Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 9 juillet 2025 sous le n°2507221, Mme D... A..., représentée par Me Bazin, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite par laquelle la préfète de l’Isère lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l’attente, un document provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre à la préfète de l’Isère de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l’attente, un document provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros, qui sera versée à Me Bazin sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans l’hypothèse où le bénéfice de l’aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
– le refus implicite de renouvellement de titre de séjour est entaché d’un vice de procédure faute de communication de son dossier ;
– il méconnaît les dispositions de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
– il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 août et 1er octobre 2025, la préfète de l’Isère conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Par une décision du 29 septembre 2025, le bureau de l’aide juridictionnelle a refusé le bénéfice de l’aide juridictionnelle à Mme A....
II. Par une requête enregistrée le 6 août 2025 sous le n°2508318, Mme D... A..., représentée par Me Bazin, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 19 mai 2025 par lequel la préfète de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l’attente, un document provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre à la préfète de l’Isère de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l’attente, un document provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros, qui sera versée à Me Bazin sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans l’hypothèse où le bénéfice de l’aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé, de mettre à la charge de l’État la somme de 1 800 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le refus de titre de séjour :
– est entaché d’un vice de procédure faute de communication de son dossier ;
– est entaché d’une insuffisance de motivation ;
– est entaché d’un défaut d’examen réel et complet de sa situation ;
– est entaché d’une erreur de fait dès lors qu’elle avait validé sa première année de licence au terme de l’année universitaire 2023-2024 et qu’elle était inscrite en deuxième année à la date de la décision attaquée ;
– méconnaît les dispositions de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
– est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
que l’obligation de quitter le territoire français :
est entachée d’une incompétence de son auteur ;
– est entachée d’une insuffisance de motivation ;
– méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Mme A... a été admise à l’aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2025.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Sellès, présidente,
- et les observations de Me Bazin, représentant Mme A....
Considérant ce qui suit :
1. Dans l’instance n°2508318, Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2025 et sa demande présentée dans l’instance n°2507221 a été rejetée par une décision du même jour. Par suite, il n’y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
2. Mme A..., ressortissante guinéenne née en 2000, est entrée en France, selon ses déclarations, le 17 septembre 2020 sous couvert d’un passeport revêtu d’un visa de long séjour « étudiant », valable du 12 septembre 2020 au 12 septembre 2021. Elle s’est vue délivrer plusieurs titres de séjour portant la mention « étudiant-élève » entre le 13 septembre 2021 et le 13 septembre 2023. Elle a sollicité, le 30 novembre 2023, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l’article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 mai 2025, la préfète de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d’office. Mme A... demande l’annulation de la décision implicite de refus de renouvellement de son titre de séjour et l’annulation de l’arrêté du 19 mai 2025.
3. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2507221 et 2508318 présentent à juger des questions semblables et concernent la situation d’un même requérant. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l’étendue du litige et l’exception de non-lieu à statuer :
4. Lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s’est substituée à la première.
5. La requérante demande l’annulation pour excès de pouvoir, d’une part, de la décision implicite née du silence gardé par la préfète de l’Isère quatre mois après le dépôt de sa demande de titre de séjour du 30 novembre 2023, d’autre part, de l’arrêté de la préfète de l’Isère du 19 mai 2025. Dès lors que cet arrêté, en tant qu’il porte refus de séjour, s’est implicitement mais nécessairement substitué à cette décision implicite, qui porte sur le même objet, les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite de refus née du silence gardé par la préfète doivent être regardées comme dirigées uniquement contre l’arrêté du 19 mai 2025 qui s’y est substitué. Par suite, l’exception de non-lieu opposée par la préfète de l’Isère doit être écartée.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
6. Si, au jour de sa demande, Mme A... était effectivement inscrite pour la troisième fois en première année de licence « Informatique et Mathématiques appliquées », il ressort des pièces du dossier qu’à la date de la décision contestée, elle était inscrite en deuxième année de cette même formation au titre de l’année universitaire 2024-2025, contrairement à ce qu’a indiqué la préfète de l’Isère. Dans ces conditions, en retenant à tort que la requérante intégrait « pour la troisième fois une première année de licence Informatique et Mathématiques appliquées », la préfète de l’Isère, qui n’a pas répliqué à ce moyen, a entaché sa décision de refus de renouvellement du titre de séjour de Mme A... d’une erreur de fait.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision du 19 mai 2025 portant refus de renouvellement du titre de séjour de Mme A... doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
8. Eu égard au motif d’annulation retenu, il y a lieu d’enjoindre à la préfète de l’Isère de procéder au réexamen de la situation de Mme A... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de huit jours.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Bazin, avocate de Mme A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’Etat, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, le versement à Me Bazin de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu d’admettre Mme A..., à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : L’arrêté de la préfète de l’Isère du 19 mai 2025 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l’Isère de réexaminer la situation de Mme A... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L’Etat versera à Me Bazin la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D... A..., à Me Bazin et à la préfète de l’Isère.
Copie en sera adressé au ministre de l’Intérieur.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Sellès, première vice-présidente,
Mme Permingeat, première conseillère,
M. Derollepot, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2025.
La présidente,
M. SellèsL’assesseure la plus ancienne
F. Permingeat
Le greffier,
M. C...
La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.