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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2508087

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2508087

mardi 23 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2508087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBORIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A..., ressortissant afghan, contestant l'arrêté préfectoral du 13 février 2025. Cet arrêté refusait le renouvellement de son attestation de demande d'asile, l'obligeait à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, fixait le pays de renvoi et prononçait une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que la décision de refus de renouvellement était suffisamment motivée et que les moyens soulevés, notamment ceux tirés de la méconnaissance des articles L. 542-1 à L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes de M. A..., confirmant la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 juillet 2025 et le 5 décembre 2025, M. D... A..., représenté par Me Bories, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 13 février 2025 par lequel la préfète de la Savoie a refusé de renouveler l’attestation de demande d’asile dont il bénéficiait, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans ;

2°) d’enjoindre à la préfète de la Savoie de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
la décision de refus de renouvellement de l’attestation de demande d’asile est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ; elle méconnaît les dispositions des articles L. 542-1 à L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
la compétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français n’est pas démontrée ; la décision portant obligation de quitter le territoire français n’est pas suffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ; elle est entachée d’une erreur de droit au regard des articles L. 611-1 4°, L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des articles 31 et 33 de la Convention de Genève et de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la décision fixant le pays de renvoi n’est pas suffisamment motivée ; elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la décision d’interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ; elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 octobre 2025, la préfète de la Savoie, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens n’est fondé.

Un mémoire présenté par la préfète de la Savoie a été enregistré le 8 décembre 2025 postérieurement à la clôture de l’instruction, et n’a pas été communiqué.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2025.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Naillon,
et les observations de Me Bories, représentant M. A....


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant afghan, déclare être entré en France le 6 octobre 2022. Par une décision du 27 février 2024, confirmée par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 septembre 2024, l’office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d’asile. Le 21 octobre 2024, l’OFPRA a rejeté sa demande de réexamen de sa demande d’asile comme étant irrecevable. Par l’arrêté attaqué du 13 février 2025, la préfète de la Savoie a refusé de renouveler l’attestation de demande d’asile dont il bénéficiait, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans.

Sur le refus de renouveler l’attestation de demande d’asile :

En premier lieu, la décision de refus de renouveler l’attestation de demande d’asile en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle est suffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.

En deuxième lieu, le requérant se borne à soutenir que la décision en litige « révèle un défaut d’examen complet de [sa] situation », sans toutefois assortir son moyen des précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : (...) 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article ». Aux termes de l’article L. 542-1 du même code : « En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ». Aux termes de l’article L. 542-2 de ce code : « Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : (...) b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; (...) 2° Lorsque le demandeur : (...) b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement (...) ». Aux termes de l’article L. 542-3 du même code : « Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé (...) ».


Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 21 octobre 2024, l’OFPRA a rejeté la demande de réexamen de M. A... comme étant irrecevable, en application des dispositions du 3° de l’article L. 531-32 précité. Dès lors, quand bien même il a interjeté appel de cette décision, le droit de M. A... de se maintenir sur le territoire français a pris fin le 21 octobre 2024, conformément aux dispositions du 1° b) de l’article L. 542-2 précité. Si M. A... fait valoir que sa demande de réexamen n’a pas eu pour but de faire obstacle à son éloignement, il ressort des pièces du dossier que l’OFPRA n’a pas entendu, pour prendre sa décision, se placer dans ce cas particulier prévu au b) du 2° de l’article L. 542-2 précité, tenant aux buts du demandeur, mais qu’il a fondé cette décision sur sa propre appréciation résultant de l’examen préliminaire du dossier, en application des dispositions du b) du 1° du même article, lesquelles se distinguent expressément du cas prévu au b) du 2°. Ainsi, le requérant n’est pas fondé à soutenir qu’il disposait du droit de se maintenir sur le territoire français après le 21 octobre 2024, date de la décision de l’Office. Par suite, c’est à bon droit que la préfète de la Savoie a refusé de renouveler l’attestation de demande d’asile de M. A....

Compte tenu de ce qui vient d’être dit, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle l’OFPRA a rejeté sa demande de réexamen n’était pas définitive et que, pour cette raison, l’arrêté attaqué est entaché d’une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, l’arrêté en litige a été signé par Mme C... B..., directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Savoie du 28 avril 2024, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit (...) ».

L’obligation de quitter le territoire français sous quatre-vingt-dix jours vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, en particulier le 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les considérations de fait essentielles tenant à la situation personnelle du requérant. De plus, les termes de l’arrêté attaqué témoignent du fait que la préfète de la Savoie a examiné la situation particulière du requérant avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Les moyens tirés de l’insuffisance de motivation et du défaut d’examen particulier de sa situation doivent, par suite, être écartés.

