Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er octobre 2025 et le 8 octobre 2025, M. A... B..., représenté par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 24 septembre 2025 par lequel la préfète de l'Isère l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l'Isère de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours ;
3°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère de faire procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B... soutient que :
Sur l’arrêté pris dans son ensemble :
- cet arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
Sur la décision d’obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle est dépourvue de base légale et est entachée d’une erreur de droit ;
- il justifie d’un droit au séjour sur le fondement de l’article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète a méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision d’absence de délai de départ volontaire :
cette décision doit être annulée par la voie de l’exception d’illégalité de la décision d’éloignement ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
la préfète a commis une erreur de droit ;
elle a commis des erreurs de fait ;
elle a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
cette décision doit être annulée par la voie de l’exception d’illégalité de la décision d’éloignement ;
Sur la décision d’interdiction de retour :
cette décision doit être annulée par la voie de l’exception d’illégalité de la décision d’éloignement et de la décision de refus de délai de départ volontaire ;
il justifie de circonstances humanitaires qui s’opposent au prononcé d’une interdiction de retour ;
la préfète a méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Argentin, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Argentin a été entendu au cours de l’audience publique du 13 octobre 2025.
Les parties n’étant ni présentes ni représentées, la clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de ce rapport, à 14h30, en application des dispositions de l’article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant marocain, né en 1999, est entré sur le territoire français au cours de l’année 2001. Par l’arrêté contesté du 24 septembre 2025, la préfète de l'Isère l’a obligé à quitter le territoire français sans délai sur le fondement du 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné. Le requérant demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne l’arrêté pris dans son ensemble :
L’arrêté en litige a été signé par Mme Charlène Duquesnay, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l’Isère, qui bénéficiait à cet effet d’une délégation de signature de la préfète de l’Isère en date du 15 septembre 2025, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de la rédaction de la décision attaquée et des pièces du dossier que la préfète de l'Isère a procédé à un examen particulier de sa situation.
Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour (…) ».
Par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet du Rhône a refusé de délivrer à M. B... un titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que M. B... a été avisé du pli recommandé contenant cette décision le 11 juin 2022. A défaut d’avoir été réclamé dans les délais, ce pli a été renvoyé à l'administration revêtu de la mention « avisé et non réclamé ». Par conséquent, la notification du refus de titre de séjour doit être regardée comme étant intervenue à la date susmentionnée. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que, en l’absence de notification de l’arrêté de refus de titre de séjour, la décision d’obligation de quitter le territoire français prononcée sur le fondement du 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est dépourvue de base légale et est entachée d’une erreur de droit.
Aux termes de l’article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire (…) l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. (…) ».
D’une part, il ressort des pièces du dossier qu’avant de prendre l’arrêté contesté, la préfète a vérifié, compte tenu des informations en sa possession, si M. B... était en droit de se voir délivrer un titre de séjour. D’autre part, le requérant étant âgé de 25 ans à la date de la décision contestée il ne peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lequel concerne les demandes effectuées dans l'année qui suit le dix-huitième anniversaire d’un étranger justifiant avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Enfin, sa demande de titre présentée sur ce fondement, le 26 janvier 2018, a fait l’objet d’une décision explicite de rejet du 10 juin 2022 devenue définitive. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir qu’il était en situation de bénéficier d’un titre de plein droit s’opposant à l’édiction, à son encontre, d’une mesure d’obligation de quitter le territoire français.
Il est constant que M. B... réside en France depuis l’année 2001. Sa mère et ses trois sœurs y résident également alors que ses trois frères vivent hors du territoire français. Si le requérant soutient, en outre, entretenir une « relation au long cours » avec une ressortissante française, il ne l’établit pas au regard des pièces produites. M. B... ne conteste pas être identifié, dans la base destinée au traitement des antécédents judiciaires, au titre de quarante-neuf infractions sur la période de 2013 à 2022. Il a également fait l’objet de six condamnations pénales prononcées entre 2017 et 2024, notamment pour des faits de vols, de violences, de séquestration, de menace de mort, de dégradation, d’outrage, de détention de matériel de guerre, de participation à une association de malfaiteurs. Il a ainsi été condamné à plusieurs peines d’emprisonnement ferme. Par ailleurs, et alors que le requérant soutient dans ses écritures qu’il a adopté un bon comportement en détention, il a été condamné à une peine d’emprisonnement de huit mois pour des fait de violence sur un agent de l’administration pénitentiaire par un jugement du tribunal judiciaire de Vienne du 12 avril 2024. Il résulte de l’ensemble de ces éléments que le comportement de M. B... constitue une menace pour l’ordre public. Compte tenu, d’une part, de la particulière gravité des différentes infractions en cause, de leur caractère réitéré et constant depuis l’adolescence du requérant, et, d’autre part, de son manque de volonté de se conformer à la loi, la préfète de l'Isère n’a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée laquelle s’est régulièrement manifestée par des comportements troublant l’ordre public. Dès lors qu’il n’a pas de lien de dépendance avec sa mère et ses sœurs, et compte tenu de la présence hors du territoire français d’autres membres de sa famille, la préfète de l'Isère n’a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie familiale du requérant. Ainsi et dans les circonstances particulières de l’espèce, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, la préfète de l'Isère n’a pas davantage entaché cette décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B....
