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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2508946

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2508946

jeudi 8 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2508946
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMALVASO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. D..., ressortissant kosovar, qui contestait l'arrêté préfectoral du 28 juillet 2025 refusant le renouvellement de son titre de séjour en tant que conjoint de Français, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. Le tribunal a estimé que la décision était suffisamment motivée et que la préfète n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, la communauté de vie avec son épouse française ayant pris fin. Il a également écarté les moyens relatifs à l'erreur de fait et à la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, faute de liens familiaux suffisamment établis en France. Les textes appliqués sont le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (notamment l'article L. 423-1) et la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 août 2025, et un mémoire enregistré le 28 novembre 2025, M. E..., représenté par Me Malvaso, demande au tribunal :
d’annuler l’arrêté du 28 juillet 2025 par lequel la préfète de la Savoie a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de départ de trente jours et a fixé le pays de destination ;
d’enjoindre à la préfète de la Savoie de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois ;
de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
l’arrêté est insuffisamment motivé ;
la décision de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
la décision l’obligeant à quitter le territoire français est entachée :
d’une erreur de fait ;
d’une erreur manifeste d’appréciation ;
d’une méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la décision lui accordant un délai de départ est irrégulière ;
la décision fixant le pays de destination méconnaît l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 18 novembre 2025 et 2 décembre 2025, la préfète de la Savoie conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. D... ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 novembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 2 décembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique, M. Thierry, président-rapporteur, a lu son rapport, les parties n’étant ni présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

M. D..., ressortissant kosovar né le 19 novembre 1993, expose être entré en France une première fois en juin 2019 avec un visa et y être revenu en 2022 avec un nouveau visa pour y épouser une ressortissante française le 12 février 2022. Un titre de séjour lui a été délivré en 2023 portant mention « vie privée et familiale » valable du 10 juillet 2023 au 9 juillet 2025, dont il a demandé le renouvellement le 22 mai 2025. Par un arrêté du 28 juillet 2025, la préfète de la Savoie a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Son recours gracieux contre cet arrêté n’a pas reçu de réponse. M. D... demande l’annulation de l’arrêté du 28 juillet 2025 ainsi que de la décision implicite de rejet son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
L’arrêté en litige énonce, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait sur lesquelles sont fondées les décisions attaquées. Le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision de rejet de demande de renouvellement de titre de séjour :
M. D... est entré en France pour la seconde fois en 2022, à l’âge de 29 ans. Il s’est marié la même année avec Mme A... C..., ressortissante française dont il indique être séparé. Dans ses conditions, alors que le requérant a formé une demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français, sur le fondement de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la préfète n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation en rejetant sa demande de renouvellement de titre de séjour.
En ce qui concerne l’obligation à quitter le territoire français :
En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D... a obtenu un visa de long séjour valant titre de séjour valable du 30 mai 2022 au 30 mai 2023. La seule circonstance que la préfète de la Savoie n’ait pas fait mention dans l’arrêté en litige du titre de séjour qui lui a été remis, valable du 10 juillet 2023 au 9 juillet 2025, ne constitue pas une erreur de fait. En tout état de cause, à supposer que M. D... ait entendu soutenir qu’en ne prenant pas en compte ce titre de séjour pour former son appréciation, la préfète de la Savoie a entaché sa décision d’une erreur d’appréciation, il ne résulte pas de l’instruction que la préfète de la Savoie aurait pris une décision différente si elle s’était fondée également sur cette circonstance. Le moyen tiré de l’erreur de fait doit ainsi être écarté.
En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui.».
Bien que M. D... ne soit pas divorcé, il ne conteste pas que la communauté de vie avec son épouse a pris fin. Il n’a pas d’enfant, et ne fait pas état d’autre lien familial en France que celui qu’il entretient avec son frère, sa belle-sœur et son neveu. M. D... expose avoir créé en 2024 une société, mais celle-ci n’a déclaré que 2 200 euros de bénéfices industriels et commerciaux pour cette année. Il ne fait pas état d’une intégration sociale particulière. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Dans ces mêmes conditions, il est n’est pas non plus fondé à soutenir que la décision l’obligeant à quitter le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
En ce qui concerne la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours :
Aux termes de l’article L. 612-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile « L’étranger faisant l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d’un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L’autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s’il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s’il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L’étranger est informé par écrit de cette prolongation. ».
La seule circonstance que le requérant se soit engagé dans un contrat de sous-traitance pour la réalisation de travaux jusqu’en septembre 2025 ne constitue pas une circonstance exceptionnelle justifiant l’octroi d’un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Il s’ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
Aux termes de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :
1° Le pays dont l’étranger a la nationalité, sauf si l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d’asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s’il n’a pas encore été statué sur sa demande d’asile ; (...) ».
Il ressort des pièces du dossier que M. D... dispose d’un passeport kosovar et il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il a formé une demande d’asile. M. D... ne soutient pas, au demeurant, qu’il remplirait les conditions d’octroi du statut de réfugié. M. D... n’est ainsi pas fondé à soutenir qu’en fixant le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il serait admissible, la préfète de la Savoie a méconnu ces dispositions.
Il résulte de l’ensemble ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de M. D... doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction et sur l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
Les conclusions à fin d’annulation de M. D... devant être rejetées, la présente décision n’appelle aucune mesure d’exécution. Il s’ensuit que ses conclusions à fin d’injonction ne peuvent qu’être rejetées.
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l’autre partie des frais qu’elle a exposés à l’occasion du litige soumis au juge, les conclusions de M. D... tendant à ce que soit mise à charge de la préfète de la Savoie une somme en application de ces dispositions doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er
:
La requête de M. D... est rejetée.
:
Le présent jugement sera notifié à M. B... D... et à la préfète de la Savoie.
Délibéré après l’audience du 18 décembre 2025 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
Mme Beytout, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2026.

Le président,

P. Thierry
L’assesseure la plus ancienne,
E. Beytout


La greffière,
A. Zanon


La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.




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