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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2506380

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2506380

jeudi 25 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2506380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDJINDEREDJIAN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a annulé l'arrêté du 13 mai 2025 par lequel la préfète de la Haute-Savoie refusait un titre de séjour à M. A, ressortissant géorgien, et lui faisait obligation de quitter le territoire. La juridiction a jugé que la préfète avait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant la régularisation exceptionnelle de l'intéressé sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision se fonde sur l'intégration scolaire et professionnelle remarquable de M. A, entré en France à 14 ans, ayant obtenu un baccalauréat professionnel et poursuivi des études supérieures.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 juin et 12 août 2025, M. C A, représenté par Me Djinderedjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2025 par lequel la préfète de la Haute-Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Savoie de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de motifs exceptionnels de nature à permettre sa régularisation sur le territoire français ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2025, la préfète de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Rizzato, présidente, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Eu égard à l'urgence à statuer sur la situation de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

2. M. C A, ressortissant géorgien né en 2004, est entré en France, selon ses déclarations, le 29 juillet 2018, en compagnie de ses parents et de ses frères et sœurs. Le 16 novembre 2023, M. A a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 13 mai 2025, la préfète de la Haute-Savoie a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné d'office.

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. Les dispositions précitées ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un ressortissant étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'autorité administrative n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur sa situation. En l'espèce, M. A est entré en France le 29 juillet 2018, à l'âge de 14 ans, accompagné de ses parents et de sa fratrie. Il ressort des pièces du dossier qu'il a suivi en France sa scolarité depuis la classe de 3ème en 2018, au collège La Lauzière d'Aiguebelle et au collège Le Semnoz d'Annecy, puis au lycée professionnel Amédée Gordini d'Annecy, où il a obtenu son baccalauréat professionnel spécialité " étude et définition des produits industriels " mention " assez-bien " en 2023, avant d'intégrer un BTS " conception de produits industriels ". Les appréciations portées par ses professeurs attestent de son sérieux, de ses efforts, de ses progrès et de son attitude irréprochable. Par ailleurs, il justifie de la poursuite de ses études supérieures par la production d'un mail d'admission en CPGE ATS au lycée André Argouges de Grenoble, pour l'année scolaire 2025/2026. Compte tenu de ses efforts d'intégration, notamment scolaires, M. A démontre une particulière intégration dans la société française avec notamment des perspectives professionnelles sérieuses. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Savoie a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant la régularisation à titre exceptionnel de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 13 mai 2025 de la préfète de la Haute-Savoie refusant de lui délivrer un titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

6. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard aux motifs qui le fondent, que la préfète de la Haute-Savoie délivre un titre de séjour à M. A. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " d'une durée d'un an sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de cette notification. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. M. A étant admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Djinderedjian, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Djinderedjian de la somme de 900 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté de la préfète de la Haute-Savoie du 13 mai 2025 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de la Haute-Savoie de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Djinderedjian renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Djinderedjian une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Djinderedjian et à la préfète de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Rizzato, présidente,

Mme Permingeat, première conseillère,

M. Derollepot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2025.

La présidente rapporteure,

C. Rizzato

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

F. Permingeat

Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de la Haute-Savoie en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2506380

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