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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1804531

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1804531

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1804531
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantROMBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mai 2018 et 30 septembre 2020, M. D B, représenté A Me Rombi, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision n° 2017-559 du 17 novembre 2017 A laquelle le directeur de l'hôpital intercommunal du Pays de Retz a décidé de prolonger sa période de stage pour une période d'un an ainsi que la décision implicite A laquelle cette autorité a rejeté sa demande de retrait de la décision précitée ;

2°) d'enjoindre à l'hôpital intercommunal du Pays de Retz de prendre une décision le titularisant dans le corps des adjoints de cadres hospitaliers ;

3°) de mettre à la charge de l'hôpital intercommunal du Pays de Retz la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 17 novembre 2017 a été prise A une autorité incompétente en l'absence de preuve d'une nomination régulièrement publiée ;

- elle est illégale en ce qu'elle est intervenue au-delà du terme de la période réglementaire de stage sans qu'une situation particulière justifie la saisine tardive de la commission administrative paritaire pour statuer sur la prolongation litigieuse, au-delà du délai initial d'une année ;

- elle est entachée d'une appréciation erronée des faits de l'espèce, en ce qu'il n'a pas été mis en mesure de suivre l'ensemble des modules de formation inhérents au statut des personnels de la catégorie B de la fonction publique hospitalière tels que fixés A l'arrêté du 24 octobre 2014, lesquels doivent être achevés à l'issue de l'année qui suit la nomination dans le corps ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux motifs retenus pour reporter sa titularisation.

A des mémoires en défense, enregistrés les 20 novembre 2019 et 16 octobre 2020, l'hôpital intercommunal du Pays de Retz, représenté A Me Bernot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens présentés à l'appui de la requête n'est fondé.

Une ordonnance du 2 novembre 2020 a clos l'instruction au 3 décembre 2020.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 2005-921 du 2 août 2005 ;

- le décret n° 2011-660 du 14 juin 2011 ;

- l'arrêté du 24 octobre 2014 fixant l'organisation et le contenu de la formation d'adaptation à l'emploi des membres du corps des adjoints de cadre hospitaliers ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dallemane, substituant Me Bernot, représentant l'hôpital intercommunal du Pays de Retz.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été admis au concours externe sur titre d'adjoint des cadres hospitaliers, A une décision en date du 21 septembre 2016, et nommé au sein des effectifs de l'hôpital intercommunal des Pays de Retz A voie de détachement en qualité d'adjoint des cadres hospitaliers de classe normale stagiaire pour une année du 19 septembre 2016 au 18 septembre 2017 inclus. A un courrier en date du 15 septembre 2017, le directeur de l'établissement l'a informé de ce qu'il envisageait de prolonger son stage. Le 17 octobre 2017, la commission administrative paritaire locale a émis un avis favorable à la prolongation de stage de M. B pour une durée d'un an. A une décision n° 2017-559 du 17 novembre 2017, notifiée le 24 novembre 2017, le stage de l'intéressé a été prolongé pour une année, soit jusqu'au 18 septembre 2018 inclus. M. B a formé un recours gracieux contre cette décision A une lettre en date du 19 janvier 2018, reçue le 22 janvier 2018. A la présente requête M. B demande au tribunal d'annuler la décision n° 2017-559 du 17 novembre 2017 portant prolongation de sa durée de stage ainsi que le rejet implicite A le directeur de l'établissement de sa demande gracieuse, reçue 22 janvier 2018, tendant au retrait de la décision précitée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 101 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les décisions portant nominations, promotions de grades et mises à la retraite font l'objet d'une publication suivant des modalités fixées A décret en Conseil d'Etat ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été titularisé dans le corps des directeurs d'hôpitaux de 3ème classe A un arrêté de la ministre de l'emploi et de la santé du 5 février 2001 publié au Journal officiel de la République Française du 28 février 2001. A un arrêté ministériel du 1er juin 2004, publié au Journal officiel du 17 octobre 2004, cette même personne a été nommée directeur de la maison de retraite des Abers à Lannilis (Finistère). La nomination de l'intéressé en tant que directeur du centre hospitalier du Pays de Retz, a été prononcée A arrêté de la directrice générale du centre national de gestion du 12 juillet 2012, lequel précise dans son article 4 qu'il prend effet " à la date d'installation de l'intéressé dans son nouvel emploi ". Il suit de là que cette mutation, intervenue dans le même corps que celui dans lequel avait été promu auparavant l'intéressé, n'entrait pas dans le champ d'application des dispositions visées au point 2 et est entrée en vigueur dans les conditions définies A l'arrêté du 12 juillet 2012. Dès lors, le moyen, tiré de ce que la décision attaquée du 17 novembre 2017 signée A M. C en qualité de directeur du centre hospitalier du Pays de Retz a été prise A une autorité incompétente, manque en fait et doit, en tout état de cause, être écarté.

