Le Tribunal administratif de Grenoble, saisi par M. B... d’un recours pour excès de pouvoir contre son licenciement par le maire de Rives, constate que l’arrêté attaqué du 2 juillet 2025 a été retiré par une décision du 28 juillet 2025, devenue définitive. Ce retrait ayant fait disparaître rétroactivement l’acte contesté, les conclusions en annulation et injonction sont devenues sans objet, justifiant un non-lieu à statuer. En revanche, les conclusions indemnitaires de M. B... sont irrecevables, faute pour lui d’avoir produit la décision préalable de l’administration sur sa demande, malgré une demande de régularisation restée sans effet.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2025, M. A... B... demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 2 juillet 2025 par lequel le maire de Rives a prononcé son licenciement à compter du 1er août 2025, au terme de sa période d’essai ;
2°) d’enjoindre au maire de Rives de procéder à sa réintégration ;
3°) de condamner la commune de Rives à lui verser une indemnité de 40 000 euros en réparation du préjudice moral et financier qu’il estime avoir subi.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué n’est pas motivé, en méconnaissance des articles L. 211-6 et suivants du code des relations entre le public et l’administration ;
- il n’a pas été précédé d’une procédure contradictoire ;
- il n’est pas justifié compte tenu de son implication au sein de la collectivité, et tend seulement à faire échec au bénéfice d’un contrat à durée indéterminée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2025, la commune de Rives, représentée par la Selarl Fessler & Associés (Me Fessler) conclut au non-lieu à statuer sur la requête de M. B..., ou, à titre subsidiaire, à son rejet, et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l’arrêté attaqué a été retiré par un arrêté du 28 juillet 2025, notifié le 30 juillet 2025 à M. B..., de sorte que les conclusions de ce dernier ont perdu leur objet.
M. B... a été invité par courrier du 11 septembre 2025 à confirmer expressément le maintien des conclusions de sa requête
Par un mémoire, enregistré le 9 octobre 2025 et non communiqué, M. B... s’en remet à la sagesse du tribunal pour apprécier les suites à donner à son dossier et lui demande de rejeter les conclusions présentées en défense au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
M. A... B... a été recruté par la commune de Rives, en dernier lieu à compter du 1er avril 2025, en qualité de chargé de mission informatique, par contrat du 27 janvier 2025. Par un arrêté du 2 juillet 2025, le maire de Rives a mis fin à ses fonctions à compter du 1er août 2025, au terme de la période d’essai. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de l’arrêté de licenciement du 2 juillet 2025 ainsi que la condamnation de la commune à lui verser une indemnité en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis.
Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents de tribunal administratif (...), les présidents de formation de jugement des tribunaux (...) peuvent, par ordonnance : / (…) 3° Constater qu’il n’y a pas lieu de statuer sur une requête ; / 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n’est pas tenue d’inviter leur auteur à les régulariser ou qu’elles n’ont pas été régularisées à l’expiration du délai imparti par une demande en ce sens ».
En premier lieu, un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n’a d’autre objet que d’en faire prononcer l’annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n’ait statué, l’acte attaqué est rapporté par l’autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d’être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l’ordonnancement juridique de l’acte contesté, ce qui conduit à ce qu’il n’y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l’acte rapporté aurait reçu exécution.
Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 28 juillet 2025, notifié à M. B... le 30 juillet 2025, et qui n’a pas été contesté, le maire de Rives a procédé au retrait de l’arrêté du 2 juillet 2025, avec effet au 1er août 2025, date à laquelle l’agent est réintégré dans ses fonctions. Il s’ensuit que l’arrêté attaqué a été retiré avant même d’avoir reçu un commencement d’exécution. Par suite, les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction présentées par M. B... sont devenues sans objet et il n’y a, dès lors, plus lieu d’y statuer. La circonstance que, par une nouvelle décision du 19 novembre 2025, qui relève d’un litige distinct, le maire de Rives ait décidé de ne pas renouveler le contrat de M. B..., à son échéance du 31 mars 2026, ne fait en aucun cas obstacle à ce qu’un non-lieu à statuer soit constaté dans la présente instance.
En second lieu, aux termes de l’article R. 412-1 du code de justice administrative : « La requête doit, à peine d’irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l’acte attaqué ou, dans le cas mentionné à l’article R. 421-2, de la pièce justifiant de la date de dépôt de la réclamation (…) ». Aux termes de l’article R. 421-1 du même code : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d’une somme d’argent, elle n’est recevable qu’après l’intervention de la décision prise par l’administration sur une demande préalablement formée devant elle ». Aux termes de l’article R. 612-1 du même code : « Lorsque des conclusions sont entachées d’une irrecevabilité susceptible d’être couverte après l’expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d’office cette irrecevabilité qu’après avoir invité leur auteur à les régulariser ».
En dépit de la demande de régularisation qui lui a été adressée le 29 octobre 2025, et dont l’accusé de réception a été signé le même jour au moyen du téléservice « Télérecours citoyens », M. B..., à l’expiration du délai de quinze jours qui lui était imparti, n’a produit ni une décision de la commune de Rives statuant sur une demande indemnitaire préalable, ni la preuve de dépôt d’une telle demande. Contrairement à ce que fait valoir M. B..., le courrier du 1er juillet 2025 par lequel le maire de Rives a rejeté sa demande tendant à la requalification de son engagement en contrat à durée indéterminée ne lie pas le contentieux en ce qui concerne sa demande d’indemnisation du préjudice lié à son licenciement en fin de période d’essai. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par M. B..., qui n’ont pas été régularisées, sont entachées d’une irrecevabilité manifeste et doivent, dès lors, être rejetées en application du 4° précité de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées pour la commune de Rives sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction présentées par M. B....
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées pour la commune de Rives sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et à la commune de Rives.
Fait à Grenoble, le 3 décembre 2025.
La présidente de la 8ème chambre,
M. C...
La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.