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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2507590

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2507590

jeudi 31 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2507590
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHUARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A, ressortissant afghan, qui contestait l'arrêté du 17 juillet 2025 ordonnant sa remise aux autorités suédoises, responsables de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la préfète du Rhône avait bien examiné sa situation personnelle, notamment au regard de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. Il a également constaté que l'accord explicite des autorités suédoises pour la reprise en charge avait été obtenu, conformément au règlement (UE) n° 604/2013. Enfin, le tribunal a estimé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 du même règlement était inopérant, faute de démonstration d'un risque de traitements inhumains ou dégradants en Suède.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2025, M. C A, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2025 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités suédoises, responsables de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il n'est pas justifié de l'existence d'un accord de reprise en charge par les autorités suédoises ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la notification de la décision méconnait les dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors que la préfète du Rhône n'a pas fait application de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les recours dont le jugement relève des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 31 juillet 2025, présenté son rapport et prononcé, à l'issue de celle-ci, les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 8 mars 1982, est entré en France selon ses déclarations le 1er mai 2025. Il a sollicité, le 13 mai 2025, l'enregistrement de sa demande d'asile. Sur la base de ses empreintes digitales relevées le même jour, la consultation du fichier EURODAC a révélé que l'intéressé avait sollicité, en dernier lieu, l'asile auprès des autorités suédoises le 26 juillet 2023. Ces dernières ont été saisies le 5 juin 2025 d'une demande de reprise en charge. Le 10 juin 2025, les autorités suédoises ont fait connaître leur accord explicite pour la réadmission de M. A. La préfète du Rhône a alors ordonné la remise de celui-ci aux autorités suédoises par l'arrêté du 17 juillet 2025 dont il demande l'annulation.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En l'espèce, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

3. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.

4. L'arrêté contesté, qui vise l'article 18 du règlement précité et qui comporte les indications reprises au point 1 du présent jugement, répond à l'exigence de motivation prévue par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, la préfète du Rhône a examiné la situation personnelle du requérant et notamment les conséquences de sa remise aux autorités suédoises au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard à l'objet de la décision attaquée, l'administration n'avait pas à examiner si le requérant était susceptible d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, en Afghanistan.

6. En troisième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, la préfète du Rhône établit par les pièces produites que les autorités suédoises ont été saisies le 5 juin 2025 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et qu'elles ont fait connaître leur accord explicite, le 10 juin 2025, pour la réadmission de M. A en application de l'article 25 de ce même règlement. Par suite, le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".

8. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

9. Contrairement à ce qui est soutenu, la circonstance qu'à la suite du rejet potentiel de sa demande de protection par les autorités suédoises l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations. En outre, il ne fait état d'aucune défaillance systémique dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs en Suède. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision litigieuse serait contraire aux stipulations précitées et entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.

10. En dernier lieu, les éventuelles irrégularités affectant la notification d'une décision étant sans incidence sur sa légalité, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté comme inopérant.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991

D E C I D E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Huard et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2025.

Le magistrat désigné,

T. B Le greffier,

L. ROUYER

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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