Le Tribunal Administratif de Grenoble a annulé la décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil de la requérante, une demandeuse d'asile. Le tribunal a retenu que l'OFII n'avait pas rapporté la preuve que les convocations non honorées, fondant la décision, avaient effectivement été adressées à l'intéressée, méconnaissant ainsi les exigences procédurales. La décision a été annulée pour vice de procédure au regard des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 mars 2026 et le 1er avril 2026, Mme C... A..., représentée par Me Albertin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui octroyer le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’annuler la décision du 5 mars 2026 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait ;
3°) d’enjoindre à l’OFII :
de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois dans le cas où la décision attaquée serait annulée pour un motif de forme et, dans l’attente, de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir dans le cas où la décision attaquée serait annulée pour un motif de fond, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
la compétence de la signataire de la décision attaquée n’est pas démontrée ;
la décision attaquée n’est pas motivée en droit ;
elle est entachée d’un vice de procédure au regard de l’article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’elle n’a pas été informée dans une langue qu’elle comprend qu’il pouvait être mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
elle est entachée d’un vice de procédure au regard de l’article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’elle n’a pas été mise à même de présenter ses observations orales ou écrites ;
elle méconnaît les dispositions de l’article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’il n’est pas démontré qu’elle n’aurait pas respecté des convocations qui lui auraient été adressées par les autorités chargées de l’asile, et qu’en tout état de cause sa vulnérabilité n’a pas été prise en compte.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2026, l’OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme B... en application de l’article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme B... a été entendu au cours de l’audience publique du 2 avril 2026 à 14h, à laquelle les parties n’étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience, à 14 h 20.
Considérant ce qui suit :
Mme A..., ressortissante turque, déclare être entrée en France le 5 mai 2025. Le 5 août 2025, elle a déposé une demande d’asile auprès des autorités françaises et a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la décision attaquée du 5 mars 2026, l’OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur le fondement des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Sur l’aide juridictionnelle provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ».
En raison de l’urgence, il y a lieu d’admettre, à titre provisoire, Mme A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (...) 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; (...) La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret (...) ».
Pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont Mme A... bénéficiait, l’OFII soutient que l’intéressée ne s’est pas présentée aux entretiens auxquels elle était convoquée le 6 octobre 2025 et le 3 novembre 2025 avec les autorités chargées de l’asile. Toutefois, alors que Mme A... soutient ne pas avoir eu connaissance de ces convocations, les seules pièces produites par l’OFII ne sont pas de nature à établir que des convocations non honorées par Mme A... lui auraient effectivement été adressées afin qu’elle se présente aux autorités chargées de l’asile les 6 octobre 2025 et 3 novembre 2025. Dès lors, elle est fondée à soutenir qu’en considérant qu’elle n’a pas respecté les exigences des autorités chargées de l’asile, la directrice territoriale de l’OFII a méconnu les dispositions de l’article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 5 mars 2026 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Il ne résulte pas de l’instruction que la demande d’asile de Mme A... aurait été définitivement rejetée. Par suite, eu égard à son motif et en application de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, l’annulation de la décision en litige implique que l'OFII rétablisse à son profit le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à compter du 5 mars 2026, et ce jusqu’à la date à laquelle elle aura cessé de remplir les conditions pour en bénéficier. Il lui est donc enjoint d’y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais d’instance :
Les conclusions tendant à l’application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont dirigées contre l’Etat, qui n’est pas partie à l’instance. Par suite, elles ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :
Mme A... est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 :
La décision du 5 mars 2026 est annulée.
Article 3 :
Il est enjoint à l’Office français de l'immigration et de l’intégration, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, de rétablir au profit de Mme A... le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à compter du 5 mars 2026 et jusqu’à la date à laquelle elle aura cessé de remplir les conditions pour en bénéficier.
Article 4 :
Les conclusions présentées par Me Albertin en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 5 :
Le présent jugement sera notifié à Mme C... A..., à Me Albertin et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée à la préfète de la Drôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2026.
La magistrate désignée,
L. B...
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.