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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2602299

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2602299

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2602299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHEMARIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé-suspension, rejette la demande de M. B... visant à suspendre l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul. Le juge estime que la condition d'urgence est satisfaite au regard de la situation professionnelle du requérant, mais qu'aucun doute sérieux sur la légalité de la décision n'est établi, notamment concernant l'information sur les retraits de points. La décision est fondée sur les articles L. 521-1 du code de justice administrative et R. 223-3 du code de la route.

Texte intégral

Vu la procédure suivante:

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 et 27 mars 2026, M. D... B..., représenté par Me Chemarin, demande au juge des référés d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative la suspension de la décision d’invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, constaté sur le relevé d’information intégral du 2 octobre 2025 et de mettre à la charge de l’Etat 3000 euros au titre de l’article L761- du CJA.

Il soutient que:
la condition d’urgence est établie par l’absence de transport en commun de sa résidence en zone rurale dans le nord Isère et Villeurbanne, lieu de son travail, que ce dernier l’oblige à se déplacer en voiture sur différentes centrales nucléaires en déconstruction d’EDF sur l’ensemble du territoire français sur des sites non accessibles en transport en commun en tant qu’ingénieur en sûreté ;
Sur le doute sérieux :
Il y a eu une absence d’information préalable aux retraits de points résultant des infractions dont la charge de la preuve incombe à l’administration alors même qu’il ne s’est jamais acquitté des amendes ni reconnu les faits.
Il y a eu une erreur administrative sur l’identité de l’auteur des infractions qui depuis 2019 serait M. A..., de nationalité belge. Ce qui est établi par le procès-verbal d’investigations en date du 23 juin 2023 qui établit que 15 infractions ont été commises par M. C... A..., de nationalité belge entre le 9 septembre 2019 et le 7 février 2023. De plus, le compte rendu de l’enquête sollicité auprès du tribunal judiciaire de Vienne en date du 25 février 2025 mentionne expressément l’audition de M. A... qui reconnait les infractions.



Par un mémoire enregistré le 11 mars 2026, le ministre de l’Intérieur conclut à une irrecevabilité partielle et au rejet de la requête pour le surplus.
Il soutient :
qu’aucune urgence absolue n’est démontrée ;
et aucun moyen de nature à entraîner le doute sérieux n’est soulevé d’autant que le défaut d’imputabilité relève de la juridiction judiciaire et que l’information sur le retrait de point est établi par le paiement des amendes. Le solde nul est le résultat de 24 infractions.
dès lors, l’intérêt général de sécurité routière doit conduire à confirmer la décision attaquée

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme Bonino, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Sellès ;
- les observations de Me Chemarin pour M. B... qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et en outre rappelle que l’erreur d’identité est établie par les rapports de gendarmerie et que l’urgence est établie par son activité professionnelle.
- le ministre de l’intérieur n’était ni présent ni représenté ;

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.

Vu le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Sellès, 1ère vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit.

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) » ;
En ce qui concerne la condition d’urgence :

2. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision portant suspension de validité de permis de conduire, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate sur la situation concrète de l’intéressé. La condition d’urgence s’apprécie objectivement et globalement au regard de l’intérêt du demandeur mais aussi de l’intérêt public et notamment, s’agissant d’un arrêté de suspension de la validité d’un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.

3. Pour justifier de l’existence d’une situation d’urgence, M. B... fait valoir qu’il exerce un poste d’ingénieur en sureté nucléaire chez EDF à Villeurbanne alors qu’il réside en zone rurale en nord Isère à Four, sans possibilité d’augmenter ses jours de télétravail. Le trajet qu’il effectue en voiture dure 1h20 alors qu’en transport en commun cela dure 4 heures. De plus, son activité l’amène à se déplacer partout en France sur des sites de centrales nucléaires en déconstruction. Lesdites centrales étant elles-mêmes inaccessibles en transport en commun. Par ailleurs, il ne résulte pas de l’instruction que l’intérêt public supérieur qui s’attache à la protection et la sécurité des usagers de la voierie routière ferait obstacle à ce que la condition d’urgence puisse être regardée comme satisfaite. Par suite, dans les circonstances particulières de l’espèce, la condition d’urgence prévue par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit ainsi être regardée comme étant remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

4. Aux termes de l’article R223-3 du code de la route : « I. Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 /.II.-Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9./III.-Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction./Si le retrait de points lié à cette infraction n'aboutit pas à un nombre nul de points affectés au permis de conduire de l'auteur de l'infraction, celui-ci est informé par le ministre de l'intérieur par lettre simple du nombre de points retirés. Le ministre de l'intérieur constate et notifie à l'intéressé, dans les mêmes conditions, les reconstitutions de points obtenues en application des premier, deuxième, troisième et cinquième alinéas de l'article L. 223-6./Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception …».

5. En l’état de l’instruction, le moyen tiré de l’erreur commise par le préfet, eu égard au conducteur réellement auteur des infractions M. A..., de nationalité belge et de son homonymie avec le requérant résultant notamment du procès-verbal d’investigation de la gendarmerie nationale en date du 23 juin 2023, est manifestement de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du ministre de l’Intérieur 48SI du 2 octobre 2025.

6. Les deux conditions fixées par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision 48SI du 2 octobre 2025 du ministre de l’intérieur invalidant le permis de conduire de M. B....







O R D O N N E


Article 1er : l’exécution de la décision 48SI du 2 octobre 2025 du ministre de l’intérieur invalidant le permis de conduire de M. B... est suspendue.
.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... B... et au ministre de l’intérieur.

Fait à Grenoble, le 3 avril 2026.

Le juge des référés,

M. SELLES




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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