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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1803298

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1803298

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1803298
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPECHENARD & Associés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 avril 2018, la SAS PAUL GRANDJOUAN SACO, représentée par Me Sapène demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du ministre chargé du travail en date du 13 février 2018 portant rejet du recours hiérarchique formé contre la décision du 17 novembre 2017 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique n'a que partiellement fait droit à sa demande tendant au placement de son établissement sis à Couëron en activité partielle, ensemble la décision préfectorale ;

2°) d'enjoindre au ministre chargé du travail d'autoriser l'activité partielle de l'établissement pour une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision préfectorale est insuffisamment motivée ;

- la décision ministérielle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- les décisions attaquées méconnaissent les articles L. 5122-1 et R. 5122-1 du code du travail ;

- elles portent atteinte au principe constitutionnel d'égalité devant la loi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2019, le préfet de la région Pays de la Loire et de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SAS PAUL GRANDJOUAN SACO ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée le 17 mai 2018 au ministre chargé du travail, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS PAUL GRANDJOUAN SACO a pour activité la collecte des déchets non dangereux. L'établissement qu'elle exploite à Couëron ayant été touché par un incendie, elle a sollicité de l'autorité compétente l'autorisation de placer quarante-deux salariés en activité partielle pour la période allant du 30 octobre 2017 au 29 avril 2018. Par décision du 17 novembre 2017, le préfet de la Loire-Atlantique n'a fait droit à cette demande que pour la seule période allant du 30 octobre 2017 au 12 novembre 2017. Saisi d'un recours hiérarchique, le ministre chargé du travail a, par décision du 13 février 2018, confirmé la décision préfectorale. La SAS PAUL GRANDJOUAN SACO doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du ministre et celle du préfet en tant qu'elle porte refus d'autorisation pour la période allant du 13 novembre 2017 au 29 avril 2018.

Sur les conclusions à fins d'annulation de la décision préfectorale :

2. Aux termes de l'article R. 5122-4 du code du travail : " La décision d'autorisation ou de refus, signée par le préfet, est notifiée à l'employeur dans un délai de quinze jours à compter de la date de réception de la demande d'autorisation. / La décision d'autorisation précise notamment les coordonnées bancaires de l'employeur. / L'absence de décision dans un délai de quinze jours vaut acceptation implicite de la demande. / La décision de refus est motivée. / La décision du préfet est notifiée par voie dématérialisée à l'employeur. () ".

3. La décision litigieuse, qui se borne à accorder l'autorisation sollicitée pour une durée de quinze jours, ne comporte aucune motivation de fait ni de droit en ce qu'elle la refuse implicitement pour la période allant du 13 novembre 2017 au 29 avril 2018. Les seuls motifs de fait mentionnés dans le courrier du 17 novembre 2017 du directeur régional adjoint des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi ne peuvent tenir lieu de la motivation exigée par l'article R. 5122-4 du code du travail, ce courrier n'étant ni mentionné, ni même annexé à cette décision. Il résulte de ce qui précède que la SAS PAUL GRANDJOUAN SACO est fondée à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.

4. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, cette décision de refus partiel doit être annulée.

Sur les conclusions à fins d'annulation de la décision ministérielle :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 110-1 du même code : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent code les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressées à l'administration. ".

6. Dès lors que le ministre chargé du travail, statuant sur le recours hiérarchique de la SAS PAUL GRANDJOUAN SACO, a rejeté la demande de la société requérante, cette dernière ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5122-1 du code du travail, dans sa rédaction alors applicable : " I. - Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable : / -soit à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement ; / -soit à la réduction de l'horaire de travail pratiqué dans l'établissement ou partie d'établissement en deçà de la durée légale de travail. / () / II. - Les salariés reçoivent une indemnité horaire, versée par leur employeur, correspondant à une part de leur rémunération antérieure dont le pourcentage est fixé par décret en Conseil d'Etat. L'employeur perçoit une allocation financée conjointement par l'Etat et l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage. Une convention conclue entre l'Etat et cet organisme détermine les modalités de financement de cette allocation. / Le contrat de travail des salariés placés en activité partielle est suspendu pendant les périodes où ils ne sont pas en activité. / () ". Aux termes de l'article R. 5122-1 du même code : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : / 1° La conjoncture économique ; / 2° Des difficultés d'approvisionnement en matières premières ou en énergie ; / 3° Un sinistre ou des intempéries de caractère exceptionnel ; / 4° La transformation, restructuration ou modernisation de l'entreprise ; / 5° Toute autre circonstance de caractère exceptionnel. ". Et aux termes de l'article R. 5122-9 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " I. - Une autorisation d'activité partielle peut être accordée pour une durée maximum de six mois. Elle peut être renouvelée dans les conditions fixées au II. () ". Il résulte de ces dispositions, intégrées dans la cinquième partie du code du travail intitulé " L'emploi ", en son livre Ier " Les dispositifs en faveur de l'emploi " et au sein du titre II " Maintien et sauvegarde de l'emploi ", que le dispositif d'activité partielle a pour objectif d'accompagner les entreprises contraintes de réduire temporairement leurs activités ainsi que le nombre de leurs salariés en leur permettant de bénéficier d'une indemnisation des heures chômées, et ainsi, de suspendre, sans les rompre, les contrats de travail.

8. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser d'accorder à la SAS PAUL GRANDJOUAN SACO une autorisation d'activité partielle d'une durée supérieure à quinze jours, le ministre s'est fondé sur la circonstance que la société requérante a souscrit un contrat d'assurance lui garantissant, à la suite du sinistre survenu dans son établissement de Couëron le 20 octobre 2017, le risque de perte de marge brute et incluant la prise en charge des salaires du personnel pour une durée maximale de vingt-quatre mois et avec une franchise de quinze jours. Eu égard aux objectifs poursuivis par le législateur et en application du principe général du droit prohibant tout enrichissement sans cause, ce motif ne méconnaît pas les articles L. 5122-1 et R. 5122-1 du code du travail ni ne porte atteinte au principe d'égalité.

9. Il résulte de ce qui précède que la SAS PAUL GRANDJOUAN SACO n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du ministre chargé du travail.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Compte tenu du motif, énoncé au point 3, d'annulation de la décision préfectorale litigieuse, et alors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision confirmative du ministre prise sur recours hiérarchique, la SAS PAUL GRANDJOUAN SACO n'est pas fondée à demander qu'il soit enjoint au ministre chargé du travail d'autoriser l'activité partielle de l'établissement de Couëron pour une durée de six mois.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la SAS PAUL GRANDJOUAN SACO et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1 : La décision du 17 novembre 2017 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à la demande de la SAS PAUL GRANDJOUAN SACO tendant au placement de son établissement sis à Couëron en activité partielle pour la période allant du 13 novembre 2017 au 29 avril 2017 est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à la SAS PAUL GRANDJOUAN SACO la somme de 1 000 euros (mille euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS PAUL GRANDJOUAN SACO, au ministre chargé du travail, au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Pays de la Loire et au préfet de la région Pays de la Loire et de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Diniz, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

I. ALa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre chargé du travail en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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