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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2509899

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2509899

vendredi 17 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2509899
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPOSAK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par la LPO Auvergne Rhône-Alpes pour suspendre l'arrêté préfectoral autorisant la chasse au tétras-lyre et au lièvre variable. Le juge a rejeté la demande de suspension concernant le tétras-lyre, estimant qu'aucun moyen n'était de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité. En revanche, pour le lièvre variable, il a considéré l'urgence caractérisée en raison du faible effectif de l'espèce (160 individus) et de l'absence de mesures de surveillance, en méconnaissance de la directive 92/43/CEE. Par conséquent, le tribunal a ordonné la suspension de l'exécution de l'arrêté en ce qu'il autorise la chasse au lièvre variable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 septembre 2025, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) Auvergne Rhône-Alpes, représentée par Me Posak, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté de la préfète de la Drôme du 26 juin 2025 fixant les dates d’ouverture et de fermeture et les modalités d’exercice de la chasse dans le département de la Drôme pour la saison 2025-2026 en ce qu’il ouvre la chasse au tétras-lyre et au lièvre variable ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la décision contestée porte une atteinte manifeste et immédiate aux intérêts qu’elle entend défendre puisque la protection de la faune sauvage est d’intérêt général et la période de chasse est en cours ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dès lors que la procédure de participation du public a été irrégulière en ce que la note de présentation prévue à l’article L. 123-19-6 du code de l’environnement était insuffisante, qu’elle compromet les efforts de conservation des espèces en violation de la directive 2009/147/CE pour le tétras-lyre et de la directive 92/43/CEE pour le lièvre, des articles L. 110-1 II 2°, L. 420-1 et R. 424-1 du code de l’environnement, de l’article 23 de la loi de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement et qu’elle méconnaît le principe de précaution.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2025, la préfète de la Drôme conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- l’urgence n’est pas caractérisée ;
- les moyens soulevés ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :
- la requête en annulation enregistrée le 23 août 2025 sous le n° 2508824 ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- la directive 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992 ;
- la directive 2009/147/CE du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 ;
- le code de l’environnement ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. L’Hôte pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 14 octobre 2025, en présence de Mme Berot-Gay, greffière :
- le rapport de M. L’Hôte, vice-président,
- les observations de Me Posak, représentant la Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne Rhône-Alpes,
- et les observations de M. A..., représentant la préfète de la Drôme.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».

Sur les conclusions aux fins de suspension :

En ce qui concerne la chasse au tétras-lyre :
En l’état de l’instruction et sans qu’il soit besoin de statuer sur la condition d’urgence, aucun des moyens soulevés n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté contesté en ce qu’il autorise la chasse au tétras-lyre.
En ce qui concerne la chasse au lièvre variable :

En premier lieu, l’urgence justifie la suspension de l’exécution d’un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.
La Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne Rhône-Alpes fait valoir que l’arrêté litigieux autorise le prélèvement de douze lièvres variables du 21 septembre au 11 novembre 2025, alors que l’espèce est classée dans la catégorie « quasi-menacée » sur la liste rouge des mammifères continentaux de France métropolitaine, et dans la catégorie « vulnérable » sur la liste rouge des vertébrés terrestres d’Auvergne-Rhône-Alpes. En outre, bien que figurant à l’annexe V de la directive 92/43/CEE du Conseil du 21 mai 1992, le lièvre variable ne fait pas l’objet des mesures de surveillance prévues à l’article 11 de cette directive comme le reconnaît la préfète de la Drôme en défense. Par ailleurs, la préfète fait état d’un effectif estimé de seulement 160 individus, sans fournir aucune donnée précise sur l’état de conservation de cette espèce. Dans ces conditions, l’exécution de l’arrêté en litige, alors que la période de chasse est en cours, est de nature à porter une atteinte grave et immédiate aux intérêts que l’association requérante s’est donnée pour objectif de défendre. Par suite, la condition d’urgence est remplie.
En second lieu, dès lors que la préfète de la Drôme reconnaît que le lièvre variable ne fait pas l’objet des mesures de surveillance prévues à l’article 11 de la directive 92/43/CEE du 21 mai 1992 et qu’elle ne produit pas de données suffisamment complètes et fiables sur l’état de conservation de cette espèce dans le département de la Drôme ni même dans son aire de distribution, se bornant à évoquer des programmes d’études qui seraient financés par la fédération des chasseurs sans autres précisions, le moyen tiré de ce que l’arrêté contesté, en ce qu’il autorise le prélèvement de douze lièvres variables, méconnaît les dispositions de l’article L. 420-1 du code de l’environnement et les objectifs de la directive du 21 mai 1992, est de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité. Par suite, il y a lieu d’ordonner la suspension de son exécution dans cette mesure.
Sur les frais d’instance :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L’exécution de l’arrêté de la préfète de la Drôme du 26 juin 2025 est suspendue en tant qu’il autorise le prélèvement de douze lièvres variables.

Article 2 : L’Etat versera à la Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne Rhône-Alpes la somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne Rhône-Alpes est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la Ligue pour la protection des oiseaux Auvergne Rhône-Alpes et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature.

Copie en sera délivrée à la préfète de la Drôme.


Fait à Grenoble, le 17 octobre 2025.



Le juge des référés,





V. L’HÔTE


La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.





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