4. En second lieu, pour régulariser la situation de M. B, l'établissement a saisi la commission administrative paritaire le 17 octobre 2017 laquelle a rendu un avis favorable à la prolongation du stage initial pour une nouvelle durée d'un an. La circonstance que la commission ait été saisie après la fin initiale du stage du requérant est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. A ailleurs aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général du droit, ne fait obligation au directeur de l'établissement hospitalier de prendre sa décision dans un quelconque délai après l'avis de la commission administrative paritaire alors, en outre, qu'il est constant que l'intéressé était informé dès le 15 septembre 2017, que la prolongation de son stage allait être présentée en commission administrative paritaire. A suite, en l'absence d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait qui aurait pu contraindre l'administration à reprendre la procédure, le moyen tiré de l'illégalité commise du fait de l'adoption de la décision attaquée portant prolongation de son stage après la date d'expiration de sa durée initiale ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 9 du décret du 14 juin 2011 susvisé : " I. - Les membres du corps des adjoints des cadres hospitaliers () bénéficient d'une formation d'adaptation à l'emploi propre aux fonctions qui leur sont confiées, dont l'organisation et le contenu sont fixés A arrêté du ministre chargé de la santé () ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 24 octobre 2014 fixant l'organisation et le contenu de la formation d'adaptation à l'emploi des membres du corps des adjoints de cadre hospitaliers : " La formation d'adaptation à l'emploi des membres du corps des adjoints des cadres hospitaliers doit être achevée à l'issue de l'année qui suit la nomination, le détachement ou l'intégration directe dans le corps. Elle peut être organisée en périodes discontinues pour permettre l'alternance entre formation et exercice professionnel. ".

6. S'il ressort des dispositions ci-dessus rappelées que la formation d'adaptation des adjoints de cadres hospitaliers doit être achevée à l'issue de l'année qui suit la nomination de l'agent dans le corps, la seule circonstance que ladite formation ne soit pas achevée à la date à laquelle l'autorité se prononce sur l'opportunité de prolonger le stage d'un agent, qui a pour seule conséquence de maintenir ce dernier dans une situation probatoire et provisoire, ne remet pas en cause la légalité d'une telle décision, laquelle doit être appréciée en fonction des autres circonstances tenant, d'une part, à l'organisation de l'établissement ou du service dans lequel est affecté l'agent et, d'autre part, à l'aptitude de ce dernier à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, à sa manière de servir. Il est constant que le bénéfice de la formation d'adaptation à l'emploi a été demandé au profit de M. B A le centre hospitalier du Pays de Retz auprès de l'association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier le 14 novembre 2016, soit dès le début du stage de M. B lequel n'a toutefois pu en bénéficier qu'à compter du début de mois d'octobre 2017 et à raison d'une séance de formation de plusieurs jours A mois jusqu'au 9 février 2018. Il ressort A ailleurs des pièces du dossier qu'au cours des années 2016 et 2017 le requérant a pu bénéficier de plusieurs formations pour la maîtrise du logiciel de création des tableaux de suivi, sur la comptabilité et sur la gestion des plannings. En outre, M. B ne conteste pas avoir bénéficié d'un accompagnement de la part du directeur adjoint en charge des finances concernant le suivi des décisions, les mandatements, l'émission des titres, les documents comptables ainsi que les comptes administratifs et a, enfin, obtenu l'aide d'autres personnes dans la maîtrise des tâches qui lui ont été confiées, notamment de la part de la responsable des achats et d'autres collègues affectées à des tâches financières et comptables. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, eu égard aux carences constatées dans le travail accompli A M. B au regard des tâches listées dans sa fiche de poste et compte tenu de l'accompagnement dont il a pu bénéficier tout au long de son année initiale de stage et de la programmation différée de sa formation d'adaptation, le moyen tiré de l'erreur de droit à avoir prolongé la durée du stage de l'intéressé alors qu'il n'avait pas bénéficié de l'intégralité des modules de sa formation d'adaptation est infondé et doit être écarté.

