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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2511645

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2511645

vendredi 14 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2511645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPORET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. C..., ressortissant algérien, contestant l'arrêté préfectoral du 27 octobre 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a jugé que la décision d'éloignement était légalement fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de l'entrée irrégulière de l'intéressé, motif suffisant à lui seul. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 novembre 2025 et le 13 novembre 2025, M. A... C..., représenté par Me Poret, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 27 octobre 2025 par lequel la préfète de l'Isère l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’un an ;

3°) d’enjoindre à la préfète de l'Isère d’effacer son signalement aux fins de non-admission du fichier d’information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


M. C... soutient que :

Sur la décision d’obligation de quitter le territoire français :
le préfet a méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu’il présentait une menace à l’ordre public ;

Sur la décision de refus de délai de départ volontaire :
cette décision est disproportionnée ;

Sur la décision d’interdiction de retour sur le territoire français :
le préfet a méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.


Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Argentin, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir entendu, au cours de l’audience publique du 13 novembre 2025 :
- le rapport de M. Argentin, magistrat désigné ;
- les observations de Me Poret, représentant M. C... ;
- et les observations de M. B..., représentant la préfète de l'Isère.

En présence de Mme D... interprète en langue arabe, assistant
M. C....

L’instruction a, en application de l’article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, été close à 14h45, après que les parties ont formulé leurs observations orales.


Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant algérien, né en 1994, a été, le 27 octobre 2025, interpellé et placé en garde à vue pour des faits de détention de stupéfiants, de recel et de vente frauduleuse de tabac manufacturé. M. C... demande l’annulation de l’arrêté du même jour par lequel la préfète de l'Isère l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour d’une durée d’un an.

Sur l’aide juridictionnelle provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ». En raison de l’urgence qui s’attache au règlement du litige, il y a lieu d’admettre M. C..., à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision d’obligation de quitter le territoire français :

Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (…) 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (…) ».

Il ressort des termes de l’arrêté du 27 octobre 2025, que la préfète de l'Isère a obligé M. C... à quitter le territoire français sur le fondement du 1° et du 5° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C... n’établit pas être entré régulièrement sur le territoire français et n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour. Par suite, le préfet de la Haute-Savoie a pu légalement, sans que cela soit au demeurant contesté par le requérant, se fonder sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l’obliger à quitter le territoire français. Si M. C... fait valoir que son comportement ne constitue pas une menace pour l’ordre public, le motif précité est de nature à justifier à lui seul l’obligation de quitter le territoire français et il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif. Par suite, en se bornant à soutenir que la préfète de l'Isère aurait commis une erreur d’appréciation en estimant que son comportement constituait une menace à l’ordre public, M. C... n’est pas fondé à soutenir que cette mesure d’éloignement est entachée d’illégalité.

M. C... ne justifie pas de la date de son entrée sur le territoire français mais il ressort des pièces du dossier, et notamment de ses déclarations auprès des service de la police nationoale, qu’elle est très récente. Il n’établit pas avoir en France des liens privés anciens, intenses et stables alors qu’il n’est pas dépourvu de tous liens familiaux dans son pays d’origine. Ainsi, eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, la préfète de l'Isère n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, M. C... n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l’absence de délai de départ volontaire :

Aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (…) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité (…) ».

M. C... ne justifie pas d’une entrée régulière sur le territoire français, n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour et ne présente pas de garantie de représentation. Par ailleurs, il ne fait valoir aucune circonstance particulière justifiant qu’un délai de départ lui soit accordé. Dans ces circonstances, il n’est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Isère a pris une mesure disproportionnée en ne fixant aucun délai de départ volontaire.

En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :

Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ».

Comme il a été dit précédemment, le requérant n’établit pas avoir des liens privés sur le territoire français. En outre, il ne fait état d’aucune circonstance sur les effets de l’interdiction contestée sur sa vie personnelle et familiale. Par suite, M. C... n’est pas fondé à soutenir décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, la préfète de l'Isère n’a pas davantage entaché cette décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C....

Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être rejetées.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement, qui rejette la requête de M. C..., n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu’être rejetées.


Sur les conclusions tendant à la prise en charge des frais non compris dans les dépens :

Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que les frais exposés en cours d’instance et non compris dans les dépens soient mis à la charge de l’Etat, qui, dans la présente instance, n’est pas la partie perdante.



D E C I D E :

Article 1er : M. C... est admis provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C..., à Me Poret et à la préfète de l'Isère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2025




Le magistrat désigné,

S. Argentin
Le greffier,

G. Morand





La République mande et ordonne à la préfète de l'Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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