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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1805329

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1805329

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1805329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCHENEVAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête n° 1805329 enregistrée le 11 juin 2018, M. A B, représenté par Me Bascoulergue puis par le cabinet Antigone, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2017 par laquelle la directrice de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire, à Saint-Brévin-Les-Pins (Loire-Atlantique), l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 1er octobre 2017 ;

2°) d'enjoindre à la directrice de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire de le placer du 1er octobre 2017 au 28 février 2018 puis à compter du 15 mars 2018 en congé de maladie imputable au service avec toutes les conséquences juridiques qui en découlent, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

3°) d'ordonner, si nécessaire, une expertise judiciaire afin de déterminer si ses arrêts de travail, du 1er octobre 2017 au 28 février 2018, puis du 15 mars 2018 à ce jour, sont en relation avec l'accident de travail du 9 septembre 2015 ;

4°) de mettre à la charge de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation en droit ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission de réforme ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; les arrêts de travail postérieurs à la date de consolidation fixée par l'expert sont toujours en lien avec l'accident vasculaire cérébral (AVC) qu'il a subi le 9 septembre 2015 ; la notion de consolidation n'a aucun lien avec celle d'imputabilité au service ; aucun autre motif que celui de l'AVC ne justifie les arrêts de travail postérieurs au 1er octobre 2017 ;

- les pressions exercées par le médecin du travail sur son médecin traitant constituent un détournement de pouvoir et de procédure ou, à tout le moins, de tentative de détournement en ce qui concerne la période postérieure à la rechute du 15 mars 2018.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2020, l'institut médico-éducatif de l'Estuaire, représenté par Me Cheneval, conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- que la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive dès lors que M. B a dépassé le délai raisonnable qui lui était imparti pour saisir la juridiction administrative ;

- qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

II - Par une requête n° 1906106 enregistrée le 10 juin 2019, M. A B, représenté par Me Lefèvre, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 décembre 2018 par laquelle la directrice de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire, à Saint-Brévin-Les-Pins (Loire-Atlantique), l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 15 mars 2018, ensemble la décision implicite du 8 avril 2019 par laquelle elle a rejeté le recours gracieux formé à l'encontre de cette décision ;

2°) d'annuler, en tant que de besoin, la décision implicite du 8 avril 2019 par laquelle la directrice de l'institut-médico éducatif de l'Estuaire a refusé d'examiner l'imputabilité au service de sa pathologie anxio-dépressive, sans lien avec son accident vasculaire cérébral ;

3°) d'annuler la décision du 7 mai 2019 par laquelle la directrice de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire l'a placé en position de disponibilité d'office du 15 mars 2019 au 14 mars 2020 ;

4°) d'enjoindre à l'institut médico-éducatif de l'Estuaire de bien vouloir instruire sa demande de placement en congé de longue maladie imputable au service, en considérant la rechute de son accident vasculaire cérébral et, de manière indépendante à cet accident, en considérant sa pathologie anxio-dépressive, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 10 décembre 2018 est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a été précédée ni d'une saisine de la commission de réforme, s'agissant de l'imputabilité au service de sa pathologie anxio-dépressive, de manière indépendante de son accident vasculaire cérébral, ni d'une saisine du comité médical s'agissant de sa demande de placement en congé de longue maladie imputable au service en raison de cette pathologie anxio-dépressive ;

- la décision par laquelle la directrice de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire a refusé de le placer en congé de maladie imputable au service est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a aucun antécédent psychiatrique et que sa pathologie anxio-dépressive, qu'elle soit liée ou non à son accident vasculaire cérébral, est lié à son exercice professionnel, tel que l'établit le certificat médical qu'il produit et qui est émis par un médecin psychiatre ;

- l'annulation de la décision du 10 décembre 2018 emporte nécessairement l'annulation de la décision du 7 mai 2019 de placement en position de disponibilité d'office dès lors que cette dernière décision n'aurait pas pu être prise s'il n'avait pas été placé en congé de maladie ordinaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juin 2020, l'institut médico-éducatif de l'Estuaire, représenté par Me Cheneval, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de condamner M. B au paiement de la somme de 1 500 euros à lui verser au titre des frais irrépétibles.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n° 2020-566 du 13 mai 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baufumé, rapporteure,