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
Il résulte de ce qui précède que l’exception d’illégalité de la décision d’obligation de quitter le territoire français excipée à l’encontre de la décision de refus de délai de départ volontaire doit être écartée.
Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de la rédaction de la décision attaquée et des pièces du dossier que la préfète de l'Isère a procédé à un examen particulier de sa situation.
Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français (…) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (…) qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (…) ».
Il ressort du procès-verbal d’audition du 23 septembre 2025 que M. B... a répondu « je ne l’accepterai pas du tout » à la question relative à la perspective d’une mesure d’éloignement susceptible d’être prise à son encontre. La préfète de l'Isère était ainsi fondée à considérer que le requérant a, au sens des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à une obligation de quitter le territoire français. La seule circonstance que l’intéressé ait également déclaré, au cours de cette même audition, qu’il engagerait une procédure contre une telle mesure par le truchement d’un avocat n’est pas de nature à révéler qu’il entendrait, en toute hypothèse, s’y conformer. En outre, M. B... soutient qu’il dispose d’un passeport en cours de validité sans toutefois en justifier dès lors que la photocopie du titre produit au dossier expirait le 25 juillet 2025, soit antérieurement à la date de la décision contestée. Si le requérant soutient également qu’il dispose d’un logement chez sa mère, il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans ce logement. Par suite, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Isère a entaché sa décision d’erreurs de fait.
Dès lors que M. B... a déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, qu’il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes et qu’il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, la préfète de l'Isère pouvait, à bon droit, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Isère a entaché sa décision d’une erreur de droit.
Compte tenu de ce qui a été énoncé précédemment, et dès lors qu’il invoque les mêmes motifs, le requérant n’est pas plus fondé à soutenir que la préfète de l'Isère a commis une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
Il résulte de ce qui précède que l’exception d’illégalité de la décision d’obligation de quitter le territoire français excipée à l’encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écartée.
En ce qui concerne la décision d’interdiction de retour :
Il résulte de ce qui précède que les exceptions d’illégalité des décisions d’obligation de quitter le territoire français et de refus de délai de départ volontaire, excipées à l’encontre de la décision d’interdiction de retour, doivent être écartées.
Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (…) ».
Le requérant fait valoir qu’il est sans attache effective au Maroc, pays dans lequel vit son père, et que les membres de sa famille avec lesquels il entretient des liens vivent sur les territoires français et italien. Si M. B... a produit des attestations de sa mère et de ses trois sœurs, ces dernières font état de relations familiales régulières sans être cependant circonstanciées. En outre, elles ne caractérisent aucune circonstance particulière notamment humanitaire. Dès lors, la préfète de l'Isère pouvait estimer que la situation familiale, telle qu’invoquée par le requérant, ne relève pas des circonstances humanitaires de nature à justifier une absence d’interdiction de retour sur le territoire français en application de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que sa situation relevait de circonstances humanitaires et que la préfète de l'Isère aurait entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.
Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, et alors que le requérant fait, lui-même, valoir que sa famille pourrait se retrouver en Italie, pays de nationalité de l’une de ses sœurs et où résident deux de ses frères, la préfète de l'Isère n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Aux termes de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».
Il ressort des termes de la décision contestée que l’ensemble des critères énoncés par les dispositions de l’article L. 612-10 a été pris en compte par la préfète de l'Isère. En dépit des liens familiaux du requérant sur le territoire français et, compte tenu, d’une part, qu’il n’est pas établi que le requérant ne pourrait entretenir des liens avec sa famille installée en France durant la durée de l’interdiction en litige, notamment dans un pays tiers et, d’autre part, compte tenu de l’importance de la menace pour l'ordre public que représente la présence de M. B... sur le territoire français, la préfète de l'Isère n’a pas entaché sa décision d’une erreur d’appréciation dans l’application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
Le présent jugement, qui rejette la requête de M. B..., n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les conclusions tendant à la prise en charge des frais non compris dans les dépens :
Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les frais exposés en cours d’instance et non compris dans les dépens soient mis à la charge de l’Etat, qui, dans la présente instance, n’est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la préfète de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2025.
