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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1805617

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1805617

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1805617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantATLANTIC JURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 juin 2018, 17 juin 2021, 5 juillet 2021, 10 août 2021, 7 octobre 2021, et 13 octobre 2021, M. A H et Mme I H demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler les délibérations du 29 novembre 1996 et du 5 septembre 1997 du conseil municipal d'Auverse et de prononcer leur inexistence ;

2°) de dire et juger que la cession des chemins ruraux n°4 de Villeneuve à Mouliherne et de Pontigné à Mouliherne n'a pas de base légale ;

3°) d'annuler le protocole d'accord signé et conclu par le maire d'Auverse sur l'aliénation par voie d'échange des chemins ruraux n°4 de Villeneuve à Mouliherne et de Pontigné à Mouliherne ;

4°) de dire et juger que le refus de la commune déléguée d'Auverse, de la commune nouvelle de Noyant-Villages, de réintégrer les tronçons aliénés dans le patrimoine communal et dans leur caractère de chemins ruraux, n'est pas fondé et entaché d'excès de pouvoir ;

5°) de prononcer la réintégration dans le patrimoine de la collectivité des chemins n°4 de Villeneuve à Mouliherne et de Pontigné à Mouliherne en qualité de chemins ruraux ;

6°) d'ordonner qu'il soit fait injonction sous délai et sous astreinte de produire les titres de propriété des quatre parcelles et de saisir sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour la juridiction judiciaire afin qu'elle prononce leur nullité à compter de la notification de l'ordonnance ;

7°) d'ordonner la correction du plan cadastral de la commune déléguée d'Auverse, commune nouvelle de Noyant-Villages ;

8°) d'ordonner qu'il soit fait injonction à la commune de Noyant-Villages sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour d'assurer sa mission de service public de libre circulation sur les chemins ruraux n°4 de Villeneuve à Mouliherne et de Pontigné à Mouliherne en faisant lever tout objet à compter de la notification de l'ordonnance ;

9°) d'enjoindre à la commune déléguée d'Auverse, commune nouvelle de Noyant-Villages, de faire retirer les délibérations du 29 novembre 1996, du 5 septembre 1997, le protocole d'accord et les extraits du 29 novembre 1996 et du 5 septembre 1997 du registre de délibérations relatif à l'aliénation des chemins ruraux n°4 de Villeneuve à Mouliherne et de Pontigné à Mouliherne ;

10°) de mettre à la charge de la commune d'Auverse et de la commune nouvelle de Noyant-Villages le versement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête n'est pas tardive en l'absence d'affichage des décisions attaquées, en méconnaissance de l'article L. 2121-25 du code général des collectivités territoriales ;

- les chemins n°4 de Villeneuve à Mouliherne et de Pontigné à Mouliherne étaient des chemins ruraux à la date des décisions attaquées, ils ne pouvaient pas être qualifiés de chemins d'exploitation ;

- la prescription acquisitive n'est pas applicable en l'espèce, dès lors qu'il s'agit de chemins ruraux dont l'aliénation doit être réalisée dans les formes prescrites par la loi ;

- la délibération du 29 novembre 1996 est insuffisamment motivée, le protocole d'accord mentionné a été rédigé ultérieurement de sorte que le conseil municipal n'a pas délibéré sur ce document ; l'extrait de la délibération ne reprend pas les termes et le sens de la délibération rédigée dans le procès-verbal et est de ce fait irrégulier (article 56 de la loi du 5 avril 1884) ;

- le registre de délibération à la date du 29 novembre 1996 ne comporte aucune mention sur la convocation des membres du conseil municipal ; il en est de même pour la délibération du 5 septembre 1997 ;

- l'adoption de la délibération du 29 novembre 1996 n'est pas établie, aucun élément ne démontre que cette délibération ait été votée et approuvée ; la délibération n'a pas donné lieu à débat comme en attestent trois conseillers municipaux ; par conséquent, le maire de la commune n'a pas pu être mandaté pour procéder à l'aliénation des chemins ruraux ;

- aucune information, aucun ordre du jour n'a été communiqué aux membres du conseil municipal, en méconnaissance de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;

- alors qu'une conseillère municipale avait été désignée secrétaire de séance le 29 novembre 1996, c'est la secrétaire de mairie qui a rédigé le procès-verbal, ultérieurement à la séance ;