- les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Diversay, substituant Me Lefèvre et représentant M. B et de Me Cheneval, représentant l'institut médico-éducatif (IME) de l'Estuaire.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né en 1961, est éducateur technique spécialisé au sein de l'institut médico-éducatif (IME) de l'Estuaire, à Saint-Brévin-Les-Pins (Loire-Atlantique) depuis le 1er janvier 2006. Le 9 septembre 2015, il a été victime d'un accident vasculaire cérébral ischémique. Par une décision du 13 juin 2016, la directrice de l'IME de l'Estuaire a reconnu cet accident comme étant imputable au service et a pris en charge, à ce titre, ses arrêts de travail compris entre le 9 septembre 2015 et le 31 juillet 2016. Par une décision du 19 octobre 2017 de la directrice de l'IME, M. B a été placé en congé de maladie imputable au service du 9 septembre 2015 au 30 septembre 2017. Par une décision du 6 octobre 2017 de la directrice de l'IME, il a été placé en congé de maladie ordinaire à compter du 1er octobre 2017. Par la requête n° 1805329, M. B demande l'annulation de cette dernière décision.

2. M. B a repris son activité professionnelle, en temps partiel thérapeutique, le 1er mars 2018 mais a dû s'arrêter à nouveau le 14 mars 2018. Par une décision du 10 décembre 2018, l'IME l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 15 mars 2018. Par un courrier du 7 février 2019, reçu le 8 février 2019 par l'IME, M. B a demandé, d'une part, le retrait de la décision du 10 décembre 2018 et, d'autre part, l'examen de l'imputabilité au service de sa pathologie anxio-dépressive, de manière indépendante de la survenance de son accident vasculaire cérébral le 9 septembre 2015. Le silence gardé par l'administration pendant deux mois a fait naître deux décisions implicites de rejet de ces demandes le 8 avril 2019. De manière parallèle, M. B a demandé, par courrier électronique du 29 novembre 2018, à être placé en congé de longue maladie imputable au service à la suite à son accident du travail du 9 septembre 2015. Le comité médical départemental a rendu un avis défavorable à un tel placement en congé de longue maladie le 7 février 2019. Par décision du 7 mai 2019, la directrice de l'IME a placé M. B en position de disponibilité d'office du 15 mars 2019 au 14 mars 2020 et a nécessairement, par la même décision, rejeté sa demande de placement en congé de longue maladie.

3. Par la requête n° 1906106, M. B doit être regardé comme demandant, l'annulation, d'une part, de la décision du 10 décembre 2018, ensemble celle de la décision implicite du 8 avril 2019 par laquelle a été rejeté le recours gracieux formé à l'encontre de cette décision, d'autre part, la décision implicite du 8 avril 2019 par laquelle la directrice de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire a refusé d'examiner l'imputabilité au service de sa pathologie anxio-dépressive, sans lien avec son accident vasculaire cérébral, et enfin, de la décision du 7 mai 2019 par laquelle la directrice de l'institut médico éducatif de l'Estuaire l'a placé en position de disponibilité d'office du 15 mars 2019 au 14 mars 2020.

4. Les requêtes susvisées n°1805329 et n° 1906106 ont été introduites par M. B, concernent sa situation, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la requête n° 1805329 :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par l'IME de l'Estuaire :

5. D'une part, en vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce même code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". En vertu du 5° de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre l'administration et ses agents. Le premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative dispose que " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. ".

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. ".

