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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2507674

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2507674

jeudi 31 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2507674
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSARL NOVAS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme A, ressortissante péruvienne, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que le refus était fondé sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car elle n'avait pas sollicité l'asile dans le délai de 90 jours sans motif légitime. Il a estimé que les allégations de violences conjugales étaient trop imprécises et non corroborées, et qu'elle aurait pu demander l'asile parallèlement à ses démarches pour un titre de séjour. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juillet 2025 et le 30 juillet 2025, Mme C A, représentée par la SARL Novas Avocats, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 15 juillet 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil à compter du 15 juillet 2025 sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie de l'enregistrement de sa demande d'asile ;

- la décision a été prise en méconnaissance du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de preuve du dépôt d'une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- les moyens soulevés par Mme B A ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ruocco-Nardo pour statuer sur les recours dont le jugement relève des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ruocco-Nardo, magistrat désigné ;

- les observations de Me Séchaud, substituant Me Combes, représentant Mme B A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Après avoir constaté l'absence du représentant de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 15 juillet 2025, la directrice territoriale de l'OFII a refusé à Mme B A, ressortissante péruvienne, née le 11 décembre 1998, entrée en France en novembre 2024, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'a pas sollicité, sans motif légitime, l'asile dans un délai de 90 jours après son entrée en France. Par la présente requête, Mme B A demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". En l'espèce, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-27 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ".

4. La requérante soutient qu'elle dispose d'un motif légitime justifiant qu'elle n'ait pas déposé sa demande dans les délais dès lors qu'elle avait entamé des démarches tendant à l'octroi d'un titre de séjour en qualité de conjointe de français en janvier 2025 mais qu'elle a dû ensuite se séparer de son fiancé en raison de violences subies. Toutefois, l'allégation portant sur les violences subies est trop imprécise et n'est corroborée par aucune des pièces du dossier. Par ailleurs, rien ne faisait obstacle à ce qu'elle puisse également solliciter l'asile dans les délais parallèlement à sa demande de titre de séjour. Ainsi, l'OFII a pu, à bon droit, se fonder sur les dispositions du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lui refuser l'octroi des conditions matérielles d'accueil.

5. En second lieu, pour contester la décision en litige, la requérante soutient que l'administration n'a pas tenu compte de son état de vulnérabilité alors qu'elle se trouve sans hébergement et sans revenus. Néanmoins, ces circonstances ne suffisent pas à attester de l'existence d'une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées. Par ailleurs, l'administration a procédé à une évaluation de vulnérabilité de sa situation avant de prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soulevé à ce titre, doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B A est provisoirement admise à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B A, à Me Combes et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2025.

Le magistrat désigné,

T. RUOCCO-NARDO Le greffier,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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