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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2507962

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2507962

mardi 12 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2507962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCOUTAZ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a été saisi par M. A d’une demande de suspension de la décision implicite de la préfète de l’Isère refusant de lui délivrer un certificat de résidence. Le juge a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par la préfète, estimant qu’une décision implicite de rejet était bien née. Il a ensuite constaté que la condition d’urgence était satisfaite, compte tenu de l’impact du refus sur la situation professionnelle du requérant, titulaire d’un contrat de travail et privé d’autorisation provisoire de séjour. La décision a été rendue sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, sans que le juge ne se prononce sur l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité du refus.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2025, M. C A, représenté par Me Coutaz, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite portant refus de la préfète de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de deux jours, sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la condition tenant à l'urgence à statuer sur la légalité de la décision en litige est satisfaite, compte tenu de ses effets sur sa situation personnelle ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de cette décision est également satisfaite dès lors que :

* elle méconnaît les stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire enregistré le 11 août 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que M. A n'a pas déposé un dossier complet à l'appui de sa demande de titre de séjour, et que celle-ci nécessite un examen plus approfondi du fait de sa condamnation par un jugement du tribunal correctionnel de Marseille le 9 février 2021 pour détention et usage frauduleux de faux documents administratifs établissant une identité, une qualité ou une autorisation, de sorte que la condition d'urgence n'est pas satisfaite.

Vu :

- la requête enregistrée sous le n°2503953 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 11 août 2025 à 14h30 :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Coutaz, représentant M. A.

La préfète de l'Isère n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

1.La préfète de l'Isère fait valoir que le dossier déposé par M. A n'était pas complet et qu'elle est dans l'attente de la production de pièces complémentaires pour pouvoir évaluer la nécessité de saisir la commission du titre de séjour, de sorte qu'aucune décision implicite de rejet de sa demande de délivrance d'un certificat de résidence ne serait née, sans pièces ni précisions supplémentaires. En tout état de cause ces circonstances ne sont pas de nature à faire obstacle à la naissance d'une décision implicite de rejet à l'expiration d'un délai de quatre mois à compter de l'enregistrement de sa demande, le 3 septembre 2024. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2.L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose que le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative contestée au fond lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

3.D'une part, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.

4.Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français le 3 septembre 2024, et a ensuite bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour, puis d'attestations de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler sur une période non continue allant jusqu'au 24 juillet 2025. Il justifie par ailleurs occuper un emploi à temps partiel sous couvert d'un contrat à durée indéterminée, et avoir été empêché d'exercer un autre emploi sous couvert d'un contrat à durée déterminée à compter du mois d'août 2025 en raison de l'interruption de la délivrance de document l'autorisant provisoirement à séjourner en France et à y travailler. Dans ces conditions, la condition tenant à l'urgence à statuer sur la légalité de la décision en litige lui refusant implicitement la délivrance d'un certificat de résidence en sa qualité de parent d'enfant français doit être regardée comme satisfaite.

5.D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ".

6.En l'état de l'instruction, nonobstant la condamnation de M. A par un jugement du tribunal correctionnel de Marseille le 9 février 2021 pour détention et usage frauduleux de faux documents administratifs établissant une identité, une qualité ou une autorisation, et alors que la préfète n'apporte aucun élément pour établir que le dossier qu'il avait déposé n'était pas complet, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'accord franco-algérien est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

7.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative sont satisfaites. Il y a lieu, par suite, de suspendre l'exécution de la décision en litige, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8.Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l'administration. Toutefois, le juge des référés suspension ne peut décider une mesure qui a les mêmes effets qu'une annulation pour excès de pouvoir.

9.Eu égard à l'office du juge des référés, la présente décision implique seulement qu'il soit ordonné à la préfète de l'Isère de procéder au réexamen de la situation de M. A et d'adopter une décision explicite sur sa demande, dans un délai de trente jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et dans l'attente, de lui délivrer un document attestant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir chacune de ces injonctions d'une astreinte de 50 euros par jour de retard. Le surplus des conclusions à fin d'injonction doit en revanche être rejeté.

Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10.Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à M. A au titre des frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l'Isère a refusé de faire droit à la demande de certificat de résidence présentée par M. A le 3 septembre 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de procéder au réexamen de la situation de M. A et d'adopter une décision explicite sur sa demande, dans un délai de trente jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et dans l'attente, de lui délivrer un document attestant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours. Chacune de ces injonctions est assortie d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble le 12 août 2025.

Le juge des référés,

N. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°250796

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