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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2511052

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2511052

mercredi 10 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2511052
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCHURMANN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a rejeté la demande de M. C... qui sollicitait la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction et un examen accéléré de son dossier de renouvellement de titre de séjour. La juridiction a constaté qu'une décision implicite de rejet de sa demande était née le 2 août 2025, en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la mesure sollicitée, qui visait à contourner cette décision administrative, était de nature à faire obstacle à son exécution et ne pouvait être ordonnée sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Le juge a également relevé que la requête, ne précisant pas son fondement juridique, ne pouvait être examinée au titre de la suspension prévue à l'article L. 521-1 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2025, M. A... C..., représenté par Me Schürmann, doit être regardé comme demandant au tribunal d’enjoindre à la préfète de l’Isère de procéder à l’examen de son dossier dans « les plus brefs délais » et, dans l’attente d’une décision définitive sur sa demande de renouvellement de titre de séjour, de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction valant autorisation au séjour.

Il soutient que malgré plusieurs relances, il ne s’est pas vu délivrer d’attestation de prolongation d’instruction depuis le dépôt sur le site de l’administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) de sa demande de renouvellement de titre de séjour le 2 avril 2025, le plaçant dans une situation administrative irrégulière.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B..., 1ère vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Aux termes de l’article L. 522-3 du code de justice administrative : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1. ».

En premier lieu, en faisant état d’une situation d’urgence, le requérant doit être regardé comme saisissant le juge des référés du tribunal. Cependant, il ne précise pas le fondement juridique de sa demande alors qu’il résulte des dispositions du titre II du livre V du code de justice administrative que les demandes formées devant le juge des référés sont instruites et jugées, et le cas échéant susceptibles de recours, selon des règles distinctes selon qu’elles sont présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de l’article L. 521-2 ou sur celui de son article L. 521-3.

En second lieu, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative. ».

Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.

Par ailleurs, aux termes de l’article R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l’autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421-43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426-17. ».

M. C..., titulaire d’une précédente carte de résident mention « vie privée et familiale », a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour. M. C... sollicite l’intervention du juge des référés afin qu’il enjoigne à la préfète de l’Isère de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction valant autorisation de séjour et à ce qu’il procède à l’examen de son dossier dans les plus brefs délais. Toutefois, l’intéressé a eu confirmation du dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour le 2 avril 2025, en application des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile citées au point 5, cette demande de titre de séjour a fait l’objet d’une décision implicite de rejet née du silence gardé par l’autorité administrative au terme du délai de quatre mois, le 2 août 2025.

Eu égard à l’intervention de cette décision implicite de rejet, la demande formulée par M. C... sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative est de nature à faire obstacle à l’exécution de cette décision administrative. Il en résulte que, s’il est loisible à l’intéressé, s’il s’y croit fondé, de contester la légalité de cette décision la mesure sollicitée ne saurait être prononcée par le juge des référés statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative.

Par ailleurs, aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». Aux termes de l’article R. 522-1 du même code : « (…) A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière. ».

A supposer que M. C... ait entendu saisir le juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, il résulte des dispositions rappelées au point 8 qu’une requête à fin de suspension est atteinte d’une irrecevabilité d’ordre public lorsque le requérant n’a pas introduit une requête à fin d’annulation de la décision dont il demande la suspension.

Si M. C... demande la suspension de l’exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de sa carte de résident, il n’a introduit aucune requête distincte au fond tendant à l’annulation de cette décision. Par suite, en l’absence de requête au fond, les conclusions tendant à la suspension de l’exécution de cette décision sont manifestement irrecevables pour ce motif.

Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée sur le fondement de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, en toutes ses conclusions.


O R D O N N E :

Article 1er :
La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 :
La présente ordonnance sera notifiée à M. A... C... et à la préfète de l’Isère.



Fait à Grenoble, le 10 décembre 2025.

La juge des référés,




M. B...

La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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