- la délibération du 5 septembre 1997 ne semble pas figurer dans le registre de délibération, cette inexistence rend illégitime l'extrait de délibération du 5 septembre 1997 ;

- la délibération du 29 novembre 1996 ne constitue pas une délibération spécifique de conseil municipal autorisant la signature d'un protocole d'accord ;

- si la délibération du 29 novembre 1996 fait référence à une délibération du 11 décembre 1985, celle-ci ne désigne pas de chemin en particulier, n'envisage pas de procédure d'aliénation, notamment d'enquête publique, ne fait pas état de la désaffectation des chemins, de sorte qu'elle ne saurait justifier la délibération du 29 novembre 1996 ; la décision d'aliénation ne repose sur aucune base matérielle et légale ;

- aucune des délibérations attaquées ne fait mention de la cessation de l'affectation à l'usage du public, de sorte que l'article L. 161-10 du code rural et de la pêche maritime a été méconnu, les preuves de l'affectation à l'usage du public sont au contraire nombreuses ;

- aucune enquête publique n'a été réalisée, en méconnaissance de l'article L. 161-10 du code rural et de la pêche maritime ;

- la délibération du 5 septembre 1997 est insuffisamment précise ; à défaut de justification de son affichage, elle n'est pas exécutoire ;

- la délibération du 29 novembre 1996 et l'acte d'échange authentique notarié du 7 novembre 1997 sont entachés de " modifications de désignation des immeubles par rapport au protocole d'accord ", d'erreurs de qualification des chemins cédés par la commune et à aucun moment n'y sont évoqués la désaffectation et / ou le déclassement de ces immeubles ; l'enquête d'antériorité pour l'origine de la propriété cédée par M. G ne remonte pas au-delà de dix ans ;

- compte tenu des conséquences pour la circulation publique, et de la remise en cause de droits d'usage de la forêt domaniale de Chandelais, cette opération a été menée au détriment de l'intérêt général et des droits des usagers et pour satisfaire un intérêt particulier ;

- l'aliénation de chemins ruraux ne pouvait survenir par voie d'échange ;

- le chemin n°4 de Villeneuve à Mouliherne a été classé au plan départemental des itinéraires pédestres de randonnée par une délibération du 4 décembre 194 du conseil municipal d'Auverse de sorte que sa cession un plus tard est incohérente et qu'un itinéraire de substitution aurait dû être proposé comme le prévoit la loi n°83-663 du 22 juillet 1983.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 juin 2021, 17 août 2021 et 28 octobre 2021, la commune de Noyant-Villages, représentée par la SELARL Atlantic Juris, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que M. et Mme A H ne peuvent être représentés par leur fils, que la requête est tardive et qu'elle ne présente pas d'effet utile, que les décisions attaquées ne font pas grief aux requérants et que ceux-ci sont dépourvus d'intérêt à agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par deux mémoires enregistrés les 20 avril 2022 et 21 juin 2022, Mme E G et M. D G, représentés par la SELARL Walter et Garance Avocats, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de l'aliénation de biens du domaine privé communal ni des atteintes à la propriété privée ;

- la requête est irrecevable en tant qu'elle est dirigée contre deux décisions, les délibérations des 29 novembre 1996 et 5 septembre 1997, qui ne font pas grief, seule la délibération du 11 décembre 1985 faisant grief ;

- la requête est irrecevable car tardive dès lors que les délibérations attaquées ont fait l'objet d'un affichage et d'une transmission au représentant de l'Etat dans le respect des dispositions réglementaires comme en attestent les mentions figurant sur les documents et le certificat de la secrétaire de mairie ; le délai de recours raisonnable est expiré dès lors que les requérants ont pu constater dès les années 1990 l'aliénation des chemins ruraux dans les faits ;

- la requête est irrecevable dès lors que M. F H n'a pas qualité pour représenter ses parents ;

- les époux H n'ont pas qualité pour agir contre le protocole d'accord dès lors qu'ils ont acquis leur propriété postérieurement à l'aliénation décidée par la délibération du 11 décembre 1985 ;

- les conclusions nouvelles dirigées contre le protocole d'accord, tendant à la réintégration des chemins dans le patrimoine de la commune et à la modification du cadastre sont irrecevables car présentées plus de deux mois après le dépôt de la requête ;

- une partie des conclusions à fin d'injonction sont présentées à titre principal et donc irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas fait l'objet d'une demande préalable auprès de la commune ; s'agissant des conclusions à fin de réintégration, seul M. F H, qui n'est pas requérant, a saisi la commune d'une demande à ce titre ;

- les conclusions contestant la validité du protocole d'accord sont irrecevables dès lors que, s'agissant de demandes de plein contentieux, elles sont soumises au ministère d'avocat ;

- les conclusions dirigées contre la délibération du 29 novembre 1996, acte détachable du protocole d'accord, est irrecevable.