En troisième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ». Aux termes de l’article 31 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative aux réfugiés : « Réfugiés en situation irrégulière dans le pays d'accueil : 1. Les Etats contractants n'appliqueront pas de sanctions pénales, du fait de leur entrée ou de leur séjour irréguliers, aux réfugiés qui, arrivant directement du territoire où leur vie ou leur liberté était menacée au sens prévu par l'article premier, entrent ou se trouvent sur leur territoire sans autorisation, sous la réserve qu'ils se présentent sans délai aux autorités et leur exposent des raisons reconnues valables de leur entrée ou présence irrégulières. 2. Les Etats Contractants n’appliqueront aux déplacements de ces réfugiés d’autres restrictions que celles qui sont nécessaires ; ces restrictions seront appliquées seulement en attendant que le statut de ces réfugiés dans le pays d’accueil ait été régularisé ou qu’ils aient réussi à se faire admettre dans un autre pays. En vue de cette dernière admission les Etats Contractants accorderont à ces réfugiés un délai raisonnable ainsi que toutes facilités nécessaires (...) ». Aux termes de l’article 33 de la même convention : « 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques (...) ». Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (...) 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° (...) ».

D’une part, il ne ressort pas des termes de l’arrêté attaqué ni d’aucune pièce du dossier que la préfète de la Savoie s’est estimé à tort en situation de compétence liée. Le moyen tiré de l’erreur de droit doit, par suite, être écarté.

D’autre part, tel qu’il l’a été indiqué au point 5, le droit du requérant de se maintenir sur le territoire français a expiré le 21 octobre 2024, date de la décision de rejet de sa demande de réexamen par l’OFPRA. En outre, le requérant n’établit pas, à l’appui de sa requête, encourir des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d’origine.

Par suite, les moyens tirés de l’erreur de droit au regard des articles 31 et 33 de la Convention de Genève, de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et des articles L. 542-1, L. 542-2 et L. 611-1 4° précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

M. A... ne justifie d’aucune attache personnelle sur le territoire français, sur lequel il déclare être entré le 6 octobre 2022. Par ailleurs, il ressort des termes de l’arrêté attaqué que son épouse vit en Afghanistan, pays dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Dès lors, l’obligation de quitter le territoire français en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 11 à 13 et 15, la préfète de la Savoie n’a pas commis une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences que comporte son arrêté sur la situation de M. A....

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait référence à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique par ailleurs que le requérant n’établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Dès lors, la préfète de la Savoie a suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination.

En second lieu, aux termes de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;
2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;
3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. /
Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ».

En se bornant à alléguer des rapports de l’Agence de l’Union européenne pour l’asile, qui sont des documents généraux, et à soutenir que la désorganisation générale du pays depuis la prise du pouvoir des Talibans a pour conséquence d’exposer les ressortissants afghans à une violence aveugle dans certaines régions, notamment celle de Nangarhar, M. A... n’établit pas être personnellement menacé d’un traitement inhumain et dégradant dans son pays d’origine, en cas de retour dans celui-ci. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précités doit, par suite, être écarté.

Sur l’interdiction de retour sur le territoire français durant deux ans :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l’édiction et la durée de l’interdiction de retour mentionnée à l’article L. 612-8 (…) ». Aux termes de l’article L. 613-2 du même code : « Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ».

D’une part, pour prononcer à l’encontre de M. A... une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans, la préfète de la Savoie, qui a visé les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, a relevé que le requérant est entré en France récemment, que son épouse vit en Afghanistan, qu’il ne dispose d’aucune attache personnelle et familiale en France, qu’il ne présente pas de menace pour l’ordre public et n’a pas fait l’objet de précédente mesure d’éloignement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

D’autre part, les termes de l’arrêté attaqué témoignent du fait que, pour décider de l’interdiction de retour sur le territoire français en litige, la préfète de la Savoie a examiné la situation du requérant.

Enfin, compte tenu de ce qui a été dit aux points 15, 19 et 21, c’est sans méconnaitre les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète de la Savoie a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour (...) ».

Un délai de départ volontaire de quatre-vingt-dix jours a été octroyé au requérant, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant.

En troisième lieu, compte tenu des éléments énoncés aux points 5, 11 à 13 et 15, les moyens tirés de l’erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction et présentées au titre des frais d’instance.


D E C I D E :


Article 1er :
La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 :
Les conclusions présentées par son Me Bories au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à M. D... A..., à Me Bories et à la préfète de la Savoie.





Délibéré après l'audience du 9 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- M. Hamdouch, premier conseiller,
- Mme Naillon, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2025.


La rapporteure,

L. Naillon
Le président,

M. Sauveplane


La greffière,





C. Jasserand


La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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