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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2508629

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2508629

jeudi 4 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2508629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMARGAT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé, a examiné la demande de suspension de la décision implicite de la préfète de l'Isère refusant de renouveler le titre de séjour de M. A, ressortissant sénégalais. Le juge a reconnu l'urgence, malgré le dépôt tardif de la demande de renouvellement, en raison de l'incapacité de l'intéressé à subvenir aux besoins de sa famille, composée de quatre enfants français. La condition d'urgence étant remplie, le tribunal a prononcé l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et a ordonné la suspension de la décision contestée, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 août 2025, M. B A, représenté par Me Margat, demande au juge des référés :

1°) de lui accorder à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite de la préfète de l'Isère refusant de renouveler son titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de six mois dans le délai de quarante-huit heures de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros qui sera versée à Me Margat sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'urgence est présumée s'agissant d'un renouvellement et le retard pris à déposer sa demande ne lui est pas imputable ; Il ne peut plus toucher l'allocation chômage à laquelle il a droit ;

- la décision n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les articles L. 423-7 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête ;

Il fait valoir que l'intéressé ne peut se prévaloir de la condition d'urgence, faute d'avoir présenté sa demande de renouvellement dans le délai prescrit par l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n°2508628, enregistrée le 18 août 2025, par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté contesté.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Savouré, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Savouré, juge des référés

- et les observations de Me Margat représentant M. A.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né en 1971 et père de quatre enfants de nationalité française, est entré en France en 2020 dans le cadre du regroupement familial et s'est vue délivrer une carte de séjour pluriannuelle qui a expiré le 17 octobre 2024. Il demande la suspension de la décision implicite, née du silence opposé à sa demande formulée le 1er février 2025, par laquelle la préfète de l'Isère a rejeté sa demande de renouvellement de ce titre de séjour.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () "..

4. En premier lieu, il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Il est constant que faute de disposer à tout le moins d'une attestation de prolongation d'inscription, M. A, marié et père de quatre enfants français dont deux mineurs, se trouve dans l'incapacité de subvenir aux besoins de sa famille. Dans ces circonstances, alors même qu'il ne pourrait bénéficier de la présomption d'urgence reconnue en cas de refus de renouvellement, faute d'avoir déposé sa demande dans le délai prévu par l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision litigieuse porte aux intérêts personnels de M. A une atteinte suffisamment grave et immédiate pour caractériser une situation d'urgence aux sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. En deuxième lieu, en l'état de l'instruction, les moyens tirés de la méconnaissance de l'articles L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative sont satisfaites. Il y a lieu, par suite, de suspendre l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce qu'il soit statué au fond.

8. Compte tenu du motif de suspension retenu, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Isère de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Dans l'attente, elle lui délivrera, dans le délai de quinze jours à compter de la même date, une attestation de prolongation d'instruction pendant la durée de cet examen ou jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour, sous la même astreinte.

9. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros à Me Margat, avocate de M. A, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision implicite de la préfète de l'Isère née du silence opposé à sa demande présentée le 1er février 2025 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de de procéder au réexamen de la demande de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Dans l'attente, elle lui délivrera, dans le délai de quinze jours à compter de la même date, une attestation de prolongation d'instruction pendant la durée de cet examen ou jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour, sous la même astreinte.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle, l'Etat versera à Me Margat la somme de 800 euros en application de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, la même somme lui sera versée en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur

Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 4 septembre 2025.

Le juge des référés,La greffière,

B. Savouré J. Bonino

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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