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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1804455

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1804455

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1804455
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2018 2021, M. B C, représenté par Me Renard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2018 par lequel le préfet de la Vendée lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer un titre de séjour ou de procéder à un nouvel examen dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article

L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est privée de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

La décision refusant un délai de départ volontaire :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est illégale par suite de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est illégale par suite de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- est manifestement disproportionnée au vu des buts poursuivis ;

L'assignation à résidence :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2018, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Nantes du 17 mai 2018.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien né le 19 septembre 1990, serait entré en France en août 2008 muni d'un visa Schengen, selon ses déclarations. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée. L'obligation de quitter le territoire assortissant le refus de séjour pris par le préfet de la Vienne, dont il a fait l'objet le 15 avril 2010, n'a pas été exécutée. A la suite de son interpellation à la Roche-sur-Yon (Vendée) le 8 octobre 2015, le préfet de la Vendée a pris à son encontre le 9 octobre 2015 une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. L'intéressé, qui n'a pas obtempéré, a été placé en rétention administrative, par un arrêté du préfet de la Charente-Maritime du 10 décembre 2015. La mesure d'éloignement n'a pas été exécutée, l'intéressé ayant affirmé être dépourvu de papiers d'identité.

Le 26 juillet 2016 il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Vendée a pris à son encontre, le 8 septembre 2016, un nouvel arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire, dont la légalité a été admise par le tribunal administratif. Une nouvelle tentative d'éloignement a été mise en œuvre le 21 mars 2017 au domicile de la mère de l'intéressé qui a indiqué à cette occasion que son fils ne résidait plus au domicile familial. Interpellé en Charente-Maritime le 25 octobre 2017 il a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Charente-Maritime du même jour portant obligation de quitter le territoire. Par un jugement du 30 janvier 2018, le tribunal administratif de Nantes a annulé cette décision d'obligation de quitter le territoire et enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de

M. C et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour.

M. C qui s'est présenté au guichet de la préfecture de la Vendée le 10 avril 2018 s'est vu remettre une autorisation provisoire de séjour de trois mois et a demandé sa régularisation en faisant valoir sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 7 mai 2018 le préfet de la Vendée lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a retiré l'autorisation provisoire de séjour et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour le préfet de la Vendée a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 18 mai 2018, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nantes a rejeté les conclusions de la requête de M. C tendant à l'annulation des décisions du 7 mai 2018 par lesquelles le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'a assigné à résidence, et renvoyé les conclusions de M. C à fin d'annulation de la décision du 7 mai 2018 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et aux fins d'injonction, devant une formation collégiale du tribunal. Le recours contre ce jugement a été rejeté par une ordonnance du 19 février 2019 du président de la cour administrative d'appel de Nantes.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Vincent Niquet, secrétaire général de la préfecture de la Vendée, qui a reçu du préfet de ce département, par un arrêté du

22 août 2017, publié au recueil des actes administratifs le 25 août suivant, une délégation à l'effet de signer " tous arrêtés " relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vendée, à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être rejeté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C.

6. En quatrième lieu, si à la date de la décision attaquée, M. C séjournait en France depuis 9 ans, il s'est maintenu sur le territoire pendant cette durée pratiquement en totalité en situation de séjour irrégulier. Si sa mère et ses deux sœurs mineures résident régulièrement sur le territoire français, le requérant est célibataire et sans enfant. S'il allègue apporter à sa mère, reconnue travailleur handicapée, une aide et un soutien, il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas toujours domicilié chez cette dernière, laquelle a indiqué aux services de police en mars 2017 qu'elle ignorait où se trouvait son fils qui avait quitté le domicile familial. Au demeurant, le statut de travailleur handicapé dont bénéficie sa mère n'établit pas que sa présence auprès d'elle serait nécessaire. Il ressort également des pièces du dossier que M. C a été interpelé à plusieurs reprises pour détention de produits stupéfiants et conduite sans permis. S'il allègue avoir travaillé auprès des compagnons d'Emmaüs pendant plusieurs années, il ne démontre pas sa volonté d'intégration notamment s'agissant du respect des différentes législations françaises. Par ailleurs, il ne démontre pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu près de 18 ans. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision ne méconnaît ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Renard et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

Le rapporteur,

E. A

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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