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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2512459

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2512459

mardi 24 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2512459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAZOUAGH

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble rejette la requête de M. C... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF), la fixation de son pays de destination et son interdiction de retour. La juridiction estime que le signataire de l'arrêté était compétent et que la mesure, prise après une précédente OQTF non exécutée, ne méconnaît pas disproportionnellement son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Les autres moyens, notamment ceux relatifs à l'erreur manifeste d'appréciation et à la motivation de l'interdiction de retour, sont également écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2025, M. A... C..., représenté par Me Azouagh, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 2 novembre 2025 par lequel la préfète de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d’une durée de deux ans ;

2°) d’enjoindre à la préfète de la Savoie de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois, de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour et de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
le signataire de l’arrêté attaqué était incompétent pour ce faire ;
l’obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
la décision fixant le pays de destination de cette mesure d’éloignement est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée ;
elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
le signalement aux fins de non-réadmission dans le système d’information Schengen est illégal du fait de l’illégalité l’interdiction de son retour en France.

La préfète de la Savoie a produit des pièces enregistrées le 22 décembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique, le rapport de M. Derollepot, premier conseiller, les parties n’étant ni présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant tunisien né le 27 mars 1999, soutient être entré en France en 2022. Le 23 mai 2023, le préfet de l’Aisne a pris à son encontre une mesure d’éloignement que M. C... s’est abstenu d’exécuter. Il demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 2 novembre 2025 par lequel la préfète de la Savoie l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne l’arrêté pris dans son ensemble :

L’arrêté en litige a été signé par M. Julien Pailhere, secrétaire général de la préfecture de la Savoie, qui disposait d’une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté préfectoral du 1er septembre 2025, régulièrement publié le même jour, au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Savoie. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’obligation de quitter le territoire français manque en fait.

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (…) ».

M. C... soutient sans l’établir être entré pour la première fois en France en 2022 et y séjourner de manière continue depuis. La durée de sa présence sur le territoire n’a néanmoins été rendue possible que par son maintien en situation irrégulière malgré une précédente mesure d’éloignement qu’il s’est abstenu d’exécuter. S’il soutient que la mesure d’éloignement a pour conséquence de le séparer de sa compagne et porte atteinte à son droit de se marier et de fonder une famille, il n’apporte aucun élément à l’appui de ses déclarations. S’il se prévaut de la présence en France de sa sœur et de son oncle, il n’en justifie pas par les seules pièces qu’il produit. Si le requérant justifie travailler depuis septembre 2023, ce seul élément ne saurait caractériser une intégration sociale particulière sur le territoire français alors qu’il est en situation irrégulière. Enfin, il n’établit pas être dépourvu d’attaches dans son pays d’origine où se trouvent ses parents et dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces circonstances, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été édictée et méconnaît de ce fait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. La préfète de la Savoie n’a pas davantage entaché sa décision d’une erreur manifeste quant à l’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l’intéressé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de cette mesure d’éloignement :

Il résulte de ce qui précède, qu’aucun des moyens soulevés par M. C... contre la décision d’obligation de quitter le territoire français n’est fondé. Dès lors, il n’est pas davantage fondé à soutenir que la décision fixant le pays de retour doit être annulée par voie de conséquence de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :

Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ».

Il ressort des termes de l’arrêté attaqué que, pour prononcer à l’encontre de M. C... une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans, la préfète de la Savoie a pris en compte l’ensemble des critères mentionnés par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

Aucun délai de départ n’ayant été accordé à M. C..., il est dans la situation, prévue par les dispositions précitées, où l’administration assortit l’obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français en l’absence de circonstances humanitaires y faisant obstacle et ne procède à un examen de la situation d’ensemble de l’étranger que pour fixer la durée de ladite interdiction. La situation de M. C... telle que décrite au point 4 ne révèle pas de circonstances humanitaires pouvant justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour malgré l’absence d’octroi de délai de départ volontaire. Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, la préfète de la Savoie n’a pas commis d’erreur de droit et elle n’a pas davantage entaché sa décision d’erreur d’appréciation en lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l’erreur manifeste d'appréciation d’éventuelles circonstances humanitaires doivent être écartés.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. C... doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d’annulation de la requête n’implique aucune mesure d’exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d’injonction.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il en soit fait application à l’encontre de l’Etat, qui n’est pas partie perdante.


D É C I D E :


Article 1er :
La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et à la préfète de la Savoie.



Délibéré après l'audience du 2 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Rizzato, présidente,
Mme Permingeat, première conseillère,
M. Derollepot, premier conseiller.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.


Le rapporteur,

A. Derollepot
La présidente,

C. Rizzato

Le greffier,

M. B...




La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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