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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2508056

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2508056

mardi 13 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2508056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINETS D'AVOCATS DELBES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble (2ème Chambre) a rejeté la requête de M. B..., ressortissant russe, qui contestait l'arrêté du préfet de la Drôme du 13 janvier 2025 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. Le tribunal a estimé que la décision était suffisamment motivée et que les craintes de l'intéressé en cas de retour en Russie, liées à la mobilisation de son fils ou à ses opinions politiques, n'étaient pas établies. En conséquence, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, des articles L. 513-2 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2025, M. A... B..., représenté par Me Delbes, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 13 janvier 2025 par lequel le préfet de la Drôme lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Drôme de lui délivrer un titre de séjour mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
En ce qui concerne la décision le refus de titre de séjour et l’obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît l’article L. 721-4 du code de de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article L. 513-2 du code de de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er septembre et le 10 octobre 2025, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2025.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Pérez,
- et les observations de Me Delbes, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant russe né le 14 juillet 1960, est entré en France pour déposer une demande d’asile qui a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 février 2024. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 7 janvier 2025. Par arrêté du 13 janvier 2025, le préfet de la Drôme a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle précise notamment que le requérant a demandé l’asile, et que cette demande a été rejetée par l’OFPRA le 28 février 2024 et par la Cour nationale du droit d'asile le 7 janvier 2025. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Les persécutions ou menaces de persécutions prises en compte dans la reconnaissance de la qualité de réfugié et les atteintes graves ou menaces d'atteintes graves pouvant donner lieu au bénéfice de la protection subsidiaire peuvent être le fait des autorités de l'Etat, de partis ou d'organisations qui contrôlent l'Etat ou une partie substantielle du territoire de l'Etat, ou d'acteurs non étatiques dans les cas où les autorités définies au premier alinéa de l'article L. 513-3 refusent ou ne sont pas en mesure d'offrir une protection ». Aux termes de l’article L. 721-4 du même code : « (…) Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ». Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

M. B... se prévaut de menaces qui pèsent sur lui en cas de retour en Russie, en raison notamment du refus de son fils d’être mobilisé dans le cadre de la guerre en Ukraine, de ses origines arméniennes ainsi que de sa participation à une manifestation réclamant la libération d’Alexeï Navalny. Toutefois, ces circonstances, qui n’ont d’ailleurs pas été considérées comme établies par la Cour nationale du droit d'asile dans sa décision du 7 janvier 2025, ne le sont pas davantage dans la présente instance par M. B.... Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté, ainsi que celui tiré de la méconnaissance des articles L. 513-2 et L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Pour les mêmes motifs, le préfet n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de M. B....

En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Eu égard au temps passé en Russie, où il a vécu jusqu'à l'âge de soixante-deux ans, et où il s'est nécessairement forgé des liens familiaux et sociaux et alors qu'il ne fait état d’aucune présence familiale en France, à la durée et à ses conditions de séjour en France, M. B... n’est pas fondé à soutenir que le refus d’admission au séjour et la mesure d’éloignement contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Au regard de la nationalité commune de M. B..., de son épouse également en situation irrégulière et ses deux enfants, rien ne s’oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Russie. Il suit de là que le moyen tiré de la violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 13 janvier 2025. Ses conclusions à fin d’annulation, ainsi que celles à fin d’injonction et celles de son avocat tendant à l'application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 doivent être rejetées par voie de conséquence.


D E C I D E :


Article 1er :
La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 :
Les conclusions de Me Delbes tendant à l'application de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Delbes et à la préfète de la Drôme.


Délibéré après l'audience du 19 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- M. Hamdouch, premier conseiller,
- Mme Pérez, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2026.


La rapporteure,




T. Perez





Le président,




M. Sauveplane


La greffière,




C. Jasserand


La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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