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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2512937

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2512937

lundi 12 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2512937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP CDMF - AVOCATS AFFAIRES PUBLIQUES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête en référé suspension de la SCI La Lune contre le permis de construire un chalet délivré par le maire de Courchevel. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, la requérante ne justifiant pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à ses intérêts. Aucun des moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'absence de qualité du pétitionnaire, de vices de procédure ou de méconnaissance du règlement du PLU, n'a été examiné au fond, la demande étant rejetée sur ce seul motif procédural. La décision est fondée sur l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 décembre 2025, la SCI La Lune, représentée par Me Garnier, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de l’arrêté du 26 mai 2025 par lequel le maire de la commune de Courchevel a accordé un permis de construire à D... 1660 portant sur la construction d’un chalet ;

2°) de condamner la commune de Courchevel au versement d’une somme de 2 000 euros au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
elle dispose d’un intérêt pour agir contre l’arrêté contesté ;
la condition d’urgence est présumée satisfaite en vertu de l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme ;
il existe un doute sérieux concernant la légalité de l’arrêté en litige :
*D... 1660 n’avait pas qualité pour déposer le permis de construire dès lors que la qualité de propriétaire du terrain d’assiette du projet contesté fait défaut ;
*la demande de permis de construire contesté n’a pas été déposée par le représentant légal de D... 1660 en méconnaissance de l’article R. 423-1 du code de l’urbanisme ;
*l’arrêté en litige est entaché d’un vice de procédure, les organismes ayant émis des avis à la suite du dépôt du permis de construire du 7 mars 2025 n’ayant pas été à nouveau consultés après le dépôt de pièces complémentaires le 22 mai 2025 ;
*le dossier de permis de construire est incomplet au regard du 1° et du 2° de l’article R. 431-8 du code de l’urbanisme ;
*le projet contesté rompt avec l’harmonie architecturale locale et porte atteinte au caractère des lieux avoisinants ;
*le dossier de permis de construire est silencieux sur la proximité du projet litigieux avec le téléphérique du Plantrey ;
*le projet contesté méconnaît l’article UC 3 du règlement du plan local d’urbanisme (PLU) relatif à l’accès et à la voirie dès lors que le plan du niveau 0 indique une pente de la rampe d’accès au parking projeté de 10,8% ;
*il méconnaît l’article UC 4 du règlement du PLU relatif à la desserte par les réseaux compte tenu de l’absence de précision sur la collecte, la rétention et l’évacuation des eaux pluviales en provenance du versant, sur « les dispositifs de collecte » et sur les modalités d’évacuation des eaux de vidange de la piscine ;
*il méconnaît l’article UC 10 du règlement du PLU relatif à la hauteur maximum des constructions ;
*il méconnaît l’article UC 12 du règlement du PLU relatif au stationnement des véhicules dès lors que 4 des 11 places de stationnement projetées sont inutilisables et qu’aucun local à vélo n’est prévu ;
*il méconnaît l’article UC 13 du règlement du PLU relatif aux espaces laissés libres qui dispose que ceux-ci doivent représenter au minimum 75% de la surface du tènement foncier constructible dès lors que les terrasses construites en surplomb d’une construction ne peuvent être qualifiées d’espaces libres.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2025, la commune de Courchevel, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de La SCI La Lune à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l’absence d’intérêt pour agir ;
- la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- aucun des moyens n’est sérieux.

Vu :
la requête en annulation enregistrée sous le n° 2507807 ;
les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l’urbanisme ;
le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet, pour statuer sur les demandes de référé ;

Les parties ont été régulièrement convoquées à l’audience publique du 18 décembre 2025 au cours de laquelle ont été entendus :

- le rapport de Mme Bedelet, juge des référés ;
- les observations de Me Garnier pour la SCI La Lune ;
- les observations de Me Temps pour la commune de Courchevel ;

D... 1660 n’était ni présente ni représentée.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Une note en délibéré a été enregistrée le 24 décembre 2025 pour D... 1660 qui n’a pas été communiquée.


Considérant ce qui suit :

Par acte authentique du 30 octobre 2000, la SCI La Lune a cédé la propriété des parcelles cadastrées section C n°1311 et 1312, au lieudit « La Forêt du Praz » à Courchevel, à D... 1660 qui a déposé une demande de permis de construire le 7 mars 2025 portant sur la construction d’un chalet. Par arrêté du 26 mai 2025, le maire de la commune de Courchevel a accordé le permis de construire sollicité. La SCI La Lune demande au juge des référés la suspension de l’exécution de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée du défaut d’intérêt pour agir :

Aux termes de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme : « Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation (…) ».