Des mémoires ont été enregistrés pour les requérants les 20 et 25 juillet 2022 et n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de M. et Mme Rousière, de Me Tertrais, avocat de la commune de Noyant-Villages et celles de Me Dalibart, avocat de Mme G et M. G.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme I H, propriétaires d'une parcelle située sur le territoire de la commune de Noyant-Villages, et leur fils M. F H, demandent au tribunal d'annuler les délibérations du 29 novembre 1996 et du 5 septembre 1997 du conseil municipal de la commune d'Auverse, depuis devenue commune déléguée de la commune nouvelle de Noyant-Villages, relatives à l'aliénation de portions de deux chemins ruraux au profit d'un particulier, ainsi que le protocole d'accord signé entre le maire de la commune et ce particulier.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. La juridiction administrative est compétente pour connaître d'un recours en annulation dirigé contre une délibération du conseil municipal décidant la cession d'un bien appartenant au domaine privé de la commune, en l'absence de litige relatif à la propriété ou à la possession d'un chemin rural qui relèverait, en application de l'article L. 161-4 du code rural et de la pêche maritime, des tribunaux judiciaires, seule l'annulation de cette délibération, ou d'un autre acte détachable d'un contrat de droit privé, pouvant imposer à la personne publique partie au contrat de saisir le juge du contrat afin qu'il tire les conséquences de cette annulation. Par suite, les consorts G ne sont pas fondés à soutenir que la présente requête est portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A et Mme I H, qui avaient initialement donné mandat à leur fils F H pour les représenter, ont signé leur requête et leurs mémoires, qui ne relèvent pas d'un litige de plein contentieux, de sorte que les fins de non-recevoir opposées en défense sur le fondement des articles R. 431-4 et R. 431-5 du code de justice administrative doivent être écartées.

4. Si la commune de Noyant-Villages fait valoir que le recours en annulation présenté par les requérants plus de vingt ans après l'approbation des délibérations en litige est tardif, elle n'établit pas, ainsi qu'elle en a la charge, avoir procédé à la publication de ces délibérations, notamment par voie d'affichage, une telle preuve n'étant pas apportée par la seule production d'une attestation établie le 18 juin 2021 par la secrétaire de mairie de l'époque, laquelle atteste seulement avoir effectué les modalités de publicité et d'affichage des délibérations du conseil municipal du 18 septembre 1995 au 31 décembre 2003, sans précision des dates d'affichage des délibérations en cause, ces dates ne ressortant ni de ces délibérations, ni n'étant certifiées, sous sa responsabilité, par le maire. La commune ne saurait davantage se prévaloir utilement de la méconnaissance du principe de sécurité juridique en l'absence de preuve d'un affichage, d'une publication ou d'une notification, les requérants étant au demeurant tiers aux délibérations attaquées. Ainsi, le délai de recours contentieux n'ayant pas commencé à courir contre les délibérations du 29 novembre 1996 et du 5 septembre 1997 du conseil municipal, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être rejetée.

5. Si la commune fait valoir que la requête est dépourvue d'effet utile dès lors que M. G a acquis les terrains en cause par usucapion sur le fondement de la prescription acquisitive abrégée prévue à l'article 2272 du code civil, non seulement cette prescription n'a d'objet que lorsque le cédant n'est pas le propriétaire du bien concerné, alors qu'en l'espèce M. G est devenu propriétaire par l'effet d'un acte authentique de mutation immobilière et non d'une prescription acquisitive, mais en outre la présente requête a pour objet d'établir que l'acte de propriété de M. G est entaché d'une nullité de fond, de sorte qu'il ne saurait, le cas échéant, être regardé comme un " juste titre " au sens et pour l'application de l'article 2272 du code civil.

6. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 29 novembre 1996 a pour objet d'informer les membres du conseil municipal de la rédaction d'un protocole d'accord avec M. G portant sur l'échange de sections de deux chemins communaux contre une portion d'un chemin appartenant à M. G et le paiement par celui-ci d'une soulte. Par suite, la délibération du 29 novembre 1996, qui avait en réalité pour objet même d'autoriser cet échange, n'est pas dépourvue de portée décisoire. Cette délibération ne saurait être regardée comme une décision confirmative d'une délibération du 11 décembre 1985 du conseil municipal d'Auverse, laquelle, nonobstant le contenu de son extrait, ne porte que sur le mandatement d'un géomètre aux fins de délimitation de l'emprise des deux chemins en cause en vue d'une aliénation, qui n'a pas abouti et que cette délibération ne décide pas, au profit d'une autre personne. En revanche, les parties en défense sont fondés à soutenir que la délibération du 5 septembre 1997, qui se borne à donner pouvoir au maire de signer les actes nécessaires à l'aliénation des chemins en cause, et le protocole d'accord non daté auquel se réfère la délibération du 29 novembre 1996, compte tenu de leur portée, ne font pas grief, de sorte que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre ces deux documents sont irrecevables.

7. Enfin, les contribuables d'une commune sont personnellement intéressés à ce que les actes concernant la gestion du patrimoine communal soient accomplis dans les conditions prescrites par la loi, indépendamment de la date à partir de laquelle ils ont acquis cette qualité de contribuable. Par conséquent, les requérants, propriétaires de parcelles sur le territoire de la commune d'Auverse, justifient d'une qualité leur donnant intérêt à agir contre la délibération du 29 novembre 1996, qui lui font grief.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. Aux termes de l'article L. 161-2 du code rural et de la pêche maritime, dans sa version applicable au litige : " L'affectation à l'usage du public peut s'établir notamment par la destination du chemin, jointe au fait d'une circulation générale et continue, ou à des actes réitérés de surveillance et de voirie de l'autorité municipale. / La destination du chemin peut être définie notamment par l'inscription sur le plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée. ". L'article L. 161-10 de ce code dispose que : " Lorsqu'un chemin rural cesse d'être affecté à l'usage du public, la vente peut être décidée après enquête par le conseil municipal, à moins que les intéressés groupés en association syndicale conformément à l'article L. 161-11 n'aient demandé à se charger de l'entretien dans les deux mois qui suivent l'ouverture de l'enquête. / Lorsque l'aliénation est ordonnée, les propriétaires riverains sont mis en demeure d'acquérir les terrains attenant à leurs propriétés. / Si, dans le délai d'un mois à dater de l'avertissement, les propriétaires riverains n'ont pas déposé leur soumission ou si leurs offres sont insuffisantes, il est procédé à l'aliénation des terrains selon les règles suivies pour la vente des propriétés communales. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le territoire de la commune d'Auverse supporte le " chemin de Pontigné à Mouliherne " et le " chemin rural n°4 de Villeneuve " dont les tronçons cadastrés section D n°s 747, 748 et 786, s'agissant du chemin de Pontigné à Mouliherne, et n°s 787 et 786, s'agissant du chemin rural n° 4 de Villeneuve, ont été cédés par la commune d'Auverse à M. G, propriétaire riverain, par un acte authentique du 7 novembre 1997. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de cet acte qui stipule que la commune est propriétaire des terrains depuis " des temps immémoriaux ", d'une délibération du 11 décembre 1985 qui fait également état de la propriété de la commune et de l'ensemble des pièces relatives à l'aliénation en litige, qui au demeurant repose nécessairement sur la circonstance que la commune était bien à la date de cette aliénation propriétaire des terrains, qualité que la commune de Noyant-Villages conteste dans le cadre de la présente instance, que la commune d'Auverse, qui ne prétend pas qu'elle aurait en 1997 cédé à M. G le bien d'autrui, était, à la date de cette aliénation, propriétaire des deux chemins en cause en dépit de l'absence de titre de propriété. Il est constant, et il ressort des pièces du dossier, que ces chemins n'étaient pas classés dans la voirie communale, en dépit de la mention erronée relative à l'appartenance au " domaine public " de la commune de ces chemins qui figure dans l'acte notarié. Il ressort également des pièces du dossier, notamment de nombreuses attestations rédigées par des tiers et des photographies, de deux circuits de randonnée contemporains des décisions attaquées, et de l'inscription d'un des deux chemins au plan départemental des itinéraires pédestres de randonnée que ces chemins étaient, à la date d'aliénation, ouverts et affectés à l'usage du public. Les consorts G n'établissent pas la désaffectation à l'usage du public à la date de l'aliénation en litige, les éléments qu'ils produisent lui étant pour l'essentiel postérieurs et contemporains de la présente instance, la seule production d'un chèque encaissé pour une partie de chasse qui aurait eu lieu le même jour que l'une des randonnées susmentionnées ne faisant pas obstacle à l'ouverture à la circulation publique de ces chemins. Contrairement à ce que fait valoir la commune, les deux chemins, en ce qu'ils ne servaient pas exclusivement à la communication entre les fonds les bordant ou à l'exploitation de ceux-ci, mais mettaient en communication des voies ouvertes à la circulation publique, n'étaient pas des chemins d'exploitation dont la propriété est présumée appartenir aux riverains. Par conséquent, les chemins " de Pontigné à Mouliherne " et " n°4 de Villeneuve " doivent être regardés comme des chemins ruraux à la date de la délibération du 29 novembre 1996 comme de l'acte du 7 novembre 1997.