Le magistrat désigné,
S. Argentin
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er octobre 2025 et le 8 octobre 2025, M. A... B..., représenté par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 24 septembre 2025 par lequel la préfète de l'Isère l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l'Isère de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours ;
3°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère de faire procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B... soutient que :
Sur l’arrêté pris dans son ensemble :
- cet arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
Sur la décision d’obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- elle est dépourvue de base légale et est entachée d’une erreur de droit ;
- il justifie d’un droit au séjour sur le fondement de l’article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la préfète a méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision d’absence de délai de départ volontaire :
cette décision doit être annulée par la voie de l’exception d’illégalité de la décision d’éloignement ;
elle est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
la préfète a commis une erreur de droit ;
elle a commis des erreurs de fait ;
elle a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
cette décision doit être annulée par la voie de l’exception d’illégalité de la décision d’éloignement ;
Sur la décision d’interdiction de retour :
cette décision doit être annulée par la voie de l’exception d’illégalité de la décision d’éloignement et de la décision de refus de délai de départ volontaire ;
il justifie de circonstances humanitaires qui s’opposent au prononcé d’une interdiction de retour ;
la préfète a méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 octobre 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Argentin, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Argentin a été entendu au cours de l’audience publique du 13 octobre 2025.
Les parties n’étant ni présentes ni représentées, la clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de ce rapport, à 14h30, en application des dispositions de l’article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant marocain, né en 1999, est entré sur le territoire français au cours de l’année 2001. Par l’arrêté contesté du 24 septembre 2025, la préfète de l'Isère l’a obligé à quitter le territoire français sans délai sur le fondement du 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d’être éloigné. Le requérant demande l’annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne l’arrêté pris dans son ensemble :
L’arrêté en litige a été signé par Mme Charlène Duquesnay, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l’Isère, qui bénéficiait à cet effet d’une délégation de signature de la préfète de l’Isère en date du 15 septembre 2025, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de la rédaction de la décision attaquée et des pièces du dossier que la préfète de l'Isère a procédé à un examen particulier de sa situation.
Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour (…) ».
Par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet du Rhône a refusé de délivrer à M. B... un titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que M. B... a été avisé du pli recommandé contenant cette décision le 11 juin 2022. A défaut d’avoir été réclamé dans les délais, ce pli a été renvoyé à l'administration revêtu de la mention « avisé et non réclamé ». Par conséquent, la notification du refus de titre de séjour doit être regardée comme étant intervenue à la date susmentionnée. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que, en l’absence de notification de l’arrêté de refus de titre de séjour, la décision d’obligation de quitter le territoire français prononcée sur le fondement du 3° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est dépourvue de base légale et est entachée d’une erreur de droit.
Aux termes de l’article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire (…) l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. (…) ».
D’une part, il ressort des pièces du dossier qu’avant de prendre l’arrêté contesté, la préfète a vérifié, compte tenu des informations en sa possession, si M. B... était en droit de se voir délivrer un titre de séjour. D’autre part, le requérant étant âgé de 25 ans à la date de la décision contestée il ne peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lequel concerne les demandes effectuées dans l'année qui suit le dix-huitième anniversaire d’un étranger justifiant avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Enfin, sa demande de titre présentée sur ce fondement, le 26 janvier 2018, a fait l’objet d’une décision explicite de rejet du 10 juin 2022 devenue définitive. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir qu’il était en situation de bénéficier d’un titre de plein droit s’opposant à l’édiction, à son encontre, d’une mesure d’obligation de quitter le territoire français.
Il est constant que M. B... réside en France depuis l’année 2001. Sa mère et ses trois sœurs y résident également alors que ses trois frères vivent hors du territoire français. Si le requérant soutient, en outre, entretenir une « relation au long cours » avec une ressortissante française, il ne l’établit pas au regard des pièces produites. M. B... ne conteste pas être identifié, dans la base destinée au traitement des antécédents judiciaires, au titre de quarante-neuf infractions sur la période de 2013 à 2022. Il a également fait l’objet de six condamnations pénales prononcées entre 2017 et 2024, notamment pour des faits de vols, de violences, de séquestration, de menace de mort, de dégradation, d’outrage, de détention de matériel de guerre, de participation à une association de malfaiteurs. Il a ainsi été condamné à plusieurs peines d’emprisonnement ferme. Par ailleurs, et alors que le requérant soutient dans ses écritures qu’il a adopté un bon comportement en détention, il a été condamné à une peine d’emprisonnement de huit mois pour des fait de violence sur un agent de l’administration pénitentiaire par un jugement du tribunal judiciaire de Vienne du 12 avril 2024. Il résulte de l’ensemble de ces éléments que le comportement de M. B... constitue une menace pour l’ordre public. Compte tenu, d’une part, de la particulière gravité des différentes infractions en cause, de leur caractère réitéré et constant depuis l’adolescence du requérant, et, d’autre part, de son manque de volonté de se conformer à la loi, la préfète de l'Isère n’a pas porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée laquelle s’est régulièrement manifestée par des comportements troublant l’ordre public. Dès lors qu’il n’a pas de lien de dépendance avec sa mère et ses sœurs, et compte tenu de la présence hors du territoire français d’autres membres de sa famille, la préfète de l'Isère n’a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie familiale du requérant. Ainsi et dans les circonstances particulières de l’espèce, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, la préfète de l'Isère n’a pas davantage entaché cette décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B....
