Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 septembre 2025, M. B..., représenté par Me Bescou demande au tribunal :
d’annuler l’arrêté du 30 juillet 2025 par lequel la préfète de l’Isère lui a refusé un titre de séjour, fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d’un an ;
d’enjoindre à la préfète de l’Isère de lui délivrer un titre de séjour et à défaut d’examiner sa demande de titre de séjour et dans l’attente lui délivrer un récépissé de demande de séjour dans un délai de 2 mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
d’enjoindre à la préfète de l’Isère l’effacement du signalement aux fins de non-admission Schengen découlant de l’annulation des décisions attaquées ;
de mettre à la charge de l’État une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B... soutient que l’arrêté est entaché d’incompétence de l’auteur de l’acte et que :
Sur le refus de titre de séjour :
la décision attaquée est entachée d’un défaut d’examen préalable, réel et sérieux de sa demande de titre de séjour, faute d’avoir examiné sa demande au regard de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la préfète a commis une erreur manifeste d’appréciation dans la mise en œuvre de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure dès lors que la Commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;
la préfète a commis une erreur de droit ainsi qu’une erreur manifeste d’appréciation dans la mise en œuvre de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
la décision doit être annulée par voie de conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Sur le délai de départ volontaire de 30 jours :
la décision doit être annulée par voie de conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision fixant le pays de destination :
la décision doit être annulée par voie de conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :
la décision doit être annulée par voie de conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour.
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît l’article R. 142-7 et R. 142-21 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle est entachée d’une erreur d’appréciation, le requérant ne constituant nullement une menace pour l’ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2025, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu’aucun moyen n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code du travail ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Akoun,
et les observations de Me Bescou représentant M. B....
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant turc né le 3 mars 1984, déclare être entré en France le 15 janvier 2009 sous couvert de son passeport revêtu d’un visa Schengen d’une durée de validité de 15 jours délivré par les autorités consulaires allemandes en Turquie. Par l’arrêté attaqué du 30 juillet 2025, la préfète de l’Isère lui a refusé sa demande de titre de séjour présentée le 18 avril 2023, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a assorti ces décisions d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
L’arrêté attaqué a été signé par la préfète de l’Isère elle-même, nommée par un décret du 6 novembre 2024, publié au journal officiel le 7 novembre 2024, de sorte que le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte doit par suite être écarté.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 435-4 : « A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” d'une durée d'un an ».
Il est constant que, ainsi que le mentionne l’arrêté attaqué, M. B... a sollicité la délivrance d’un titre de séjour en tant qu’étranger exerçant une activité salarié, au titre des articles L. 421-1 à L. 421-5 ou, à titre exceptionnel au regard de considérations humanitaires. Si le requérant estime que le préfet n’a pas examiné son droit au séjour au regard des dispositions de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet a bien analysée le contrat de travail ainsi que les bulletins de paie produits par M. B... et qu’il a estimé que ces éléments ne permettaient pas d’être éligibles à l’admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en l’absence d’examen réel et sérieux de sa situation personnelle. Par ailleurs, et alors qu’il ne justifie pas d’une période de résidence ininterrompue d’au moins trois années en France, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation dans la mise en œuvre de ces dispositions doit également être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 de ce code : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ». Aux termes de l’article L. 423-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : (…) 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ».
D’une part, s’il ressort des pièces du dossier que le requérant travaille en qualité de carreleur depuis juin 2023 et qu’il soutient maîtriser le français en se prévalant d’un DELF de niveau A1, ces circonstances ne sont pas suffisantes pour justifier la régularisation de l’intéressé à titre exceptionnel sur le volet salarié quand bien même cet emploi se trouverait dans la liste des métiers en tension alors que l’intéressé, qui ne fait pas état de diplômes ou d’une qualification particulière et, en toutes hypothèses, n’établit pas résider sur le territoire depuis plus de dix années. Par suite, la préfète de la Haute-Savoie n’a pas, en opposant au requérant un refus de titre de séjour portant la mention « salarié », entaché sa décision ni d’une erreur de droit ni d’une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
En conséquence, et alors que la préfète n’est tenue de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers auxquels elle envisage de refuser le titre de séjour sollicité qui remplissent effectivement l’ensemble des conditions de délivrance des titres entrant dans le champ de cet article, cette commission n’avait pas en l’espèce à être consulté et le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
Si le requérant soutient être présent sur le territoire depuis 2009, il ne produit des pièces témoignant d’une présence régulière sur le territoire que depuis août 2023. L’intégration professionnelle dont il se prévaut et dont les bulletins de salaire témoignent est récente. Il n’établit pas une insertion sociale et amicale particulière dans la société, non plus que d’attaches familiales. Par suite, le refus de titre de séjour contesté n’a pas méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour ces mêmes motifs, cette décision n’est pas entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
Eu égard à ce qui précède, M. B... n’est pas fondé à se prévaloir, par voie d’exception, de l’illégalité du refus de séjour à l’appui de sa demande d’annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
Pour les mêmes motifs que ceux évoqués précédemment, la décision l’obligeant à quitter le territoire ne méconnaît pas les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et n’est pas entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire ainsi que le pays de destination :
Eu égard à ce qui précède, M. B... ne saurait se prévaloir, par voie d’exception, de l’illégalité du refus de séjour, ainsi que de celle de l’obligation de quitter le territoire français à l’appui de ses demandes d’annulation des décisions fixant celle déterminant le pays de destination.
En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :
Eu égard à ce qui précède, M. B... ne saurait se prévaloir, par voie d’exception, de l’illégalité du refus de séjour, de celle de l’obligation de quitter le territoire français et de celle fixant le pays de destination à l’appui de sa demande d’annulation de la décision interdisant son retour sur le territoire français pendant une durée d’un an.
En outre, la circonstance que le préfet, pour décider d’une interdiction de retour sur le territoire, ait pris en compte l’existence d’une précédente mesure d’éloignement prononcée en 2012 ne traduit aucune erreur de droit s’agissant de la mise à jour du dossier du requérant, ce d’autant que lui-même se prévaut d’une présence en France témoignant de la non-exécution de cette première mesure d’éloignement. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 142-7 et R. 142-21 doit être écarté.
Pour les mêmes motifs, cette interdiction de retour n’est pas entachée d’erreur d’appréciation alors même que le requérant ne constituerait pas une menace pour l’ordre public.
Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et tendant à la condamnation de l’État au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.
D E C I D E :
La requête de M. B... est rejetée.
Le présent jugement sera notifié à M. B..., à Me Bescou et à la préfète de l’Isère.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
Mme Fourcade, première conseillère,
Mme Akoun, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2025.
La rapporteure,
E. Akoun
Le président,
C. Vial-Pailler
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.