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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2506602

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2506602

mardi 25 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2506602
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGHELMA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A... contestant l'arrêté du 7 mai 2025 de la préfète de l'Isère. Cette décision refusait la délivrance d'un titre de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a jugé l'arrêté suffisamment motivé et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juin 2025, M. B... C... A..., représenté par Me Ghelma, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 7 mai 2025 par lequel la préfète de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français durant un an ;

2°) d’enjoindre à la préfète de l'Isère :
de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois, et dans l’attente de lui « délivrer un récépissé » ;
de supprimer son signalement du système d’information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé et est entaché d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
la décision de refus de délivrance d’un titre de séjour méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, par la voie de l’exception d’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision d’interdiction de retour sur le territoire français durant un an est illégale « si la décision portant obligation de quitter le territoire français ou la décision portant absence de délai de départ sont annulées » ; elle n’est pas suffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation au regard des dispositions de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est disproportionnée, elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens n’est fondé.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2025.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Naillon,
et les observations de Me Miran substituant Me Ghelma, représentant M. A....


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant guinéen, déclare être entré en France le 7 février 2012. Il a bénéficié d’un titre de séjour en qualité d’étranger malade valable du 10 décembre 2013 au 3 novembre 2014. Par un arrêté du 6 février 2015, le préfet de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté du 17 août 2018, le préfet de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et une interdiction de retour sur le territoire français durant un an. Par un arrêté du 31 octobre 2021, le préfet de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 1er juin 2023, il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l’arrêté attaqué du 7 mai 2025, la préfète de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français durant un an.

Sur l’arrêté attaqué pris dans son ensemble :

L’arrêté du 7 mai 2025 vise les textes dont il fait application et énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle de M. A.... Il est suffisamment motivé au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, quand bien même il ne reprend pas tous les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant que ce dernier aurait souhaité voir figurer. En outre, les termes de l’arrêté attaqué témoignent du fait que la préfète de l’Isère a examiné la situation de M. A.... Par suite, les moyens tirés de l’insuffisance de motivation et du défaut d’examen particulier doivent être écartés.

Sur le refus de titre de séjour :

En premier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ». Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ».

M. A... déclare être entré en France le 7 février 2012. Présent depuis plus de dix ans en France, il s’y est toutefois maintenu malgré trois précédentes décisions d’éloignement prononcées à son encontre par le préfet de l’Isère le 6 février 2015, le 17 août 2018 et le 31 octobre 2021. Célibataire et sans attache familiale sur le territoire français, il ressort des termes de l’arrêté attaqué et de l’avis émis le 15 octobre 2014 par la commission du titre de séjour, non contestés sur ces points par le requérant, que sa fille et des membres de sa fratrie résident dans son pays d’origine, dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, la seule circonstance qu’il a travaillé pour le compte des sociétés ONET et MANPOWER entre le mois de décembre 2013 et le mois d’avril 2015, qu’il présente cinq promesses d’embauche datées de 2016, 2018, 2023 et 2024 et qu’il est bénévole dans différentes associations, en particulier le secours catholique, les Restos du cœur, et l’association camayenne de l’Isère, n’est pas de nature à établir que le centre de sa vie privée et familiale est désormais en France. Dès lors, il n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué porte à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vertu desquels il a été pris. Les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, par suite, être écartés.

En second lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 (...) ».

M. A... soutient qu’il remplit les conditions de délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de son insertion sociale et professionnelle sur le territoire français. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, les circonstances qu’il a travaillé du mois de décembre 2013 au mois d’avril 2015, qu’il présente cinq promesses d’embauche datées de 2016, 2018, 2023 et 2024 et qu’il est bénévole dans différentes associations ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant la délivrance d’un titre de séjour « vie privée et familiale », alors que par ailleurs sa fille et des membres de sa fratrie résident dans son pays d’origine, vers lequel trois mesures d’éloignement ont été précédemment prononcées à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Isère n’a pas commis une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences que comporte son arrêté sur la situation de M. A....

Sur l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. A... ne peut exciper de l’illégalité du refus du titre de séjour à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision d’interdiction de retour sur le territoire français durant un an :

En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, M. A... n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français à l’encontre de l’interdiction de retour sur le territoire français d’un an. De plus, l’obligation de quitter le territoire français en litige étant assortie d’un délai de départ volontaire de trente jours, il ne peut utilement exciper de l’illégalité de la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire.

En second lieu, aux termes de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ».

D’une part, pour motiver l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an prononcée à l’encontre de M. A..., la préfète de l’Isère fait état de sa durée de présence en France, de ses attaches en Guinée et en France, de l’existence de précédentes mesures d’éloignement prononcées à son encontre et de l’absence de menace à l’ordre public. La préfète de l’Isère, qui a examiné la situation du requérant, a dès lors suffisamment motivé l’interdiction de retour sur le territoire français en litige au regard des dispositions de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de l’insuffisance de motivation et du défaut d’examen particulier doivent être écartés.

D’autre part, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 6, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’interdiction de retour sur le territoire français d’un an en litige est disproportionnée, qu’elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu’elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction et présentées au titre des frais d’instance.


D E C I D E :


Article 1er :
La requête est rejetée.

Article 2 :
Les conclusions présentées par Me Ghelma au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... C... A..., à Me Ghelma et à la préfète de l'Isère.




Délibéré après l'audience du 10 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- M. Hamdouch, premier conseiller,
- Mme Naillon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2025.


La rapporteure,

L. Naillon
Le président,

M. Sauveplane



La greffière,





C. Jasserand


La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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