7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte rendu de l'entretien annuel du 7 juillet 2017 que M. B n'était pas parvenu à satisfaire aux principales missions définies dans sa fiche de poste qui lui avait été remise dès sa prise de fonction et dont l'actualisation dépendait du requérant. Ainsi l'intéressé n'a pas été en mesure d'assurer la planification, la rédaction des comptes rendus et le suivi du groupement coopératif sanitaire du Pays de Retz, pourtant assurées A son prédécesseur, agent de catégorie C, conduisant à de nombreux reports de réunion en raison, également, de la présentation de documents comptables incomplets ou mal actualisés. Ces faits ont suscité le mécontentement de plusieurs administrateurs, ce que le requérant a reconnu, notamment dans un courriel adressé au directeur le 12 mai 2017 en se déclarant prêt à " reconduire[sa] période de stage ". Il ressort de ces mêmes documents que les difficultés de gestion comptable rencontrées A l'intéressé ne trouvent pas leur origine dans des difficultés techniques, notamment l'absence de formation de l'intéressé aux logiciels " Hodis et Facdis ", mais reposent sur des problèmes d'organisation et de maîtrise de connaissances, que son cursus universitaire et son parcours professionnel auraient dû lui permettre de posséder et alors qu'il a assuré à plusieurs reprises à sa hiérarchie qu'il assumait ses fonctions et s'engageait sur les délais. De plus, malgré des rappels réalisés suffisamment en amont A sa hiérarchie ou ses interlocuteurs, M. B a renouvelé des commandes publiques avec retard, notamment en matière de gaz médical dans le cadre duquel les besoins ont également été mal analysés, conduisant au blocage des commandes de plusieurs préparateurs en l'absence d'appels de fonds et en raison de factures impayées. Cette situation a ainsi obligé un agent d'une autre structure à effectuer deux jours de travail pour rattraper le retard accumulé A le requérant dans la gestion du stock de la pharmacie dans le but d'éviter la rupture de l'approvisionnement de certains médicaments. Enfin, malgré les désirs initialement exprimés A l'intéressé, M. B n'a pas été capable d'assurer les missions d'encadrement demandées se rapportant notamment à la gestion des plannings des préparateurs de pharmacie. Il résulte de ce qui précède, eu égard aux difficultés majeures rencontrées A le requérant dans les différentes missions qui lui étaient confiées, dont l'origine ne reposait pas seulement sur un manque de formation ou les retards de ses interlocuteurs à lui communiquer des informations, qu'en décidant de reconduire la période de stage de M. B pour une durée d'un an le directeur du centre hospitalier du Pays de Retz n'a pas entaché d'erreur manifeste son appréciation de la manière de servir et des compétences de M. B.

8. Il ressort de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées A M. B doivent être rejetées ainsi que, A voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier intercommunal du Pays de Retz, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à M. B de la somme qu'il demande au titre des frais exposés A lui et non compris dans les dépens.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme demandée A le centre hospitalier intercommunal du Pays de Retz au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier intercommunal du Pays de Retz au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au centre hospitalier intercommunal du Pays de Retz.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu publique A mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le rapporteur,

B. E

La présidente,

M. F

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1804531

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