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
Il résulte de ce qui précède que l’exception d’illégalité de la décision d’obligation de quitter le territoire français excipée à l’encontre de la décision de refus de délai de départ volontaire doit être écartée.
Contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de la rédaction de la décision attaquée et des pièces du dossier que la préfète de l'Isère a procédé à un examen particulier de sa situation.
Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français (…) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (…) qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (…) ».
Il ressort du procès-verbal d’audition du 23 septembre 2025 que M. B... a répondu « je ne l’accepterai pas du tout » à la question relative à la perspective d’une mesure d’éloignement susceptible d’être prise à son encontre. La préfète de l'Isère était ainsi fondée à considérer que le requérant a, au sens des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à une obligation de quitter le territoire français. La seule circonstance que l’intéressé ait également déclaré, au cours de cette même audition, qu’il engagerait une procédure contre une telle mesure par le truchement d’un avocat n’est pas de nature à révéler qu’il entendrait, en toute hypothèse, s’y conformer. En outre, M. B... soutient qu’il dispose d’un passeport en cours de validité sans toutefois en justifier dès lors que la photocopie du titre produit au dossier expirait le 25 juillet 2025, soit antérieurement à la date de la décision contestée. Si le requérant soutient également qu’il dispose d’un logement chez sa mère, il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans ce logement. Par suite, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Isère a entaché sa décision d’erreurs de fait.
Dès lors que M. B... a déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, qu’il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes et qu’il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, la préfète de l'Isère pouvait, à bon droit, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Isère a entaché sa décision d’une erreur de droit.
Compte tenu de ce qui a été énoncé précédemment, et dès lors qu’il invoque les mêmes motifs, le requérant n’est pas plus fondé à soutenir que la préfète de l'Isère a commis une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
Il résulte de ce qui précède que l’exception d’illégalité de la décision d’obligation de quitter le territoire français excipée à l’encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écartée.
En ce qui concerne la décision d’interdiction de retour :
Il résulte de ce qui précède que les exceptions d’illégalité des décisions d’obligation de quitter le territoire français et de refus de délai de départ volontaire, excipées à l’encontre de la décision d’interdiction de retour, doivent être écartées.
Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (…) ».
Le requérant fait valoir qu’il est sans attache effective au Maroc, pays dans lequel vit son père, et que les membres de sa famille avec lesquels il entretient des liens vivent sur les territoires français et italien. Si M. B... a produit des attestations de sa mère et de ses trois sœurs, ces dernières font état de relations familiales régulières sans être cependant circonstanciées. En outre, elles ne caractérisent aucune circonstance particulière notamment humanitaire. Dès lors, la préfète de l'Isère pouvait estimer que la situation familiale, telle qu’invoquée par le requérant, ne relève pas des circonstances humanitaires de nature à justifier une absence d’interdiction de retour sur le territoire français en application de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que sa situation relevait de circonstances humanitaires et que la préfète de l'Isère aurait entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.
Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, et alors que le requérant fait, lui-même, valoir que sa famille pourrait se retrouver en Italie, pays de nationalité de l’une de ses sœurs et où résident deux de ses frères, la préfète de l'Isère n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Aux termes de l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».
Il ressort des termes de la décision contestée que l’ensemble des critères énoncés par les dispositions de l’article L. 612-10 a été pris en compte par la préfète de l'Isère. En dépit des liens familiaux du requérant sur le territoire français et, compte tenu, d’une part, qu’il n’est pas établi que le requérant ne pourrait entretenir des liens avec sa famille installée en France durant la durée de l’interdiction en litige, notamment dans un pays tiers et, d’autre part, compte tenu de l’importance de la menace pour l'ordre public que représente la présence de M. B... sur le territoire français, la préfète de l'Isère n’a pas entaché sa décision d’une erreur d’appréciation dans l’application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :
Le présent jugement, qui rejette la requête de M. B..., n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les conclusions tendant à la prise en charge des frais non compris dans les dépens :
Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les frais exposés en cours d’instance et non compris dans les dépens soient mis à la charge de l’Etat, qui, dans la présente instance, n’est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la préfète de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2025.
Le magistrat désigné,
S. Argentin
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.