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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2509985

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2509985

mercredi 31 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2509985
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBORIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme A... contestant l'arrêté du préfet de la Savoie du 31 mars 2025. Cette décision refusait la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et l'obligeait à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que le refus de titre de séjour était suffisamment motivé et que les emplois exercés par la requérante ne figuraient pas dans la liste des métiers en tension prévue par l'arrêté du 1er avril 2021. En conséquence, l'ensemble des moyens soulevés, y compris ceux tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 septembre 2025 et le 27 novembre 2025, Mme D... A..., représentée par Me Bories, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 31 mars 2025 par lequel le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre à la préfète de la Savoie ou toute autorité administrative compétente, sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d’un mois suivant la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, subsidiairement, sur le fondement de l’article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois suivant la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- le refus de titre de séjour est entaché d’un défaut de motivation ;
- il méconnait l’article L 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’incompétence ;
- elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d’un défaut de motivation
- elle méconnait les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme.

Mme A... a été admise à l’aide juridictionnelle totale par une décision du 13 août 2025.

Par des mémoires enregistrés le 7 novembre 2025 et le 2 décembre 2025, la préfète de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- la requête en comporte pas un exposé précis des faits et des moyens conformément à l’article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêté du 1er avril 2021 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l’emploi, des autorisations de travail aux étrangers non ressortissants d’un Etat membre de l’Union européenne, d’un autre Etat partie à l’Espace économique européen ou de la Confédération suisse ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de M. Ban et les observations de Me Bories représentant Mme A... ont été entendus au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

Mme A..., ressortissante ivoirienne née le 19 mars 1975, est entrée sur le territoire français le 27 décembre 2021, sous couvert d’un visa valable 90 jours dans les États Schengen. Le 13 février 2025, elle a demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l’arrêté du 31 mars 2025, le préfet de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, elle en demande l’annulation.

Sur la légalité du refus de titre de séjour :

Le refus de titre de séjour en litige énonce suffisamment les considérations de droit et de fait ainsi que les éléments propres à la situation personnelle de Mme A.... Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

Aux termes de l’article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l'autorité administrative, l'étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l'article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d'une période de résidence ininterrompue d'au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “ travailleur temporaire ” ou “ salarié ” d'une durée d'un an (…) ».

Mme A... est célibataire et mère de deux enfants majeurs résidant en Côte d’Ivoire où elle a vécu jusqu’à l’âge de quarante-six ans. Elle produit à l’instance des contrats de travail établissant que, depuis 2022, elle exerce une activité professionnelle salariée en qualité d’auxiliaire de vie, d’aide à domicile ou d’employée familiale. Elle justifie, en outre, avoir suivi avec succès la formation « Assistant de vie aux familles » délivrée par le certificat professionnel du centre européen de formation. Toutefois, à la date de l’arrêté attaqué, ces différents emplois ne faisaient pas partie de la liste des métiers caractérisés par des difficultés de recrutement figurant à l'annexe I de l’arrêté du 1er avril 2021 alors en vigueur. Dès lors, malgré ses efforts réels d’intégration, le préfet de la Savoie n’a pas méconnu les dispositions précitées de l’article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.

Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (...) ».

Eu égard à sa date d’entrée relativement récente en France ainsi qu’à ses attaches familiales dans son pays d’origine, et malgré ses contrats de travail successifs qui lui ont permis d’avoir son propre logement, le préfet de la Savoie n’a pas porté au droit à la vie privée et familiale de Mme A... une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels le refus de titre de séjour de l’intéressée a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.

Sur la légalité de l’obligation de quitter le territoire français :

L’obligation de quitter le territoire français en litige a été signée par Mme C... B..., qui disposait à cet effet d’une délégation accordée par le préfet de la Savoie en vertu d’un arrêté du 3 mars 2025 régulièrement publié. Par suite, la requérante n’est pas fondée à soutenir que l’arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente.

Les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés pour les raisons précédemment exposées au point 6.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination français :

La décision fixant le pays de destination français énonce que Mme A..., de nationalité ivoirienne, n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et qu’elle ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de cette convention. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

La requérante n’apporte aucun élément tendant à établir que la décision attaquée méconnaitrait les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d’annulation présentées par Mme A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D... A..., à Me Bories et à la préfète de la Savoie.

Délibéré après l’audience du 4 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Savouré, président,
M. Ban, premier conseiller,
M. Doulat, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2025.













Le rapporteur,





J-L. Ban











Le président,





B. Savouré La greffière,





J. Bonino


La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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