Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 février 2026, M. B... A..., représenté par la SARL Novas Avocats, agissant par Me Combes, demande au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
de suspendre l’exécution de la décision du 8 décembre 2025 par laquelle un agent instructeur a clôturé sa demande de renouvellement de son titre de séjour ;
d’enjoindre à la préfète de l'Isère de reprendre l’instruction de sa demande de titre de séjour dans un délai d’une semaine à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, et de lui délivrer, sans délai, un document de séjour provisoire l’autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
la condition d’urgence est remplie ;
il est recevable à demander la suspension de la décision litigieuse ;
il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
le motif tiré de l’incomplétude du dossier est infondé ; le document demandé, qui n’a pas été transmis dans les temps, n’était pas obligatoire pour renouveler son titre de séjour en tant que conjoint de français ; par ailleurs, il avait déjà envoyé au service instructeur le document dont il avait besoin pour attester de son niveau de langue française ;
la décision litigieuse est entachée d’un vice de forme dès lors qu’elle ne comporte ni signature, ni aucun autre élément permettant d’identifier le signataire de l’acte ;
elle est insuffisamment motivée ;
elle méconnait les dispositions de l’article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Isère qui n’a pas produit de mémoire.
Vu :
les autres pièces du dossier ;
la requête n°2601990, enregistrée le 24 février 2026, par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision contestée.
Vu :
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Thierry, vice-président, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 4 mars 2026 à 11h30.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Thierry, juge des référés
et les observations de Me Combes, représentant M. A....
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant canadien et sud-africain, expose être entré en France, muni d’un visa long séjour, en janvier 2022 pour y rejoindre son épouse Mme C... D..., ressortissante française. Il a demandé le 16 mars 2025, le renouvellement de son titre de séjour obtenu en qualité de conjoint de français, valable du 20 mars 2023 au 19 mars 2025 et a consécutivement bénéficié de deux attestations de prolongation d'instruction valables jusqu'au 31 octobre 2025, et au 3 février 2026. M. A... demande au juge des référés, qu’il saisit sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision du 8 décembre 2025 par laquelle l’agent instructeur de son dossier de demande de titre de séjour a clôturé ce dossier.
Sur la recevabilité de la requête :
La clôture d’un dossier de demande de titre de séjour au motif du caractère incomplet de la demande ne constitue une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge administratif que lorsque le dossier doit être regardé comme complet.
Le 7 novembre 2025, l’agent instructeur du dossier de demande de renouvellement du titre de séjour de M. A... lui a demandé s’il était bénéficiaire du diplôme A2 en langue française, le cas échéant de lui transmettre ce document et en l’absence de ce diplôme, de le lui faire savoir. En l’absence de réponse de M. A... à cette demande, son dossier a été clôturé par la décision litigieuse du 8 décembre 2025.
Il ressort des termes de l’annexe 10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que le bénéfice de la carte de résident qui peut être délivrée aux conjoints de français requiert la présentation du diplôme ou la certification figurant sur la liste définie par arrêté INTV1805032A du 21 février 2018 permettant d'attester de la maitrise du français à un niveau au moins égal au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues. Cette pièce n’est toutefois pas requise pour le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle dont M. A... était titulaire jusqu’au 19 mars 2025. La préfète de l'Isère, qui n’a pas produit d’écriture ne fait pas valoir qu’il manquait une autre pièce au dossier de M. A... pour l’instruction de sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Il est ainsi fondé à soutenir que son dossier était complet et que la décision par laquelle son dossier a été clôturé lui fait grief et qu’il est recevable à en demander la suspension.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».
La condition d’urgence qui justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif est remplie lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci.
Bien que deux attestations de prolongation d'instruction aient été délivrées à M. A... qui lui ont permis de justifier de la régularité de son séjour en France et de son droit au travail après la fin de la validité de sa carte de séjour pluriannuelle, la décision litigieuse l’a privé de la possibilité de bénéficier d’un titre de séjour ou du renouvellement de la dernière attestation de prolongation d'instruction qui a expirée le 3 février 2026. Il en est résulté qu’en l’absence de tout document lui permettant de justifier de son droit au séjour et au travail, M. A... a été licencié et a été rayé de la liste des demandeurs d’emploi. Il ne peut ainsi percevoir l’allocation d’aide au retour à l’emploi et se trouve privé de de ressource alors qu’il est le père de deux jeunes enfants et doit, en outre, contribuer aux charges du ménage qu’il forme avec son épouse et les deux autres enfants de celle-ci. Dans ces circonstances, la décision litigieuse porte aux intérêts personnels de M. A... une atteinte suffisamment grave et immédiate pour caractériser une situation d’urgence aux sens des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
En l’état de l’instruction les moyens tirés de la méconnaissance de l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, de l’incompétence de l’auteur de la décision et de l’insuffisance de motivation sont propres à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision du 8 décembre 2025 de clôture du dossier de demande de renouvellement du titre de séjour de M. A....
Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que les deux conditions auxquelles l’article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l’exécution d’une décision administrative sont satisfaites. Il y a lieu, par suite, de suspendre l’exécution de la décision de l’agent instructeur du 8 décembre 2025 jusqu’à ce qu’il soit statué au fond.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
Aux termes de l’article L. 511-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n’est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ». Aux termes de l’article L. 911-1 du même code : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. ».
En vertu de ces dispositions, il appartient au juge des référés d’assortir sa décision de suspension des obligations provisoires qui en découlent pour l’administration et lorsque celui-ci, saisi de conclusions à fins de suspension, décide d’ordonner des mesures conservatoires, celles-ci ne produisent leurs effets que dans l’attente du jugement au fond de la requête à fin d’annulation de la décision contestée.
Compte tenu du motif de suspension retenu, il y a lieu d’enjoindre à la préfète de l'Isère de reprendre l’instruction de la demande de titre de séjour de M. A.... Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de prescrire l’exécution de cette mesure dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans l’attente de la fin de l’instruction de la demande de titre de séjour de M. A..., la préfète de l'Isère lui délivrera un document provisoire l’autorisant à séjourner et travailler en France (attestation de prolongation d'instruction, autorisation provisoire de séjour, ou récépissé de demande de titre de séjour), dans le même délai. Dans les circonstances de l'espèce, il n’y pas lieu d’assortir ces injonctions d’une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation. ».
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros qu’il paiera à M. A..., au titre des frais non compris dans les dépens que ce dernier a exposés.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision du 8 décembre 2025 de l’agent instructeur est suspendue.
:
Il est enjoint à la préfète de l'Isère de :
reprendre l’instruction de la demande de titre de séjour de M. A... dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la présente ordonnance ;
lui délivrer un document provisoire l’autorisant à séjourner et travailler en France dans le même délai.
:
L’Etat versera à M. A... une somme de 1 000 euros en application de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
:
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
:
La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 16 mars 2026.
Le juge des référés,
P. Thierry
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.