justificatifs professionnels selon lesquels il a travaillé en tant que coiffeur en décembre 2021 puis a créé une entreprise de coiffure en 2022 n’est pas de nature à établir que le centre de sa vie privée et familiale est désormais en France. Dès lors, il n’est pas fondé à soutenir qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de la Haute-Savoie a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite être écarté.
D’autre part, pour les mêmes motifs, et dès lors que M. B... ne justifie pas des liens qu’il entretient avec ses enfants français, malgré les demandes de pièces complémentaires qui lui ont été adressées en ce sens par la préfecture de la Haute-Savoie, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (...) 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents (...) ». Aux termes de l’article L. 613-1 du même code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour (...) ».
En application de ces dispositions, l’obligation de quitter le territoire français sous trente jours n’avait pas à faire l’objet d’une motivation distincte de celle de la décision refusant le titre de séjour. Au demeurant, elle vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, en particulier le 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les considérations de fait essentielles tenant à la situation personnelle du requérant. De plus, les termes de l’arrêté attaqué témoignent du fait que la préfète de la Haute-Savoie a examiné la situation particulière du requérant avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Les moyens tirés de l’insuffisance de motivation et du défaut d’examen particulier de sa situation doivent, par suite, être écartés.
En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, la préfète de la Haute-Savoie n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B....
Pour les mêmes motifs, la préfète de la Haute-Savoie n’a pas commis une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences que comporte son arrêté sur la situation de M. B....
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. B... ne peut exciper de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
En deuxième lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise les articles L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait référence à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique par ailleurs que le requérant ne fait pas état de risques particuliers en cas de retour dans son pays d’origine. Dès lors, la préfète de la Haute-Savoie a suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination.
En troisième lieu, dès lors que M. B... n’établit pas de risques à son encontre en cas de retour dans son pays d’origine, la préfète de la Haute-Savoie n’a pas commis une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences que comporte la décision fixant le pays de renvoi sur sa situation.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction et présentées au titre des frais d’instance.
D E C I D E :
Article 1er :
La requête de M. C... B... est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et à la préfète de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- M. Hamdouch, premier conseiller,
- Mme Naillon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.
La rapporteure,
L. Naillon
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 juin 2025 et le 26 juin 2025, M. C... B..., représenté par Me Dabbaoui, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 13 mai 2025 par lequel la préfète de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d’enjoindre à la préfète de la Haute-Savoie :
de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » et dans l’attente de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
de supprimer son signalement du système d’information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la compétence du signataire de l’arrêté attaqué pris dans son ensemble n’est pas démontrée ;
la décision de refus de délivrance d’un titre de séjour est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ; elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’il contribue effectivement à l’entretien et à l’éducation de ses enfants ; elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ; elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ; elle est illégale, par voie d’exception d’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2025, la préfète de la Haute-Savoie, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu’aucun des moyens n’est fondé.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la convention internationale relative aux droits de l’enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Naillon a été entendu au cours de l’audience publique, à laquelle les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. C... B..., ressortissant turc, est entré en France le 18 octobre 2008 sous couvert d’un visa long séjour valable jusqu’au 6 janvier 2009. Il a bénéficié de titres de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français, valables du 13 janvier 2009 au 24 novembre 2014 puis du 21 février 2019 au 20 février 2020. Le 27 janvier 2021 et le 8 mars 2022, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut en qualité de parent d’enfant français. Par l’arrêté attaqué du 13 mai 2025, la préfète de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur l’arrêté attaqué pris dans son ensemble :
L’arrêté en litige a été signé par M. David-Anthony Delavoët, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Savoie, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Haute-Savoie du 7 avril 2025, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour du 13 mai 2025 vise les textes dont elle fait application et énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle de M. B.... Si le premier considérant de la décision en litige mentionne une date d’entrée en France erronée, il s’agit d’une erreur matérielle qui, pour regrettable qu’elle soit, est sans incidence sur la légalité de l’arrêté attaqué. Dès lors, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.
Les termes de l’arrêté attaqué témoignent en outre du fait que la préfète de la Haute-Savoie a examiné la situation de M. B... avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de sa situation doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ».