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'aliénation des chemins ruraux ait été précédée de l'enquête publique prévue à l'article L. 161-10 du code rural. Pour contester l'absence d'enquête publique, la commune produit un certificat du 13 janvier 1970 du maire d'Auverse duquel il ressort qu'une enquête publique a été menée courant octobre 1967, sur un " projet d'aliénation des chemins ruraux ". Toutefois, il ressort de ce même document que l'aliénation du chemin n°4 de Villeneuve, alors nommé chemin rural de Mouliherne au Teil, a été abandonnée à l'issue de l'enquête et que si un tronçon du chemin de Pontigné à Mouliherne a été aliéné, celui-ci ne concerne pas le tracé du chemin en litige dans le cadre de la présente instance. Il n'est pas établi, ni même allégué qu'une autre enquête publique aurait eu lieu avant l'aliénation en litige, la commune ne pouvant se prévaloir d'une enquête menée près de trente ans avant la cession des chemins ruraux concernés.

11. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 161-10 du code rural que la vente d'un chemin rural peut être décidée par le conseil municipal lorsque ce chemin cesse d'être affecté à l'usage du public. Pour retenir la présomption d'affectation à usage du public prévue par l'article L. 161-2 du même code, qui dispose que "l'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale", un seul des éléments indicatifs figurant à cet article suffit. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 ci-dessus que les deux chemins en cause n'avaient, en fait, pas cessé d'être affectés à l'usage du public. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué, que la commune d'Auverse aurait par une délibération de son conseil municipal décidé de mettre fin à l'affectation de ces chemins ruraux à l'usage du public. Partant, ils ne pouvaient être valablement aliénés.

12. Il résulte des dispositions de l'article L. 161-10 du code rural et de la pêche maritime dans sa rédaction applicable en 1996 comme en 1997, que le législateur n'avait pas entendu ouvrir aux communes, pour l'aliénation des chemins ruraux cessant d'être affectés à l'usage du public, d'autres procédures que celle de la vente dans les conditions définies à cet article. Par suite, la commune d'Auverse ne pouvait légalement céder les deux tronçons de chemin rural en cause en échange d'un autre terrain et du paiement d'une soulte.

13. Si la délibération du 29 novembre 1996 du conseil municipal d'Auverse renvoie à une délibération du 11 décembre 1985, suggérant que celle-ci constitue le fondement de la procédure d'aliénation en cause, cette délibération du 11 décembre 1985 est dépourvue de portée décisoire dès lors que, comme il a été dit, il y est seulement fait état de la demande d'un administré d'acquérir des chemins ruraux et du mandatement d'un géomètre aux fins de délimitation des terrains, et ce, nonobstant le contenu de l'extrait de cette délibération, lequel fait état d'une " vente ". Par conséquent, le conseil municipal d'Auverse ne saurait être regardé comme ayant approuvé la vente de chemins ruraux à un particulier par cette délibération du 11 décembre 1985. Il suit de là que les requérants sont fondés à soutenir que la délibération du 29 novembre 1996 du conseil municipal d'Auverse est dépourvue de base légale.

