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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2513141

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2513141

mardi 17 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2513141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBORIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de Mme B... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que la décision était régulière, notamment quant à la compétence du signataire, la motivation suffisante au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, et l'examen de sa situation personnelle. Les moyens invoqués, fondés sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur l'article 8 de la CEDH, ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 décembre 2025, Mme C... B..., représentée par Me Bories, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 19 mai 2025 par lequel la préfète de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d’enjoindre à la préfète de la Savoie :
de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois suivant le jugement à intervenir et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
la décision de refus de délivrance d’un titre de séjour est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ; elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la compétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français n’est pas démontrée ; cette décision méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision d’octroi d’un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l’article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
la décision fixant le pays de renvoi n’est pas suffisamment motivée au regard de l’article L. 513-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 janvier 2026, la préfète de la Savoie conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens n’est fondé.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2025.


Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Naillon a été entendu au cours de l’audience publique, à laquelle les parties n’étaient ni présentes ni représentées.


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante comorienne, déclare être entrée en France le 18 février 2018. Le 21 mars 2024, elle a sollicité la délivrance d’une carte de séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l’arrêté attaqué du 19 mai 2025, la préfète de la Savoie a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur le refus de titre de séjour :

En premier lieu, l’arrêté en litige a été signé par Mme D... A..., directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui avait reçu délégation spéciale de signature en matière d’obligation de quitter le territoire français par un arrêté de la préfète de la Savoie du 22 avril 2025, régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

En deuxième lieu, la décision de refus de titre de séjour du 19 mai 2025 vise les textes dont elle fait application et énonce les éléments de fait essentiels tenant à la situation personnelle de Mme B.... Elle est suffisamment motivée au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration. Par suite, le moyen présenté en ce sens doit être écarté.

En troisième lieu, les termes de l’arrêté contesté témoignent du fait que la préfète de la Savoie a examiné la situation de Mme B... avant de refuser de lui octroyer un titre de séjour. Ainsi, et dès lors que la requérante ne précise pas quel élément la concernant n’aurait pas été examiné par la préfète, le moyen correspondant doit être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 (...) ».

Mme B... se borne à soutenir qu’elle réside depuis plus de sept ans sur le territoire français et y a créé de nombreux liens, sans toutefois en justifier. Il ne ressort par ailleurs d’aucune pièce du dossier que son admission au séjour répondrait à des circonstances humanitaires ou se justifierait par des motifs exceptionnels. Par suite, elle n’est pas fondée à soutenir qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de la Savoie a méconnu les dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

En se bornant à soutenir que son séjour sur le territoire français est ancien et qu’elle y a créé des liens, sans toutefois l’établir, Mme B... ne démontre pas que le centre de sa vie privée et familiale est désormais en France. Il ressort par ailleurs des termes de l’arrêté attaqué qu’elle est célibataire et sans enfant à charge, et que sa mère vit aux Comores, pays dans lequel elle a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée et familiale de l’intéressée et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte ne peut qu’être écarté.

En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment, la préfète de la Savoie n’a pas commis une erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences que comporte son arrêté sur la situation de Mme B....

Sur la décision d’octroi d’un délai de départ volontaire de trente jours :

Aux termes de l’article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas (...) ».

Il ne ressort d’aucune pièce du dossier, pas plus que des écritures imprécises de la requérante, que des circonstances propres à sa situation justifiaient l’octroi d’un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Par suite, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours, la préfète de la Savoie n’a pas commis d’erreur manifeste d'appréciation ni d’erreur de droit dans l’application de l’article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ces moyens ne peuvent qu’être écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi vise les articles L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique par ailleurs que la requérante n’établit ni n’allègue être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Dès lors, la préfète de la Savoie a suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination.

En second lieu, la requérante se borne à soutenir que « la décision fixant les Comores comme pays de destination méconnaît les dispositions des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales », sans toutefois assortir son moyen des précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction et celles présentées par son avocat au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :


Article 1er :
La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 :
Les conclusions présentées par Me Bories au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à Mme C... B..., à Me Bories et à la préfète de la Savoie.



Délibéré après l'audience du 3 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- M. Hamdouch, premier conseiller,
- Mme Naillon, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2026.


La rapporteure,

L. Naillon
Le président,

M. Sauveplane


La greffière,





C. Jasserand


La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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