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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2510513

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2510513

lundi 20 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2510513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCOUTAZ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision implicite de la préfète de l'Isère refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme D..., une ressortissante étrangère enceinte et en activité professionnelle. La condition d'urgence a été présumée satisfaite en raison du refus de renouvellement, et un doute sérieux a été retenu quant à la méconnaissance de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint à la préfète de réexaminer la demande sous un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et a condamné l'État à verser 900 euros à Mme D... au titre des frais d'instance.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 octobre 2025 et le 16 octobre 2025, Mme D... née C..., représentée par Me Coutaz, demande au juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle la préfète de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre à la préfète de statuer sur sa demande dans un délai de 15 jours et dans l’attente, de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction, l'autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l’ordonnance à venir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
la condition d’urgence est remplie ;
la décision méconnaît les articles L. 411-4, L. 433-4 et L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la décision méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
la préfète était tenue de délivrer une attestation de prolongation d’instruction en vertu de l’article R. 431-15-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2025, la préfète de l’Isère conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu’elle a délivré une attestation de prolongation d’instruction.


Vu :
les autres pièces du dossier ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A... pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience publique du 17 octobre 2025 au cours de laquelle ont été entendus :
le rapport de Mme A... ;
les observations de Me Coutaz, pour Mme D....

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande de suspension d’exécution :

1. L’article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d’ordonner la suspension de l’exécution d’une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

En ce qui concerne la condition d’urgence :

2. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d’établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d’urgence soit regardée comme remplie.

3. En l’espèce, la décision litigieuse refuse le renouvellement du titre de séjour de Mme D.... Ainsi, la condition d'urgence est présumée satisfaite. La seule circonstance que la préfète ait délivré une attestation de prolongation d’instruction n’est pas de nature à renverser cette présomption dans la mesure où les conséquences d’une rupture de droit au séjour en cours d’instruction de sa demande titre ont pour Mme D..., qui travaille et qui est enceinte de son premier enfant, des conséquences particulièrement importantes. Dans ces conditions, la condition d’urgence est remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

4. En l’état de l’instruction, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l’article L. 423-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige. Par suite, il y a lieu d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision implicite refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme D....

Sur les conclusions d’injonction :

5. La présente décision implique qu’il soit enjoint à la préfète de l’Isère de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme D... dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les frais d’instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 900 euros à verser à Mme D... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



O R D O N N E :



Article 1er :
L’exécution de la décision implicite de la préfète de l’Isère est suspendue.

Article 2 :
Il est enjoint à la préfète de l’Isère de de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme D... dans un délai d’un mois à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 3 :
L’Etat versera à Mme D... une somme de 900 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :
La présente ordonnance sera notifiée à Mme D... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l’Isère.





Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2025.


Le juge des référés,

J. A...
Le greffier,

M. B...



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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