8. Enfin, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a formé un recours gracieux, le 19 octobre 2017, reçu par l'IME le 20 octobre 2017, contre la décision attaquée du 6 octobre 2017. Il en ressort également que la décision du 6 octobre 2017 ne comportait pas mention des voies et délais de recours. Il s'ensuit que, le délai de recours contentieux contre cette décision n'ayant pas commencé à courir, ce délai n'a pu recommencer à courir le 20 décembre 2017, jour correspondant à la naissance de la décision implicite de rejet du recours gracieux. En revanche, M. B doit être regardé comme ayant eu connaissance de la décision attaquée du 6 octobre 2017 au plus tard le 19 octobre 2017. Enfin, la requête de M. B a été enregistrée devant le tribunal administratif le 11 juin 2018, soit dans un délai raisonnable défini au point précédent. La fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de cette demande doit dès lors être écartée.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 octobre 2017 :

10. Les dispositions de l'article 21 bis de la loi modifiée du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ne sont entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique hospitalière, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 16 mai 2020, du décret du 13 mai 2020 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique hospitalière, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017 susvisée. Il en résulte que les dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017, sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 13 mai 2020. Par suite ces dispositions sont applicables à la situation de M. B dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017.

11. Aux termes des dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 s'agissant des accidents imputables au service dont sont victimes les fonctionnaires hospitaliers : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / () ". Au demeurant, l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 prévoit pareillement, depuis sa création par l'ordonnance du 19 janvier 2017, que le fonctionnaire dont l'incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, a droit à un congé durant lequel il conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite, ainsi qu'au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par l'accident.

12. Il résulte des dispositions précitées qu'un accident survenu sur le lieu ou dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière les détachant du service, le caractère d'une maladie ou d'un accident imputable au service. Il en résulte par ailleurs que le droit, prévu par ces dispositions, de conserver l'intégralité du traitement est soumis à la condition que la maladie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement ou d'une telle maladie, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.

13. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que l'accident vasculaire cérébral qu'a subi M. B le 9 septembre 2015 est survenu sur le lieu et dans le temps du service et à l'occasion de l'exercice par ce dernier de ses fonctions.

14. En deuxième lieu, pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service des prolongations d'arrêts de travail et des soins de M. B à compter du 1er octobre 2017 et le placer en position de congé maladie ordinaire à compter de cette dernière date, l'IME s'appuie, aux termes de la décision attaquée, sur le rapport d'expertise du médecin neurologue agréé du 29 août 2017, qui indique notamment que l'état de santé de M. B est consolidé depuis le 25 avril 2016 et que les arrêts et soins sont imputables à l'accident de travail jusqu'à cette date. L'établissement de santé s'appuie également, aux termes de son mémoire en défense, d'une part, sur le rapport d'expertise du médecin neurologue agréé du 10 mai 2016, qui indique notamment que la prolongation de l'arrêt de travail après le 17 décembre 2015 semble " intimement liée " aux difficultés exprimées par M. B concernant ses conditions de travail et, d'autre part, sur l'avis de la commission de réforme du 16 juin 2016 qui s'est prononcée en défaveur d'une prise en charge des soins de M. B à compter du 9 septembre 2015. Il ressort, toutefois, des pièces du dossier que l'accident vasculaire cérébral du 9 septembre 2015 a été reconnu imputable au service et que la totalité des arrêts de travail du requérant, depuis cette date et jusqu'au 30 septembre 2017, ont été reconnus par l'IME comme étant en lien avec cet accident de service et, ainsi, pris en charge par l'établissement de santé. Il en ressort, d'autre part, que l'avis de la commission de réforme du 16 juin 2016, qui, au demeurant, ne lie pas l'établissement médico-social, a été adopté à trois voix contre deux et n'indique pas sur quel élément la commission s'est fondée pour rejeter la demande d'imputabilité. Il en ressort également que si le médecin neurologue agréé a considéré, par avis susmentionné du 29 août 2017, que l'état de santé de M. B était consolidé à compter du 25 avril 2016, d'une part, la consolidation d'une affection ne signifie pas que l'intéressé n'en souffre plus et, d'autre part, ce médecin agréé a également considéré que l'état de santé de M. B nécessitait la prise de médicament à vie. Il ressort, enfin, des pièces du dossier, et plus précisément des certificats médicaux produits par M. B, que le médecin traitant de ce dernier a considéré que ses arrêts de travail, entre le 1er novembre 2017 et le 28 février 2018 puis entre le 15 mars et le 6 juillet 2018, étaient tous en lien avec l'accident vasculaire cérébral qu'il a subi le 9 septembre 2015, la période comprise entre le 1er et le 15 mars 2018 correspondant à une reprise d'activité professionnelle en temps partiel thérapeutique.