14. Il résulte de ce qui précède que la délibération du 29 novembre 1996 du conseil municipal d'Auverse doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution " et aux termes de 1'article L. 911-3 du même code : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

16. L'annulation d'un acte détachable d'un contrat de droit privé n'impose pas nécessairement à la personne publique partie au contrat de saisir le juge du contrat afin qu'il tire les conséquences de cette annulation. Il appartient au juge de l'exécution de rechercher si l'illégalité commise peut être régularisée et, dans l'affirmative, d'enjoindre à la personne publique de procéder à cette régularisation. Lorsque l'illégalité commise ne peut être régularisée, il lui appartient d'apprécier si, eu égard à la nature de cette illégalité et à l'atteinte que l'annulation ou la résolution du contrat est susceptible de porter à l'intérêt général, il y a lieu d'enjoindre à la personne publique de saisir le juge du contrat afin qu'il tire les conséquences de l'annulation de l'acte détachable.

17. Ainsi qu'il a été dit aux points 10 à 13, la procédure d'aliénation des sections de chemins ruraux considérées a été entachée de plusieurs irrégularités, parmi lesquelles l'aliénation par voie d'échange. Si l'article L. 161-10-2 du code rural et de la pêche maritime, dans sa version en vigueur à la date du présent jugement, dispose que " la parcelle sur laquelle est sis le chemin rural peut être échangée dans les conditions prévues à l'article L. 3222-2 du code général de la propriété des personnes publiques et à l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales " et que " l'acte d'échange comporte des clauses permettant de garantir la continuité du chemin rural ", il ne résulte pas de l'instruction que les conditions mentionnées par cet article seraient en l'espèce réunies ou même seraient susceptibles de l'être, ni que la continuité des deux chemins ruraux en cause pourrait être garantie par les clauses d'un nouvel acte d'échange. En outre, une vente, se substituant à cet échange, serait une mutation immobilière d'une autre nature et ne serait, en conséquence, pas susceptible de régulariser un tel échange. En outre, l'article L. 161-2 du code rural, dans sa rédaction applicable à la date du présent jugement, prévoit que, lorsque l'affectation à l'usage du public est présumée, comme c'était en l'espèce le cas en 1996 et 1997, cette affectation ne peut être remise en cause par une décision administrative. Par suite, compte tenu du recours à un échange pour aliéner les sections de chemins ruraux considérées, l'illégalité de la délibération du 29 novembre 1996 n'est pas susceptible de régularisation. Si les consorts G font valoir le caractère préjudiciable pour la commune de Noyant-Villages des conséquences financières d'une résolution de l'échange convenu en 1997, ils ne chiffrent pas celles-ci et n'établissent pas que la résolution du contrat serait ainsi susceptible de porter atteinte à l'intérêt général, motif pris d'une obération des finances publiques communales. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à la commune de Noyant-Villages d'obtenir de son cocontractant la résolution amiable de cet échange et, à défaut, si elle n'y parvient pas dans un délai de quatre mois, de saisir le juge du contrat afin qu'il tire les conséquences de l'annulation de la délibération du 29 novembre 1996, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction du prononcé d'une astreinte.

18. Enfin, si les requérants demandent à ce que le plan cadastral soit modifié et à ce que soit enjoint l'enlèvement des obstacles apposés sur le chemin rural n°4 de Villeneuve, de telles injonctions ne sont pas nécessairement impliquées par l'annulation de la délibération du 29 novembre 1996.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas partie perdante dans la présente instance, les sommes que sollicitent la commune de Noyant-Villages et les consorts G au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les requérants ne justifiant pas avoir exposés de frais, il n'y a pas lieu de faire droit à leur demande présentée sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 29 novembre 1996 du conseil municipal de la commune d'Auverse est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Noyant-Villages d'engager la procédure de résolution amiable de l'échange décidé en application de la délibération du 29 novembre 1996 et, à défaut d'y parvenir dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, de saisir le juge du contrat afin qu'il tire les conséquences de l'annulation de la délibération du 29 novembre 1996.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et I H, à la commune de Noyant-Villages et à M. D G et Mme E G.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.

La rapporteure,

C. C

Le président,

A. B DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne

au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce

requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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