M. B... est père de deux enfants français nés en 2009 et 2019 de sa relation avec Mme A..., ressortissante française qui l’a assigné en divorce le 27 janvier 2023. Par une ordonnance du 8 août 2023, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Lille a fixé la résidence habituelle des enfants chez Mme A..., et a attribué au requérant, outre l’exercice conjoint de l’autorité parentale, un droit de visite « d’au moins deux rencontres par mois d’une durée d’au moins une heure ». M. B... soutient qu’il contribue à l’entretien et à l’éducation de ses enfants. Toutefois, il ne justifie pas avoir réalisé de versement bancaire à Mme A... depuis le mois de mai 2022, malgré les demandes de pièces complémentaires qui lui ont été adressées en ce sens par la préfecture de la Haute-Savoie durant l’instruction de sa demande de titre de séjour. Il soutient également avoir offert de nombreux cadeaux à ses enfants, sans toutefois l’établir. A l’exception du mois de juin 2023, lors duquel Mme A... l’aurait empêché de voir ses enfants, M. B... ne justifie pas avoir honoré son droit de visite à l’égard de ses enfants ni avoir de liens avec eux. Dans ces conditions, les seules attestations de témoignage produites au dossier ne sont pas de nature à établir qu’il contribue effectivement à l’entretien et à l’éducation de ses enfants. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ». Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».
D’une part, M. B... est entré en France en 2008, en qualité de conjoint de ressortissant français, en raison de son mariage avec Mme A.... La rupture de la vie commune a toutefois été constatée par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Lille le 8 août 2023. Tel qu’il l’a été indiqué précédemment, il est père de deux enfants français nés de son union avec Mme A..., dont la résidence a toutefois été fixée chez cette dernière, et desquels il ne justifie pas participer à l’entretien et à l’éducation, ni financièrement ni en honorant son droit de visite. Par ailleurs, le 13 avril 2018, le tribunal correctionnel de Lille a condamné le requérant à 5 mois d’emprisonnement avec sursis pour des faits de violences conjugales commis le 15 juillet 2016 à l’encontre de Mme A.... Le 22 août 2019, le tribunal de grande instance de Lille l’a également condamné à 550 euros d’amende et suspension du permis de conduire pour des infractions au code de la route. Dans ces conditions, la seule production de justificatifs professionnels selon lesquels il a travaillé en tant que coiffeur en décembre 2021 puis a créé une entreprise de coiffure en 2022 n’est pas de nature à établir que le centre de sa vie privée et familiale est désormais en France. Dès lors, il n’est pas fondé à soutenir qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de la Haute-Savoie a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite être écarté.
D’autre part, pour les mêmes motifs, et dès lors que M. B... ne justifie pas des liens qu’il entretient avec ses enfants français, malgré les demandes de pièces complémentaires qui lui ont été adressées en ce sens par la préfecture de la Haute-Savoie, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (...) 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents (...) ». Aux termes de l’article L. 613-1 du même code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour (...) ».
En application de ces dispositions, l’obligation de quitter le territoire français sous trente jours n’avait pas à faire l’objet d’une motivation distincte de celle de la décision refusant le titre de séjour. Au demeurant, elle vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, en particulier le 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les considérations de fait essentielles tenant à la situation personnelle du requérant. De plus, les termes de l’arrêté attaqué témoignent du fait que la préfète de la Haute-Savoie a examiné la situation particulière du requérant avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Les moyens tirés de l’insuffisance de motivation et du défaut d’examen particulier de sa situation doivent, par suite, être écartés.
En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français, la préfète de la Haute-Savoie n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B....
Pour les mêmes motifs, la préfète de la Haute-Savoie n’a pas commis une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences que comporte son arrêté sur la situation de M. B....
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. B... ne peut exciper de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
En deuxième lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise les articles L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait référence à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique par ailleurs que le requérant ne fait pas état de risques particuliers en cas de retour dans son pays d’origine. Dès lors, la préfète de la Haute-Savoie a suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination.
En troisième lieu, dès lors que M. B... n’établit pas de risques à son encontre en cas de retour dans son pays d’origine, la préfète de la Haute-Savoie n’a pas commis une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences que comporte la décision fixant le pays de renvoi sur sa situation.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction et présentées au titre des frais d’instance.
D E C I D E :
Article 1er :
La requête de M. C... B... est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et à la préfète de la Haute-Savoie.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- M. Hamdouch, premier conseiller,
- Mme Naillon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.
La rapporteure,
L. Naillon
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.