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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2509043

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2509043

lundi 15 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2509043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPORET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble annule l'arrêté du 7 juillet 2025 par lequel la préfète de l'Isère a refusé de renouveler le titre de séjour de M. C..., ressortissant arménien, et l'a obligé à quitter le territoire français. La juridiction retient que l'évolution de l'état de santé de l'intéressé, postérieure à l'avis du collège de médecins de l'OFII, n'a pas été prise en compte, et qu'il n'est pas établi qu'il pourrait bénéficier effectivement des soins appropriés dans son pays d'origine. Cette solution est fondée sur l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui protège les étrangers malades. Le tribunal enjoint à la préfète de réexaminer la situation de M. C... dans un délai d'un mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2025, M. C..., représenté par Me Poret, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté 7 juillet 2025 par lequel la préfète de l’Isère a refusé de l’admettre au séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours et à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois et dans l’attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l’arrêté :
– est entaché d’incompétence ;
– est entaché d’insuffisance de motivation ;
– est entaché d’un vice de procédure en l’absence de production de l’avis médical du collège de médecins de l’Office Français de l'Immigration et de l'Intégration ;
– l’avis du collège des médecins méconnaît l’article 6 du décret du 27 décembre 2016 ;
– la préfète s’est estimée liée par l’avis du collège des médecins de l’Office Français de l'Immigration et de l'Intégration ;
– méconnaît l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
– méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
– est entaché d’erreur manifeste d'appréciation ;
– la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l’illégalité de la décision portant refus de séjour ;
– méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
– est entachée d’erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
– la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
– le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
– la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
– le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
– le rapport de M. Savouré,
– les observations de Me Grenier, représentant M. C....

Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant arménien né en 1968 soutient être entré en France le 19 avril 2022. Il s’est vu délivrer un titre de séjour en qualité d’étranger malade valable du 10 mars 2023 au 9 décembre 2023. Par un arrêté du 7 juillet 2025, dont il demande l’annulation, la préfète de l’Isère a refusé de renouveler son titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Aux termes de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L’étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (…) ».

M. C... fait valoir qu’il souffre d’une cirrhose décompensée et est suivi dans le service d’hépato-gastro-entérologie dans le cadre duquel un scanner réalisé le 21 janvier 2025 a mis en évidence un nodule de 53 millimètres et des signes d’hypertension. Cet état médical a été confirmé par un IRM réalisé le 7 avril 2025 à l’issue duquel le Dr B... a établi un certificat daté du 26 août 2025 mentionnant que son état de santé nécessite des soins urgents dont l’absence entrainerait une atteinte du pronostic vital ou une altération grave et durable de son état de santé. Au regard de l’évolution de l’état de santé de l’intéressé postérieure à l’avis du collège des médecins de l’OFII daté du 9 décembre 2024, il n’est pas établi qu’il pourrait effectivement recevoir les soins appropriés à son état de santé dans son pays d’origine. Par suite, M. C... est fondé à invoquer la méconnaissance de l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à demander l’annulation de l’arrêté attaqué.

Aux termes de l’article L. 911-1 du même code : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. ».

Dans les circonstances de l’espèce, alors que l’examen de la demande de M. C... nécessite une nouvelle saisine du collège des médecins de l’OFII, il y a seulement lieu d’enjoindre à la préfète de l’Isère de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de trois mois. Dans l’attente, elle lui délivrera, dans le délai de huit jours une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Poret, avocate de M. C..., en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté de la préfète de l’Isère du 7 juillet 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l’Isère de procéder au réexamen de la demande de M. C... dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans l’attente, elle lui délivrera, dans le délai de huit jours à compter de la même date, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.

Article 3 : Il est mis à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 000 euros au profit de Me Poret, avocate de M. C..., en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C..., à Me Poret et à la préfète de l’Isère.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Savouré, président-rapporteur,
M. Doulat, premier conseiller,
Mme Rogniaux, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2025.





Le président-rapporteur,

B. Savouré

L’assesseur le plus ancien dans l’ordre du tableau,

F. Doulat

La greffière,





J. Bonino

La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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