Il résulte des dispositions de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme que la contestation d’une décision relative à l’occupation ou à l’utilisation du sol régie par le code de l’urbanisme est ouverte aux personnes physiques ou morales qui justifient de leur qualité d’occupant régulier ou de propriétaire d’un bien immobilier dont les conditions d’occupation, d’utilisation ou de jouissance sont de nature à être directement affectées par le projet. Une personne, entendant agir comme propriétaire d’un tel bien, qui ne fait état ni d’un acte de propriété, ni d’une promesse de vente, ni d’un contrat préliminaire mentionné à l’article L. 261-15 du code de la construction et de l’habitation ne justifie pas d’un intérêt de nature à lui donner qualité pour demander l’annulation d’une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le code de l’urbanisme, sauf à ce qu’elle puisse sérieusement revendiquer la propriété de ce bien devant le juge compètent.

En l’espèce, la SCI La Lune, dont M. B... C... était alors le co-gérant, justifie avoir acquis, le 30 octobre 2000, une propriété bâtie sur les parcelles cadastrées section C n°1311 et 1312, au lieudit « La Forêt du Praz » à Courchevel. Par acte authentique en date du 15 février 2023, la SCI La Lune a cédé, par une vente à réméré, la propriété desdites parcelles à D... 1660. Le 30 mai 2024, l’assemblée générale de la SCI La Lune a décidé de nommer co-gérant de la société M. A... C... en remplacement de son père, M. B... C.... Puis, le 13 mars 2025, la SCI La Lune a introduit, devant le tribunal judiciaire d’Albertville, une assignation en nullité des actes passés par l’ancien co-gérant, M. B... C..., et en particulier de la vente en réméré du 15 février 2023 au motif que cette vente, consentie alors notamment que M. B... C... est atteint de la maladie de parkinson, est entachée d’un vice du consentement. Ces éléments sont de nature à établir le caractère sérieux de la revendication de la propriété du bien en cause par la SCI La Lune devant le juge judiciaire. Dans ces conditions, la SCI La Lune justifie d’un intérêt pour agir à l’encontre de l’arrêté en litige. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur la demande de suspension d’exécution :

L’article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d’ordonner la suspension de l'exécution d’une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.


En ce qui concerne la condition d’urgence :

L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. La construction d’un bâtiment autorisée par un permis de construire présente un caractère difficilement réversible. Par suite, lorsque la suspension de l’exécution d'un permis de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l’autorité qui a délivré le permis justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d’urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l’ensemble des circonstances de l’espèce qui lui est soumise.

Le recours dirigé contre l’arrêté en litige ayant été assorti d’une requête en référé suspension déposée avant l’expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le tribunal, la condition d’urgence est présumée satisfaite. En se bornant à soutenir que les travaux n’ont pas débuté, que la déclaration d’ouverture de chantier n’a pas encore été déposée, que l’implantation et l’utilisation de grues ou d’engins de levage est interdite du 15 novembre 2025 au 30 avril 2026 sur la commune de Courchevel et que compte tenu de l’action en nullité introduite par la SCI La Lune devant le juge judiciaire, le pétitionnaire ne mettra certainement pas en œuvre le permis contesté, la commune de Courchevel ne justifie d’aucune circonstance particulière lui permettant de renverser la présomption mentionnée au point précédent, alors que l’arrêté en litige peut recevoir immédiatement exécution.

En ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de l’arrêté attaqué :

En l’état de l’instruction, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté en litige, les moyens suivants :
le moyen tiré de la méconnaissance, s’agissant de la pente de la rampe d’accès au parking projetée, de l’article UC3 du règlement du plan local d’urbanisme relatif à l’accès et la voirie ;
le moyen tiré de la méconnaissance du 1. de l’article UC13 du règlement du plan local d’urbanisme qui prévoit que : « « Pour chaque opération (…) les espaces libres doivent représenter au minimum 75% de la surface du tènement foncier constructible. (…) » ;

Dans ces conditions, il y a lieu d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 26 mai 2025.

Il y a lieu de préciser que, pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, les autres moyens, ne sont pas, en l’état de l’instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté en litige.

Sur les frais de procès :

En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Courchevel doivent dès lors être rejetées.

Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Courchevel le versement à la SCI La Lune d’une somme de 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E


Article 1er :
L’exécution de l’arrêté du maire de Courchevel en date du 26 mai 2025 est suspendue.

Article 2 :
La commune de Courchevel versera à la SCI La Lune une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :
Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 :
La présente ordonnance sera notifiée à la SCI La Lune, à la commune de Courchevel et à D... 1660.



Fait à Grenoble, le 12 janvier 2026.


La juge des référés,

A. Bedelet
Le greffier,

P. Muller



La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



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