Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par Mme C..., infirmière au CHU Grenoble Alpes, pour contester la décision du 17 décembre 2025 prolongeant sa disponibilité jusqu'au 8 novembre 2026. Le tribunal a écarté l'exception de non-lieu soulevée par l'administration, estimant que le simple examen de la demande de réintégration ne faisait pas disparaître la décision attaquée. Sur le fond, il a examiné le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 37 du décret n°88-976 du 13 octobre 1988, relatif aux obligations de l'administration en cas d'inaptitude physique à l'issue d'une disponibilité. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais l'analyse porte sur la condition de doute sérieux quant à la légalité de la décision.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 janvier 2026, Mme A... C..., représentée par Me Deschildre, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 17 décembre 2025 par laquelle la directrice du centre hospitalier universitaire (CHU) Grenoble Alpes a prolongé sa disponibilité jusqu’au 8 novembre 2026, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d’enjoindre au CHU Grenoble Alpes de la réintégrer provisoirement sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance, après vérification par un médecin agréé de son aptitude physique à exercer ses fonctions, le tout sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du CHU Grenoble Alpes une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner le CHU Grenoble Alpes aux entiers dépens.
Elle soutient que le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 37 du décret n°88-976 du 13 octobre 1988 est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 février 2026, le centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes, représenté par Me Bracq, conclut au non-lieu à statuer à titre principal et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la demande de réintégration de Mme B... est en cours d’étude de sorte que le litige a perdu son objet et qu’il n’y a par conséquent plus lieu d’y statuer ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le numéro 2600316 par laquelle Mme C... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n°88-976 du 13 octobre 1988 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D... pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique tenue en présence de M. Morand, greffier d’audience, M. D... a lu son rapport et entendu les observations de Me Sarre, représentant le CHU Grenoble Alpes.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Mme C... exerce les fonctions d’infirmière au sein du CHU Grenoble Alpes depuis le 5 mai 1997. A compter du 9 novembre 2021 elle a été placée en disponibilité. Durant sa période de disponibilité, elle a déposé une nouvelle demande de reconnaissance d’une maladie professionnelle le 8 août 2023. Cette demande a été requalifiée en rechute de sa maladie professionnelle et reconnue comme telle à compter du 8 janvier 2024. Par une décision en date du 20 mai 2025, la rechute de la maladie professionnelle a été déclarée consolidée au 4 février 2025. Le 1er octobre 2025, elle a demandé sa réintégration. Par décision du 17 décembre 2025, la directrice du centre hospitalier a cependant prolongé sa disponibilité jusqu’au 8 novembre 2026.
Sur l’exception de non-lieu :
Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.
La seule circonstance que la demande de réintégration de Mme B... soit en cours d’examen n’est pas de nature à faire perdre son objet au litige dès lors qu’elle n’a pas pour objet ou pour effet d’abroger ou de retirer la décision litigieuse. Par suite, l’exception de non-lieu doit être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
Aux termes du quatrième alinéa de l’article 37 du décret n°88-976 du 13 octobre 1988 : « Le fonctionnaire qui, à l'issue de sa disponibilité ou avant cette date s'il sollicite sa réintégration anticipée, ne peut être réintégré pour cause d'inaptitude physique est soit reclassé dans les conditions prévues par les articles L. 826-1 à L. 826-6 et L. 826-11 du code général de la fonction publique, soit placé en disponibilité d'office dans les conditions prévues aux deux derniers alinéas de l'article 29 du présent décret, soit en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions, admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié ». L’article 29 du même décret précise que : « La mise en disponibilité d'office prévue à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus aux articles L. 822-1, L. 822-6, et L. 822-12 du code général de la fonction publique ne peut être prononcée que s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues par les articles L. 826-1 à L. 826-6 et L. 826-11 du même code. La durée de la disponibilité prononcée d'office ne peut excéder une année. Elle peut être renouvelée deux fois pour une durée égale. Si le fonctionnaire n'a pu, durant cette période, bénéficier d'un reclassement, il est, à l'expiration de cette durée, soit réintégré s'il est physiquement apte à reprendre ses fonctions, soit, en cas d'inaptitude définitive à l'exercice des fonctions admis à la retraite ou, s'il n'a pas droit à pension, licencié (…) »
En l’état de l’instruction, aucun des moyens soulevés n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 17 décembre 2025.
Par suite, sans qu’il soit besoin d’examiner la condition d’urgence, l’une des conditions mise à l’application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’étant pas remplie, la requête de Mme C... doit être rejetée en toutes ses conclusions
O R D O N N E :
Article 1er :
La requête de Mme C... est rejetée.
Article 2 :
La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C... et au centre hospitalier universitaire Grenoble Alpes.
Fait à Grenoble le 6 février 2026.
Le juge des référés,
C. D...
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.