15. En troisième lieu, il n'est pas allégué par l'IME, qui se borne à indiquer que M. B présente une santé fragile, et il ne ressort pas des pièces du dossier, qu'un élément particulier, étranger à l'accident du 9 septembre 2015, ou qu'un fait personnel de M. B permettrait d'expliquer l'état de santé de ce dernier et de détacher du service la pathologie dont il souffrait encore à la date du 1er octobre 2017.

16. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que l'IME de l'Estuaire a commis une erreur d'appréciation en le plaçant en position de congé de maladie ordinaire à compter du 1er octobre 2017. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés à son encontre ni d'ordonner une expertise judiciaire, la décision attaquée du 6 octobre 2017 doit être annulée.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

17. La présente annulation implique nécessairement, compte tenu de ses motifs, que la directrice de l'IME de l'Estuaire reconnaisse l'imputabilité au service de la prolongation d'arrêt de travail de M. B du 1er octobre 2017 au 28 février 2018 inclus, veille de sa reprise d'activité en temps partiel thérapeutique, avec toutes les conséquences juridiques qui en découlent, et notamment la prise en charge des arrêts et soins y afférents et le placement de M. B en position de congé de maladie imputable au service pendant cette période. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre de prendre une décision en ce sens dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur la requête n° 1906106 :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de la décision du 10 décembre 2018 et de la décision implicite de rejet du recours gracieux formé contre cette décision :

18. Pour placer M. B en congé de maladie ordinaire à compter du 15 mars 2018, l'IME soutient, aux termes de son mémoire en défense, d'une part, qu'il a appliqué les dispositions des articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale établissant une présomption d'imputabilité au service des maladies désignées par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés à ces articles et contractées dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire mais que la maladie anxio-dépressive dont souffre M. B n'est pas inscrite sur ces tableaux et, d'autre part, que ce dernier devait donc établir l'imputabilité au service de sa pathologie, ce qu'il échoue à réaliser en n'apportant aucun élément circonstancié.

19. Toutefois, d'une part, l'arrêt de travail déclaré par M. B le 15 mars 2018 faisait état d'une " rechute " de son accident vasculaire cérébral du 9 septembre 2015 et non de sa pathologie anxio-dépressive. D'autre part, si les dispositions du IV de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983, créé par l'article 10 de l'ordonnance susmentionnée du 19 janvier 2017, ont instauré une présomption d'imputabilité au service des maladies désignées par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractées dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau, ces dispositions ne peuvent, en application du principe de non-rétroactivité, trouver à s'appliquer à des situations juridiquement constituées avant leur entrée en vigueur, soit, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique hospitalière et comme cela a été dit au point 10 ci-dessus, avant le 16 mai 2020. Or les droits des agents publics en matière de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle la maladie est diagnostiquée. Dès lors, dans la mesure où la pathologie dont souffre M. B a été diagnostiquée, de manière non contestée, au plus tard par imagerie à résonnance magnétique du 21 novembre 2015, sa situation n'est pas régie par les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983. Il ne ressort cependant pas des visas de la décision du 10 décembre 2018 qu'en adoptant cette dernière l'IME aurait fait application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983.

20. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit aux points 13 à 16 du jugement que les troubles dont a souffert M. B jusqu'au 28 février 2018, veille de sa reprise d'activité professionnelle en temps partiel thérapeutique doivent être regardés comme étant en lien avec son accident vasculaire cérébral subi le 9 septembre 2015, reconnu comme imputable au service par l'IME. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le médecin traitant de M. B a considéré que ses arrêts de travail, compris entre le 15 mars et le 6 juillet 2018, étaient tous en lien avec cet accident vasculaire cérébral, sans qu'un élément particulier, étranger à l'accident du 9 septembre 2015, ou qu'un fait personnel de M. B, permette d'expliquer l'état de santé de ce dernier et de détacher du service la pathologie dont il souffrait encore à la date du 15 mars 2018. Il ressort enfin d'un certificat médical émis par un médecin psychiatre le 3 janvier 2019 que ce dernier suit M. B depuis le mois d'octobre 2018 pour un épisode dépressif majeur notamment en lien avec les conséquences de l'accident vasculaire cérébral qu'il a subi le 9 septembre 2015.

21. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que l'IME de l'Estuaire a commis une erreur d'appréciation en le plaçant, par la décision attaquée du 10 décembre 2018, en position de congé de maladie ordinaire à compter du 15 mars 2018. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés à son encontre, la décision attaquée du 10 décembre 2018 doit être annulée, ensemble la décision implicite du 8 avril 2019 de rejet de son recours gracieux.

S'agissant de la décision du 7 mai 2019 :

22. Il résulte de ce qui a été dit au point 21 ci-dessus que, par voie de conséquence, M. B est fondé à solliciter l'annulation de la décision du 7 mai 2019 par laquelle la directrice de l'IME l'a placé en position de disponibilité d'office du 15 mars 2019 au 14 mars 2020 et a refusé de le placer en congé de longue maladie imputable au service. Par suite, la décision attaquée du 7 mai 2019 doit être annulée.

S'agissant de la décision implicite du 8 avril 2019 par laquelle la directrice de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire a refusé d'examiner l'imputabilité au service de la pathologie anxio-dépressive de M. B :

23. Aucun moyen n'étant soulevé par M. B à l'encontre de cette décision, ses conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du 8 avril 2019 par laquelle la directrice de l'institut médico éducatif de l'Estuaire a refusé d'examiner l'imputabilité au service de sa pathologie anxio-dépressive doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

24. Le présent jugement implique nécessairement, compte tenu de ses motifs, que la directrice de l'IME de l'Estuaire, d'une part, reconnaisse l'imputabilité au service de la prolongation d'arrêt de travail de M. B du 15 mars 2018 au 6 juillet 2018 avec toutes les conséquences juridiques qui en découlent, et notamment la prise en charge des arrêts et soins y afférents et le placement de M. B en position de congé de maladie imputable au service pendant cette période et, d'autre part, réexamine la demande de placement en congé de longue maladie imputable au service. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre de prendre une décision en ce sens dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés aux deux instances :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par l'IME au titre des frais exposés par lui dans le cadre de la requête n° 1906106 et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'IME la somme globale de 2 000 euros à verser à M. B en application de ces dispositions, au titre des deux instances.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 octobre 2017 par laquelle la directrice de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire a placé M. B en congé de maladie ordinaire à compter du 1er octobre 2017 est annulée.

Article 2 : La décision du 10 décembre 2018, par laquelle la directrice de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire a placé M. B en congé de maladie ordinaire à compter du 15 mars 2018, ensemble la décision implicite du 8 avril 2019 de rejet de recours gracieux, sont annulées.

Article 3 : La décision du 7 mai 2019 par laquelle la directrice de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire a placé M. B en position de disponibilité d'office du 15 mars 2019 au 14 mars 2020 est annulée.

Article 4 : Il est enjoint à la directrice de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire de prendre en charge les arrêts de travail et soins prescrits à M. B du 1er octobre 2017 au 28 février 2018 et du 15 mars 2018 au 6 juillet 2018 au titre de l'accident de service survenu le 9 septembre 2015, avec toutes les conséquences de droit dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Il est enjoint à la directrice de l'institut médico-éducatif de l'Estuaire de réexaminer, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, la demande de M. B tendant à ce qu'il soit placé en congé de longue maladie imputable au service.

Article 6 : L'institut médico-éducatif de l'Estuaire versera à M. B la somme globale de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des instances nos 1805329 et 1906106.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'institut médico-éducatif de l'Estuaire.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. C

La greffière

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 1906106

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