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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2602394

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2602394

vendredi 3 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2602394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble, statuant en référé, a ordonné l'expulsion d'un réfugié occupant indûment un hébergement pour demandeurs d'asile, en autorisant le recours à la force publique. Le juge a retenu l'urgence et l'utilité de la mesure au vu de la saturation du dispositif d'accueil, et a constaté l'absence de contestation sérieuse de la demande préfectorale. La décision s'appuie sur les articles L. 521-3 du code de justice administrative et L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mars 2026, la préfète de la Haute-Savoie demande au juge des référés :

1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative l’expulsion de M. C... qui occupe sans droit ni titre un logement situé HUDA Fol Annecy, 1 rue de la Libération à Annecy (74 020) ;

2°) d’autoriser le recours à la force publique pour procéder à l’évacuation forcée de M. A....

Elle soutient que :
- la demande d’expulsion, présentée en application de l’article L. 552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. A... s’est vu reconnaître le statut de réfugié ;
- la mesure sollicitée présente un caractère d’urgence et d’utilité dès lors que le maintien dans les lieux fait obstacle à la prise en charge des nouveaux demandeurs d’asile, pour lesquels les lieux d’hébergement sont saturés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme B..., 1ère vice-présidente, pour statuer sur les référés.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme B... a été entendu au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme Bonino, greffière d’audience. Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A..., de nationalité soudanaise, a été admis le 24 juin 2022 dans un hébergement pour demandeurs d’asile situé au HUDA Fol Annecy, 1rue de la Libération à Annecy (74 020). Par la présente requête, la préfète de Haute-Savoie dernière demande au juge des référés saisi en application de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’ordonner l’expulsion sans délai du lieu d’hébergement qu’il occupe indûment et d’autoriser, en cas de besoin, le recours à la force publique pour procéder à l’évacuation des lieux.

2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ».

3. Aux termes de l’article L. 552-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ». Selon l’article L. 551-11 du même code : « L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ». L’article L. 552-15 dispose : « Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ».

4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d’une demande tendant à ce que soit ordonnée l’expulsion d’un lieu d’hébergement pour demandeurs d’asile, dont le statut de réfugié a été reconnu, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d’expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d’urgence et d’utilité.

5. En premier lieu, il résulte de l’instruction que la demande d’asile de M. A... a abouti à la reconnaissance de sa qualité de réfugié sur le fondement de la protection subsidiaire par décision notifiée le 3 novembre 2023. L’intéressé s’est maintenu indûment dans son lieu d’hébergement depuis lors, en dépit d’une mise en demeure de quitter les lieux du 4 janvier 2024 de la part de l’OFII lui donnant jusqu’au 29 février 2024 pour quitter les lieux. Une dernière mise en demeure lui a été notifié par la préfète de la Haute-Savoie le 12 juin 2025, elle est demeurée infructueuse et depuis lors M. A... occupe l’hébergement sans droit ni titre. Dans ces conditions, la mesure d’expulsion demandée par la préfète de Haute-Savoie ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la préfète de la Haute-Savoie expose que le département dispose de 1 200 places d’hébergement pour demandeurs d’asile éligibles aux conditions matérielles d’accueil. Le taux d’occupation du dispositif est de 99,6 % et le taux de présence indue est de 9,4 % pour les Cada, alors que nombre de demandeurs d’asile ne sont pas hébergés. En outre, le dispositif d’hébergement d’urgence est lui-même saturé. La mesure sollicitée par la préfète présente donc un caractère d’utilité et d’urgence, qui résulte de ce que les personnes se maintenant indûment dans les structures d’accueil des demandeurs d’asile compromettent le fonctionnement normal du service public de l’hébergement des demandeurs d’asile.


7. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de faire droit aux conclusions de la préfète de la Haute-Savoie tendant à ce qu’il soit enjoint à M. A... de libérer le logement qu’il occupe au sein du centre d’accueil pour demandeurs d’asile HUDA Fol Annecy, 1 rue de la Libération à Annecy, sans délai à compter de la notification de la présente ordonnance. Faute pour lui d’avoir libéré les lieux dans ce délai et emporté ses effets personnels, la préfète pourra faire procéder à leur expulsion, et faire débarrasser les lieux des biens meubles s’y trouvant, à ses frais et risques au besoin en concourant à la force publique.


O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. A... de quitter à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu’il occupe situé HUDA Fol Annecy, 1 rue de la Libération à Annecy (74 020).

Article 2 : En l’absence de départ volontaire de M. A..., la préfète de la Haute-Savoie pourra procéder à l’évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de l’intéressé, les biens meubles qui se trouveraient dans les lieux.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l’intérieur et à M. C....

Copie en sera adressée à la préfète de la Haute-Savoie.


Fait à Grenoble le 3 avril 2026.


Le juge des référés,



M. B...
Le greffier,



J. BONINO


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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