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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2507436

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2507436

jeudi 31 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2507436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCHURMANN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu la décision du 15 juillet 2025 par laquelle la préfète de l'Isère avait refusé de délivrer un récépissé de demande de titre de séjour autorisant le travail à Mme C. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, la décision rendant la situation de la requérante irrégulière et la privant d'emploi et de ressources. Il a également retenu l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, en raison de l'absence de motivation et de la méconnaissance des articles R. 421-12 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'administration n'ayant pas produit de mémoire ni été représentée à l'audience, le tribunal a fait droit à la demande de suspension.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2025, Mme A C, représentée par Me Schürmann, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de la décision du 15 juillet 2025 par laquelle la préfète de l'Isère a refusé de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée rend sa situation irrégulière sur le territoire français, la prive d'emploi, de ressources financières et de logement, alors même que sa demande de renouvellement de titre de séjour est en cours d'instruction par les services de la préfecture ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

* elle n'est pas motivée ;

* elle méconnaît les dispositions des articles R. 421-12 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle méconnaît son droit au travail garanti par le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Isère, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2507435, enregistrée le 16 juillet 2025, par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme B en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juillet 2025 à 11h :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Rouvier substituant Me Schürmann, représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 11 h 10.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence [], l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

4. La demande par laquelle une personne ayant été titulaire d'une carte de séjour portant la mention " étudiant " sollicite, sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance d'un titre portant la mention " vie privée et familiale " doit être regardée comme tendant à la délivrance d'un nouveau titre sur un fondement différent. Mme C ne saurait ainsi se prévaloir de la présomption d'urgence applicable, pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, en cas de refus de renouvellement du titre de séjour.

5. Cependant, la décision attaquée rend la situation de la requérante irrégulière sur le territoire français, la prive de la possibilité de travailler et d'avoir des ressources financières. Dès lors, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit, en l'espèce, être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

6. Il n'est pas contesté par la préfète de l'Isère, qui n'a pas produit de mémoire et n'était ni présente ni représentée à l'audience, qu'aucun récépissé de demande de titre de séjour assorti d'une autorisation de travailler n'a été délivré à Mme C lors de son rendez-vous en préfecture du 15 juillet 2025. Pourtant, il ne résulte pas de l'instruction que son dossier de demande de titre de séjour aurait été incomplet. Au surplus, dans le cadre de l'instance n°2506339, la préfète de l'Isère s'était engagée par écrit à convoquer la requérante le 15 juillet 2025 afin de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.

7. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 421-12 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative sont satisfaites. Il y a lieu, par suite, de suspendre l'exécution de la décision du 15 juillet 2025 par laquelle la préfète de l'Isère a refusé de délivrer à Mme C un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".

10. En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Toutefois, le juge des référés suspension ne peut décider une mesure qui a les mêmes effets qu'une annulation pour excès de pouvoir. Les conclusions de Mme C tendant à ce que lui soit délivré un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler doivent dès lors être rejetées.

11. Il y a lieu, en revanche, d'ordonner à la préfète de l'Isère de procéder au réexamen de la situation de Mme C et d'y statuer par une décision explicite, dans un délai de cinq jours à compter de la présente ordonnance.

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement de la somme de 800 euros à Me Schürmann, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et de l'admission définitive de la requérante au bénéficie de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros devra être versée à Mme C.

O R D O N N E :

Article 1er :Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'exécution de la décision du 15 juillet 2025 est suspendue.

Article 3 :Il est enjoint à la préfète de l'Isère de réexaminer la situation de Mme C et d'y statuer par une décision explicite dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 :Une astreinte de 100 euros par jour est prononcée à l'encontre de la préfète de l'Isère s'il n'est pas justifié de l'exécution de la présente ordonnance dans le délai mentionné à l'article 3 ci-dessus. La préfète de l'Isère communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter la présente ordonnance.

Article 5 :L'Etat versera à Me Schürmann une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros sera versée à Mme C.

Article 6 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à Me Schürmann et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 31 juillet 2025.

Le juge des référés,

L. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2507436

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